COURSOL
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et souffrirent du froid, faute d'avoir des couvertures de laiue ; la plupart n'avaient pas même de capotes. vSur la frontière du Missisciuoi, partout où nous avions des postes, on fit bonne garde, et ce service dura encore huit jours avant que l'ordre de rentrer dans ses foj-ers fût donné à la troupe entière.
Du 23 au 30 mai, les alarmes se succédèrent à vingt endroits des frontières, et, presque toujours, alors que les habitants croyaient voir sun-enir des compagnies de Féniens armés, il ne se présentait que de vulgaires rôdeurs de grands chemins, qui saccageaient les habitations isolées. Le gouvernement canadien défendit de maltraiter ceux qui furent pinces, et en cela il avait raison, mais que de braves gens auraient aimé à brancher cette canaille le long des routes qu'elle infestait !
La déconfiture d'Eccles Hill ne gênait en rien les bandes répandues depuis Saint-Régis jusque vers vSherbrooke. A la frontière de Huntingdon, le 27 mai, un corps de Féniens s'était retranché sur la rivière Trout, dans le voisinage d'un bois. Les volontaires des 50^ et 69" bataillons s'avancèrent eu tiraillant, sur deux lignes très espacées, et à peine furent-ils à cent pieds de la barricade qu'ils virent les ennemis se sauver sous la forêt. On fit une récolte de fusils et de havresacs abandonnés dans la fuite. Tout cela eut lieu en quelques instants. Il v eut un Fénien de tué, un blessé et un aiitre fait pri.sonuier.
Cette succession d'événements, tels que nous retournions par la pensée à la guerre de iSi 2, venait, avec un à-propos étonnant, infuser l'ardeur militaire dans notre population, à la minute même où les provinces de l'Amérique du Nord se confédéraient pour former une nation, de simples colonies qu'elles étaient, et pendant que le cabinet de Londres donnait des instructions pour faire retirer les troupes anglaises du Canada. Il y avait aussi au même instant, sur la brèche, un Canadien-Français qui embrassait d'un coup d'oeil la marche des choses, et qui créa l'élément militaire parmi nous, pour remplacer la confiance que nous avions toujours eue dans les troupes de la Grande-Bretagne, puis enseigner aux Canadiens à défendre le Canada. Pour bien comprendre ceci, rendonsnous compte de ce que nous ne pouvions faire en 1.S61, lors de l'affaire du Trciit, et en 1SÔ4, après Saint-Albaus : rien n'était possible. De 1S66 à 1872, les Féniens, par trois ou quatre fois, les deux expéditions envoyées à la Rivière-Rouge, les camps d'exercices demandés par l'opinion publique, le retrait des troupes anglaises, tout s'enchaîna, se combina pour nous dessiner en traits vigoureux xine situation militaire qui n'a eu son analogue dans aucun pa^-s du monde, et qui sert déjà de modèle, à plusieurs égards, dans les Trois-Royaumes, en Australie, dans rAfric|ue du Sud, etc. Mais n'entrons pas sur le terrain des explications, ce n'est guère la place dans un résumé qui couvre de si longues périodes. Bomon.s-nous à constater les faits en passant.
Le 4 juin, sir George Cartier, adressant la parole à un banquet de volontaires, disait : " Lorsque se fit entendre la première menace d'invasion, en 1866, nos volontaires accoururent se ranger sous les drapeaux. L'ennemi, à la vue de nos préparatifs, se hâta de battre en retraite. Nouvelle alarme cette année. Cette fois, il s'agissait d'une invasion réelle. Les volontaires se levèrent encore une fois pour protéger la frontière, de Sarnia à Stanstead, et elle a été protégée eft'ectivement par neuf mille hommes de votre valeur, bien armés, bien équipés, en un mot neuf mille hommes parfaitement propres pour la guerre, et ce n'est même pas le quart de notre milice. Si noiis avions eu besoin de nouveaux bataillons, nous aurions pu appeler un autre quart, et puis un autre, et, pour appuyer ceux-là, il nous restait encore des milliers d'hommes qui auraient volé à la défense du pavs avec le même zèle que vous. La milice du Canada a été mise à l'éjjreuve, et. Dieu merci, elle a noblement fait son devoir."
MILICK CANADIENNE-FRANÇAISE
L'année 1S70 vit partir le dernier régiment anglais des provinces du Hant-Canada, du Bas-Canada et du Nouveau-Brunswick. L'automne ne s'était pas écoulé que le 60" {Ri'JJe Brigade) sortait de la citadelle de Québec, laissant le lieutenant-colonel Wily en possession des murs, au nom du gouvernement canadien qui y plaça de suite une garnison de volontaires. Le 60'' était entré le premier dans Québec, eu septembre 1759, après la mort de ]\Iontcalm.
