CHAPITRE HUITIEMNE
Vocation de la Mère de l’Incarnation pour le Canada.
Cependant la main de Dieu qui soulevait à dessein tant de ronces et d’épines sous les pas de Madame de la Peltrie afin de raflermir sa vocation et d’en épurer tous les motifs, n’était pas inactive dans l’âme de la Mère de l’Incarnation. Nous avons déjà vu comment, après une longue série d'épreuves, le Seigneur lPavait initiée aux plus ineffables mystères, l'avait ensuite élevée à la sublime dignité d’épouse, puis avait enchâssé son cœur dans le sien, et l'avait enfin enflammée de l’esprit apostolique. Nous allons voir maintenant par quelles mystérieuses opérations il mit le dernier perfectionnement à cet esprit d’apostolat.
“ La divine Majesté, voulant me dépouiller abso-
ment de mon propre vouloir dans les choses méme qu'elle nravait commandées, afin que tout fût d'elle et qu'il n'y eût rien de la créature, me fit connaitre, un jour, pendant que j'étais en oraison devant le Sauint- Sacrement, qu'elle allait me réduire à ce dépouille. ment entier et parfait, Je traitais alors avec elle du salnt des âmes, dans lPaccès ordinaire qu'il Jui plaisait de me donner, En un moment elle m'ôta tout pouvoir de continuer ce commerce, et ravit mon time en une extase qui la mit dans son souverain et unique bien, Au milieu de ces divins embrassements, elle me découvrit le grand avantage qu'il ÿ à de ln gagner des ämes, et nrexcita à lui demander cette
grace. Alors mon âme prenant vivement les intéréts
de son Epoux souhaitait avec une amoureuse inpa-
tience l'extension de son royaume et s’offrait pour cela en sacrifice, fallüt-il donner mille vies. Je coniurais le Père Eternel de me mettre en état d’exeeuter les commandements qu’il m'avait faits de lui bâtir, en Canada, une maison où il fût glorifié avec Jésus et Marie. Je le nriais d'y joindre le grand Saint Joseph, parce que j'avais de fortes impressions que c’était lui que javais vu être le gardien de ce grand pays. J'avais une certitude qu’il agréait les instances que je faisais par le mouvement de son esprit. Cette Majesté suprême jetait ses regards sur moi, et me faisait entendre que par une amonreuse violence, j'avais voulu ravir sa volonté ; mais
que par son amour, elle voulait triompher de li
mien d'am «6 I la ré en un de co volon du ro car à arrete charn n'avai moi, chanta
Justice
des es C'etait demeu pagna incarn M.
intime tenir s eut le” récit < grand et celle «ç J
parlait
2s meéines {üt d'elle connaitre, tle Suintlépouille.
e elle du ai plaisait Pota tout mon fine et unique ents, elle a de lui nder cette S intéréts use inipa- Trait pour vies, Je tat d'exeits de Jui rifié avec > le grand 1pressions lien de ce oréait les ut de son s regards ne amouté ; mais
er de la
mienne, Ah! qui pourrait décrire ce commerce d'amour !
‘“ IT se fit alors une opération dans mon âme, qui la réduisit à une délicieuse agonie. Je me vis en un moment absorbée en Dieu, qui par un amour de complaisance, me voulait surmonter, m’ôtant ma volonté à l'égard de mes poursuites pour l'extension du royaume de son fils. En eflet il me martyrisait : “ur à peine me permettait-il de jeter un soupir pour arréter ce tourment qui m’arachait la vie et me charmait tout ensemble. Alors je n’aperçus que je avais plus de volonté, et que Dieu voulait pour moi. J’acquiesçai et me confessai vaincue. Je chantai le triomphe de mon vainqueur et reconnus la Justice de son vouloir. Dôs ce moment je fus délivrée des langueurs que me causaient mes poursuites. C'était un repos, une paix, un non vouloir, une demeure dans la volonté de Dien qui m’accompagnaient toujours en m’oecupant des intérêts du Verbe incarné.
M. de Bernières, qui ent occasion de connaitre intimement. la Mère de Pincarnation et de lentretenir souvent des dons surnaturels qu’elle avait reçus, eut le bonheur de recueillir de ses propres Jèvres le récit de cette faveur insigne, Voici comment ce grand maitre de la vie mystique apprécie cette grace et celle qui en fut l’objet.
