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une plainte, et bénissant la providence de lui avoir donné ce pauvre réduit pour dernier asile.
“Ah! que je suis heureuse, disait-elle à sa fidele «nie la Mère de Pincarnation, que je suis heureuse de mourir en un lieu pauvre, loin des délices et des commodités dont on jouit en France, Ecrivez, je vous prie, & nes parents, à mon oncle PEvéque de la Rochelle, et à nos Meres de Tours, que je suis trescontente de les avoir tous quittés, et de mourir pauvre religieuse de la mission des Urs'lines du Canada.”
Des le 2 février, il avait fallu veiller la chère malade. Cette charge était ordinairement dévolue à la Mere de Pincarnation, qui lui servait d’'infirmière depuis trois ans. ‘Mais, disait-elle, les nuits se passaient doucement auprès d'elle,” tant sa patience était inaltérable.
C'était un spectacle digne du ciel et des anges que celui dont était témoin, pendant ces nuits de veille silencieuse, humble cellule où gisait, sur un misérable grabat, dans un des rayons accolés à la muraille, celle qui avait renoncé à tous les bonheurs de la vie, à sa famille, à sa patrie, à cette France incomparable du dix-septième siècle qui n’a pas d’égale dans Phistoire, en un mot, à tous les prestiges du monde, de la noblesse et de la fortune, pour embrasser la pauvreté de Jésus-Christ, la folie de la croix.
L'appartement n’était éclairé que par la flamme de la vaste cheminée qui seule réchauffait la maison. A
la lueur fauve de lâtre, on apercevait, au chevet du
lit, la Mère de lIncarnation, attentive au moindre signe de sa chère patiente, lui prodiguant tous les soins que peuvent inspirer la tendresse d’une amie et d'une sainte. Dans les intervalles de repos, assise près des chencts, elle charme les longues heures de la nuit par quelque pieuse lecture dans la vie de Sainte Thérèse ; ou, agenouillée sur le plancher nu, elle se livre à une de ces méditations extatiques qui lui étaient habituelles.
Un peu en arrière, dans la penombre, se dessine la frèle silhouette de Madame de la Peltrie, qui malgre sa fragile santé n’a pas voulu laisser à notre More seule le privilége des fatigues et des veilles auprès de eur commune amie. De temps en temps, les deux veilleuses s’approchent sans bruit de la chère agonissante, et debout, immobiles, près de son lit, conteniplent en silence ses traits amaigris, ses lèvres desstchées, sa figure enflammée par la fièvre, et écoutent avec anxiété sa respiration oppressée, entrecoupée d’une toux déchirante. Elles ne profèrent aucune parole, mais Pexpression de leur figure ne révèle que trop leurs navrantes pensées. On lit sur chacun de leurs traits cette profonde pitié que les saints déversent avec d’autant plus d'amour sur autrui, qu'ils se la refusent tout entière à eux-mêmes. La jeune malade ne semble pas s’apercevoir de ce qui se passe autour d'elle. Les mains jointes sur la poitrine, elle parait plongée dans une douce extase; ses lèvres
murmurent une prière ; et tandis que ses regards lim-
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