Les camps de Niagara et de Laprairie, en 1S71, furent remarquables par l'introduction des exercices de brigade; celui de Laprairie (au dehà de cinq mille hommes)
dépassa l'autre en n()m])re de soldats. Tous deux étaient formés de volontaires des districts numéros deux et cinq.
Louis Riel, réfugié aux Etats-Unis, s'associa aux Féniens (1.S71), lesquels tentèrent d'envahir le r\Ianitol)a par la route Dawson, mais les volontaires de l'Ontario et de Quéljec marchèrent contre eux en partant du fort Ciarrv, et les obligèrent à la retraite. Cette fois, les autorités américaines jugèrent à propos d'agir, et leurs trou]3es dispersèrent les Féniens du Dakota, voisins de nos frontières.
L'été de 1S72, un nouveau contingent de volontaires partit pour le Manitoba, sous les ordres du lieutenant-colonel Osborn Smith, et depuis lors il v a toujours eu garnison dans le voisinage de la ville de Winnipeg aussi bien que dans deux ou trois autres postes de la province, selon les circonstances du temps. La police à cheval, organisée par le département de la milice (avril 1870), est aujourd'hui sous la direction du ministère de l'Intérieur.
,iKrT..coi,. .\ntoink-ciiaktii;r i.K i.<iTiiixii:KK iiAKwoDD Fn 1SS4, le général Wolselev, commau-
Adjudant généra, au ,,i,tnct de Montréal, ,s6s-sss ^^^^^ l'expéditiou \lu Haut-Nil, demanda et
obtint l'aide d'un contingent de " vo^yagcurs " canadiens, qui se firent remarquer par leur adresse, leur courage et la bonne volonté qu'ils déployèrent durant cette difficile campagne. La description, que les principaux officiers anglais de la campagne du Manitoba (1S70) avaient publiée en x'Vngleterre, concernant les cascades et les portages de nos rivières, donna l'idée d'un service de bateaux semblables aux nôtres, pour afîronter les cataractes du Nil, et, naturellement, on y appela des Canadiens, parmi lesquels un bon nombre de la province de Québec, même des Sauvages des environs de Montréal, sous les ordres du capitaine Talmont Aumond, frère du paie maître de 1S70 à la Rivière-Rouge.
Au moment où ces lignes vont paraître, nous lisons dans les journaux un fait-divers se rapportant à l'émeute du canton de Lowe (1895), et d'après lequel on pourrait croire que la milice active a été rarement employée dans ces sortes de troubles intérieurs. Examinons un instant la liste qui suit, et nous verrons bien ce qui s'est passé à cet égard depuis que les troupes anglaises nous ont laissé la garde du pa3's et le soin d'y maintenir la tranquillité, c'est-à-dire depuis vingt-sept ans :
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1870 (avril). — On s'attend à une inva.sion fénienne, six mille hommes sont placés sous les armes durant dix jours, avec deux canons. Les journaux américains proclamaient que l'Angleterre nous retirait ses troupes, et cpie le Canada n'avait aucun moyen de défense, parce que la loi de 1868 n'était pas considérée coninie une chose sérieuse de l'autre côté de la frontière.
iS7o(mai). — Enrôlement des volontaires pour l'expédition de la Rivière-Rouge, et départ de ce contingent dont nous avons raconté l'histoire.
1S70 (mai). — Les Féniens menacent toute notre frontière de l'est; treize mille quatre cent quatre-vingt-neuf hommes .sont mis sous les armes, avec dix-huit canons de campagne, durant une douzaine de jours ; combats d'Eccles Hill et de Huntingdon.
1871 (3 octobre). — "Raid" des F'éniens sur la limite du Manitoba ; neuf cent quarante-deux volontaires marchent contre eux sans les rencontrer, parce que les autorités américaines mettent le holà aux entreprises de ces maraudeurs.
1873 (16 novembre). — Expectative d'une résistance populaire à l'enterrement de l'imprimeur Guibord (Montréal); onze cents volontaires font du service durant une journée, afin de permettre l'inhumation autorisée par le conseil privé de Londres.
1876 (12 juillet). — Commencement d'émeute à Saint-Jean (Nouveau-Brunswick). arrêté par l'apparition des volontaires, an nombre de quarante-cinq, pendant une journée.
1876 (31 décembre). — Révolte des employés du Grand-Tronc, à Belle\ille ; deux cent quarante volontaires durant trois jours.
1878 {20 juin). — Emeute des débardeurs de Québec; treize cents hommes en service durant trois jours.
187S (12 juillet I, Montréal. — Affaire des Orangistes ; trois mille hommes pour maintenir la paix, durant une semaine.
1878 (31 août). — Emeutes contre le chemin de fer (à Montréal) Ottawa & Occidental; deux cent trente-neuf volontaires durant quatre jours.
1879 (17 janvier). — A vSaint-Andrews (Nouveau-Brunswick), tentative d'émeute; quarante-cinq hommes durant trois jours.
