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de sacrifier leur vie pour sauver la colonie. Après avoir fait leurs testaments, et s'être confessés, ils étaient venus se nourrir du pain des forts et jurer aux pieds des saints autels de rester fidèlement unis jusqu'à la mort et de ne Jamais demander quartier. Certains de ne plus revoir leurs foyers, ils serrèrent une dernière fois, entre leurs bras, tout ce qu’ils avaient de cher ici-bas, et s’éloignèrent accompagnés des larmes et des bénédictions de ceux pour qui ils allaient mourir.
Is arrivèrent le premier mai suivant au pied du Saut-des-Chaudières, situé sur la rivière des Outaouais. Un fort y avait été construit automne précédent par les Algonquins. Ce fort avait le double désavantage d'être éloigné de l’eau, et dominé par une colline. Les Français prirent cependant le parti de se retraucher derrière ce faible rempart formé d’une simple palissade en partie détruite, et d’y attendre les Iroquois qui devaient suivre cette voie au retour de leurs chasses d’hiver dans les forêts du nord.
Après quelques jours d’attente, ils virent venir à eux une troupe de sauvages, qu’ils reconnurent bientot pour des amis. (C'était quarante guerriers de cette nation huronne, dont nous avons raconté les touchantes infortunes et dont quelques débris s’étaient réfugiés près de Québec. Ils étaient commandés par un vieux
héros chrétien de la même nation, nommé Anahotaha.
Un fameux chef algonquin, suivi de six de ses guerriers, s'était joint à eux aux Trois-Rivières; ct ils venaient tous demander la faveur de combattre à leurs côtés contre lPennemi commun, et de verser leur sang avec eux,
Le lendemain de leur arrivée, qui était un dimanche, deux hurons, envoyés en éclaireurs, rapportèrent qu’ils avaient vu cinq Iroquois qui marchaient aussi à la découverte dans la direction du camp. On tint aussitôt conseil, et il fut décidé qu’on éleverait, le lendemain, une seconde palissade autour de la pi. mière,
C'était vers le soir. En attendant l'heure du souper, pendant que les chaudières bouillaient audessus des feux du bivouac, la petite armée, groupée à l'entrée du fort, récitait en commun la prière du soir. La voix grave et solennel de Daulac s'élevait au milieu du silence de la troupe et du désert, et, par intervalles, un long murmure se prolongeait au loin, emporté par la rafale sous les voûtes des bois : c'était le concert de toutes les voix de lParmée mêlées au sourd grondement de la chûte et qui répondaient en chœur à la prière. Tout-à-coup des hurlements épourantables, accompagnés de décharges de coups de fusils, interrompirent cette imposante cérémonie ; et Pon vit apparaitre une flotille de canots sauvages, portant deux cents chasseurs iroquois, qui descendait la
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