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la nature inspirera a ces meres désolées, ce sera de vous rappeler aupres d'elles pour se consoler elles. memes en procurant votre bien. Un frere fera de meme pour sa sœur, un oncle où une tante pour su niece ; et ainsi nous serons en danger de vous perdre, et de perdre en vos personnes le secours que nous espérions pour Pinstruction de nos filles, dont nous avons commencé avec tant de douceur à goûter les fruits.
‘ Courage donc, saintes filles, ne vous laissez pas “aincre par lPamour de vos parents; et faites voir aujourd’hui que Paflection que vous portez pour les pauvres sauvages est une charité céleste plus forte que les liens de Ta nature. Pour raflermir en cela vos résolutions, voici un présent de douze cents grains de porcelaine, qui enfoncera vos pieds si avant dans luterre de ce pays qu'aucun amour de vos parents, ni de votre patrie ne pourra les en retirer.
‘ Le second présent que nous vous prions d'agréer, west un collier semblable de douze cents grains de porcelaine, pour jeter de nouveau les fondements d'un édifice qui sera encore la maison de Jésus, la maison de prières, et où vous continuerez d’instruire nos petites filles huronnes. TFels sont nos vœux, tels sont aussi les vôtres ; car sans doute vous ne pourriez mourir contentes, si en mourant vous pouviez vous lire ce reproche, que par un amour trop tendre pour vos parents, vous meussiez pas aidé au salut de tant
dames, que vous auriez aimées pour Dieu; oui,
vous les recucillerez encore, vous leur apprendrez : aimer Dicu, et elles seront un jour votre couronn dans le ciel,”
Ainsi parla le grand chef Huron, d’une voix qu Pémotion rendait vibrante, Je n’ajoute rien à ce discours, poursuit le P. Ragueneau qui nous à con. servé cette naïve harangue, et je ne puis méme rendre la touchante expression que mi donnaient le ton de sa voix, et les regards de son visage. La nature a son éloquence ; et quoique ces hommes soient barbares, ils sont loin d’être privés d'intelligence et de sentiment.”
Quand le chef eut fini de parler, il se fit quelques instants de silence. La Mère Supérieure, vaincue par son émotion, ne pouvait proférer une parole. Enfin elle répondit d’une voix entrecoupée de larmes, au milieu de Pattendrissement général, en donnant à ces bons sauvages Passurance que les Ursulines continueraient d’instruire leurs enfants, qu'aucun désastre ne les ferait retourner en France, et qu'uprès avoir consumé leur vie sur cette terre du Canadi, déjà arrosée de leurs sueurs, un jour leurs os reposc-
raient tous ensemble.