‘ Je me souviens que cette grande religieuse
parlait admirablement de l'excellence de la vie apos-
PAOMBRE DE D'INCARNATION.,
tolique, et qu'elle en avait des sentiments exqui,,
Elle souffrit un jour une opération bien extraordinaire. Comme elle s’efforçeait de prendre la volonté divine pour ne la quitter jamais, et la fléchir à l'établissement du royaume de son fils sur toutes les nations, Notre. Seigneur prit la sienne ; et depuis elle n’a point eu de volonté propre ; mais la seule volonté de Dieu à été sa volonté.
‘ C’est une grande âme, solidement vertueuse, qui a une profonde humilité, une charité éminente, et qui ne perd point Punion actuelle avec Dieu.
‘ Elle dit done que Dieu la dépouilla de son propre vouloir, ou, pour me servir des paroles dont il usa à son égard, il triompha de sa volonté ; non qu’il lui enlevat cette puissance qui est le principe des actions spirituelles, ou qu’il la privât de sa liberté ; mais la volonté divine s’empara tellement de la sienne, quelle ne pouvait plus vouloir que ce que Dieu voulait. Ainsi on eût pu lui donner ce nom admirable que Dieu avait promis à une nation qui devait être tonte à lui: On vous appellera, ma volonté est en elle. Cette faveur merveilleuse commença par une espèce d’agonie, c’est-à-dire que sa volonté agonisa avant que de mourir à elle-même, pour se perdre en celle de Dieu. Ilne lui restait plus alors que de faibles aspirations, qu’elle offrait en acquiescement à la perte de sa volonté. Ceite agonie fut pleine de délices; car comme il n’est rien de plus afiligeant que de
suivre les désirs de sa propre volonté ; il n’est rien,
an € volon u cetl de re Dieu.
Ce Mere divin.
par ) quiétt ses d délice Au naitre direct inissic PE s'amu fantai.
répont l'enoux obéiss une p:
sans € intérie temps, sieurs de div
suilisa
exquis,
rdinaire, é divine issement , Notre.
point eu
Dieu a
euse, qui
te, etqu
on propre il usa à qu'il lui S 4Ctions , mnais la e, qu'elle 1 voulait.
able que ètre toute L en elle.
1e espece sa avant en celle le faibles à la perte délices ; t que de
r’est rien,
DEUXIEME EFOQUE. 25:
an contraire, de plus doux que de ne vivre que de la volonté de Dieu. Aussi le nouvel état qui succéda a cette Opération fut un état tout de délices, de paix, de repos, et de demeure parfaite en la volonté de Dieu,”
Ce fut vers l'année 1635 que notre bienheureuse Mère entra dans cette nouvelle phase de Pamour divin. Comme la fiancée des Cantiques, transportce pau son divin Epoux dans cet Eden embaumé de quiétude et de paix, au milieu des lis immaculés de ses divines aflections, elle en savoura les pures délices pendant Pespace d’une année entière.
Au sortir de cetie heureuse solitude, elle sentit nttre en elle une vive inspiration de faire part à son directeur, le Père Salin, de sa vocation pour les missions du Canada. Mais dès les premiers mots, il lui imposa silence, en la reprenant sévèrement de s'amuser ainsi, disait-il, à de vaines et ridicules lantaisies. L’humble religieuse baissa la tête sans répondre et s’anéantit profondément devant Dieu, en renouvelant à ses pieds la promesse d’une Cternelle obéissance à ses ordres. Elle attendit ensuite, dans une paix parfaite, le moment de la vocation divine sans oser communiquer à personne ses sentiments intérieurs. Aussi fut-elle bien surprise, vers le méme temps, de voir son secret divulgué, d'entendre plusieurs personnes lui en parler, et d’autres lui en écrire de divers endroits. Elle ne se crut cependant pas
suflisamment autorisée de le dévoiler; et elle ne
répondit aux lettres qu'elle reçut et aux interrogations qu'on lui fit à cet égard, que d’une manière vague, ne laissant entrevoir que le zèle ardent dont son cœur était épris pour le salut des infidèles. Mais ses paroles étaient toutes de feu, dès qu’elle ouvrait la bouche sur ce sujet ; et elle avait si bien réussi à communiquer ses ardeurs apostoliques à toutes ses compagnes, que la communauté entière s’était associée à elle pour offrir à Dieu des prières, des pénitences et des communions continuelles dans cette intention.
Cependant plus Pheure marquée par les desseins de Dicu approchait, plus il la sollicitait vivement de dévoiler ses secrètes inspirations ; il la menaça même de labandonner si elle tardait plus longtemps d’obéir à sa voix. Sa première pensée fut alors d’écrire an Pere de la Haye ; mais la crainte que lui inspirait le Père Salin la retint.
