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cette chance de salut avec empressement, il leur demanda queiques jours de réflexion. Car, ayant eu le bonheur de baptiser un bon nombre de captifs et d'enfants, il avait résolu de vivre et de mourir sur cette croix où le Seirneur l'avait attaché. Et ce ne fut qu'après s'être bien convaincu que sa présence ne serait d’aucune utilité à ses ennemis, qui venaient de former la résolution de le mettre à mort, qu’il se décida à prendre la fuite.
Enfin, après bien des dangers et des traverses, il aborda sur les côtes de la Bretagne, où il recut l'hospitalité chez un paysan breton. Toute la famille fondit en pleurs au récit de ses infortunes, et le Père lui-même ne put retenir ses larmes lorsque les deux jeunes filles de la chaumière vinrent, en sanglotant, lui offrir un ou deux sous, leur unique trésor.
Son séjour en France fut à peine de quelques mois. Enivré de la folie de la croix, ce sublime insensé ne soupirait plus qu'après ses chères missions du Canada, n'avait d’autres désirs que d’y consommer son sacrifice. De retour dans la colonie, il fit, par l’ordre de ses supérieurs, trois voyages chez les Iroquois. Au ‘ Jbo el
non redibo ; j'iraiet je ne reviendra. pas, écrivait-il ;
dernier, il eut le pressentiment de sa mort.
mais je serais heureux si noire Seigneur voulait achever le sacrifice où il a commencé, et que ce peu de
sang que J'ai répandu sur cette terre fût comme les
arrhes de celui que je donnerais de toutes les veines de mon corps et de mon cœur.”
A peine arrivé chez les Iroquois, il fut dépouillé de ses vêtement:, accablé de coups, et peu de temps après assommé à coups de hache à l’entrée d’une cabane (1 octobre 1646).
En parcourant la vie de ce grand crucifié de Jésus: Christ, ne croirait-on pas lire une page dérobée aux Actes des Martyrs ? En lui revit tout entière la frai. cheur des anciens jours, de cette aurore du Christianisme, dont les premiers rayons resplendissent encore d’un éciat si radieux.
L’astre du nouveau martyr, à peine apparu au firmament de Eglise, ramena le printemps dans les sillons de la mission huronne.®" Une merveilleuse germination se révéla tout-à-coup et couvrit bientüt le sol, jusque-là si stérile, d’une riche floraison. Moins de deux ans après la mort du père Jogues, la nation entière avait embrassé la foi. Mais le ciel semblait craindre les orages pour la nouvelle moisson, car sans attendre la maturité, il voulut la cueillir encore en fleur, et la mettre à l’abri dans les célestes greniers.
La nation iroquoise, qui était en guerre depuis plu-
sieurs années avec les tribus huronnes, avait enlin
1. La Mère de l’Incarnation racontant la conversion des Hurons disait : ‘ L'on attribue cette fécondité aux mérites et aux prières du R, P. Jogues, dont le sang répandu a été comme la semence de tant de généreux névphytes.”’ (Lettres Historiques, 10 Sept. 1648.)
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acquis sur elles, après bien des alternatives de succès et de défaites, une supériorité incontestable. Elle entreprit alors une dernière lutte d’extermination. Pendant l'hiver de 1649, une nombreuse armée d’froquois se présenta aux portes du village Saint- Ignace. Déjà Pannée précédente, ils avaient détruit deux bourgades et massacré le P. Daniel. Le fort, attaqué à l’aube du jour avec une hardiesse et une habileté incroyables, fut emporté sans presqu’aucune résistance. Les Hurons ne soupçonnaient pas même la présence de l’ennemi et étaient plongés dans un profond sommeil. Le village fut livré aux flammes et tous les habitants, hommes, femmes, enfants furent passés par le fer et le feu. Trois hurons seulement parvinrent à s'échapper demi-nus, et coururent à une licue sur la neige et la glace donner l’alaime au village Saint-Louis.
Au milieu de la consternation générale, le eri de guerre des [roquois retentit dans la forêt et glaça toutes les âmes d’épouvante. Les ennemis ne voulaient pas donner à leurs victimes le temps de se reconnaitre. Ils cernèrent la place* de tous les cotés et montèrent à l’assaut. Deux fois les guerriers hurons, qui se défendaient en héros, les repoussèrent avec pertes ; mais enfin, écrasés par le nombre, ils tombèrent sous les débris des palissades. Les féroces vainqueurs pénétrèrent alors par toutes les brèches et
firent un horrible carnage, Bientôt une colonne de
fumée, qui s’élèva des cabanes en flamme, annonça la fatale nouvelle aux bourgades voisines.
Les Pères de Brebeuf et Lalemant se trouvaient alors au village Saint-Louis. Malgré les pressantes sollicitations des Hurons qui les suppliaient de prendre la fuite, ils aimèrent mieux se vouer à une mort certaine, plutôt que d'abandonner leur troupeau à l’heure du danger. Dans lhorreur de la mêlée, parmi les flèches et les balles, les couteaux et les tomahawks qui tournaient sur leurs têtes, les hurlements des vainqueurs et les lamentations des mourrants, ils baptisent les catéchumènes et donnent Pabsolution aux néophytes, les confirmant tous dans la foi. Chargés de liens avec les autres prisonniers, ils sont conduits sur les ruines fumantes du village Saint- Ignace pour y être torturés. On les accueille à leur arrivée par une grèle de coups de bâtons. Le Père de Brebeuf se jette à genoux au pied du poteau où il va être attaché, et comme autrefois lapôtre Saint André à la vue de la croix après laquelle il soupirait depuis si longtemps, il Pembrasse avec amour et respect. Puis apercevant autour de lui une foule de chrétiens condamnés comme lui au supplice, il lève les yeux au ciel, et dans uns fervente prière, adressée à Dieu, il les exhoite à < ‘trir conrageusement en leur mon-
trant les palmes qui les attendent là-haut. ‘“ Echon,