Ce fut au milieu de ces anxiétés qu’elle reçut la visite du P. de Lidel, qu’elle fit confident de ses troubles intérieurs. Il lui conseilla d'écrire au P. de la Haye, qui mieux que personne connaissait ses dispositions. Elle suivit son conseil, d’après l’ordre de sa supérieure. Le Père lui répondit qw’elle devait se disposer à accomplir les vues de la divine providence, et qu’il espérait en voir bientôt l'exécution. Cette réponse rétablit le calme dans lâme de notre sainte.
Quelque temps auparavant, elie avait appris que Dom Raymond de Saint-Bernard, son ancien direc-
teur, :
Gtine
Jésuit
de sd
cueilli
étre di
s'oppo A |
pour |
carnati
bonhet
pas d’a
les rai.
CXPOsA
passé e
ment d
d'esprit
les fav
tendre
apporté
sunIr €
°1 miile o
ardents
paix si
de son
profond.
AUX ord
nent de
sance €
interronanivre nt dont Mais ouvrait réussi à utes ses associée ences et tion.
desseins ment de a même s d’obéir scrire au
pirait le
reçut la t de ses au P. de sait SC às l’ordre le devait ne proviécutiou.
de notre
ppris que
en direc-
teur, songeait aussi à passer en Canada. En eflet, cet cninent religieux se concertait alors avec les PP. Jésuites dans cette intention ; mais Dieu se contenta de sa bonne volonté et ne lui permit pas d'aller recueillir avee eux les palmes de Papostolat, et peutétre du martyre. Les Supérieurs de sa congrégation s'opposèrent à son pieux dessein.
A Pépoque où il regardait encore +on départ pour le Canada comme certain, la Mère de lfncarnation lui écrivit pour lui
faire partager son
bonheur et s’éclairer de ses Tumières. [Il n’entra pas d’abord dans ses vues et combattit méme toutes les raisons qu’elle put iui allésuer. Enfin elle lui exposa, dans une longue lettre, tout ce qui s'était passé en elle à ce sujet, le priant d'y réfléchir sérieuse ment devant Dieu. Ilse rappela alors son caractère d'esprit, incapable de se gouverner par Pimagination ; ls faveurs qu’elle avait reçues du ciel dès sa plus tendre enfance, et ia fidélité qu'elle y avait toujours apportée ; ses premières inclinations qui la portaient à ‘unir aux prédicateurs de PEvangile ; son zèle en miile occasions pour la gloire de Dieu ; ses désirs si ardents et néanmoins si peu empressés, Il vit cette paix si inaltérable au milieu des plus violentes saillies de son amour ; cette élévation d'âme jointe à la plus profonde humilité et à la plus parfaite soumission aux ordres du ciel ; mais surtout cet entier détachement de tout sentiment propre, malgré une connais-
sance certaine de la volonté du Seigneur; et il ne put
s'empêcher de reconnaitre le doigt de Dieu dans cet Des
lors il fittout en son pouvoir pour lui en faciliter
appel, et d’y donner son entière approbation. !
l'exécution ; mais le ciel, aui ne Pappelait pas luimême en Canada, lui refusa aussi la consolation de contribuer à y établir son heureuse disciple.
[Il vit rompre l’une après lPautre toutes les mesures qu’il avait prises pour elle et pour lui. A la nouvelle de ce double malheur, la Mère de l’Incarnation écrivit à ee bon Père pour lui offrir les consolations de l'amitié et de la reconnaissance. Elle était bien loin de se douter alors des cruelles alarmes qui lattendaient à son tour.
En effet toutes les contradictions vinrent fondre sur elle à La fois. Les personnes qui lui inspiraient le plus de vénération et dont l’assentiment lui aurait été si précieux, se déclarèrent contre elle «et traitèrent ses projets de rèves illusoires. Sa plus tendre amie même, la Mère de Saint-Bernard, alors supérieure, qui avait applaudi plus qu'aucun autre à sa vocation, alla jusqu’à lui dire que si Dieu lui accordait ce qu’elle implorait avec tant d’ardeur, ce ne serait que pour la punir de sa témtrité. Mais sa grande âme ne fut nullement ébranlée par tant d’assauts ; et rien n’est plus admirable que les sentiments de confiance et de soumission
aux ordres de la providence qu’elle exprime dans une