1879 (15 août). — Débardeurs de Ouébec ; huit cents volontaires durant trois jours. iSSo (18 janvier). — Long-Point, comté de Norfolk (Ontario), combat de boxe;
soixante et onze hommes durant la journée.
1880 (12 mai). ^ Port-Dover, comté de Norfolk (Ontario), combat de boxe; un fort détachement du 39*" bataillon et une compagnie du 44'', durant une journée
1883 (24 mars). — Emeute des mineurs aux mines de charbon de Lingan (Cap-Breton) ; cent volontaires durant deux mois et demi.
1883 (25 septembre). — Troubles à propos d'élections à Portage -du -Rat, district d'x'llgoma ; quarante-deux volontaires durant une journée.
1884 (28 juillet). — Menace d'émeute à Avlmer (comté d'Ottawa), entre les ouvriers du chemin de fer Pontiac & Pacifique et les fermiers ; quarante-cinq volontaires durant une journée.
1SS4 (6 octobre). — Troubles à Tamworth (Ontario), parmi les ouvriers du chemin de fer; quarante-cinq volontaires durant une journée.
1884 (II novembre). — Menace de soulèvement à Winnipeg ; deux cent quarantesept hommes durant une journée.
1885 (printemps). — Rébellion de la Saskatchewan ; cinq mille quatre cents hommes sous les armes durant trois mois, à part onze cent quarante campés à titre de réser\-e, et neuf cent quarante-deux dans les casernes de Toronto, Kingston, Prescott et Ouébec,
MILICE CANADIENNE-FRANCAISK
SS'^^ bataillon et un escadron d'.
connue second renfort en cas de besoin. Ces deux mille ciuatre-vingt-deux lionnnes s'exerçaient et faisaient tous les services de troupes en campai^ne.
18S8 (16 juillet). — Sur l'annonce que les vSauvages de la rivière Skeena (Colombie Anglaise) se révoltaient, l'école d'artillerie de \'ictoria se rendit sur les lieux, et fit ainsi du service actif durant quarante et un jours.
iSSS (27 septembre). — Les Italiens, qui travaillaient au chemin de fer de Hereford (comté de Compton), devenant turbulents, on employa contre eux un détachement du
ivalerie durant sept jours.
1888 (31 octobre). — Emeute entre les ouvriers des chemins de fer de la \'allée de la Rivière-Rouge et du Pacifique-Canadien ; l'école d'infanterie montée de W'innipeg fut sept jours en service actif.
1891 (15 septembre). — Grève des ouvri^'S des scieries de Hull (comté d'Ottawa) ; quatre compagnies formées des gardes du gouverneur général et du 43" bataillon, deux jours de service.
i8q2 (7 juillet). — Contrebande de l'Ilc-aux- Coudres et du v^aint-Laurent au-dessous de Québec; un détachement de l'école d'artillerie de Québec servit durant vingt jours sur la C(i)tslaii((\ patache du gouvernement fédéral.
1892 (9 août). — Répétition des mêmes faits ; un sergent et quatre hommes de l'école d'artillerie patrouillèrent sur cette partie du flcuxc juscprau mois d'octobre.
iSu;, 119 août). — Les matelots et pêcheurs (le Sduris (île du Prince-Edouard) s'étant soulevés, la Ixitterie de place de l'île fut sur pied durant quelques heures.
Croix Victoria, expédition de 1.1 Rivière Rouge. 1S95 ( 20 noVend^'C). LcS liabitaUtS du
township de Lowe (comté d'Qttawa), refusant de payer leurs contributions municipales, on fit marcher contre eux, pour appuyer les officiers civils chargés de la saisie de certaines propriétés, un détachement de cent treize officiers et soldats, tiré des dragons de la princesse Louise, de la batterie de campagne d'Ottawa (sans canons, cette fois) et du 43' bataillon, qui restèrent en service quatre ou cinq jours.
De 187 I à 1S83, il s'est formé onze Ijataillons canadiens-français, qui existent encore: 1871 — 83'' Joliette, 84"' Saint-Hyacinthe, 86'' Trois-Rivières ; 1872 — 76'' Chàteanguay ; 187:^ — 80*" Nicolet ; 1S78 — i"^""' compagnie d'artillerie de Lévis ; 1880 — 2" compagnie d'artillerie de Lévis, 83" Montréal; 1882 — 88"" Kamouraska et Charlevoix ; 1S83 — 89"' Témiscouata et Rimouski.
La police à cheval du Nord-Ouest, organisée en a\ril 1870, a toujours compté dans ses rangs un assez bon nombre de Canadiens-Français.
La milice, formée en vertu de la loi Cartier, comprend la cavalerie, l'artillerie, l'infanterie — plus des écoles pour les trois armes et un collège militaire. Il est établi
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en principe qu'un lieutenant crinfanlcrie, i)ar exemple, doit ])()nvoir commander une compagnie; son capitaine, un l)alaillon ; ainsi de suite pour les officiers d'artillerie et de cavalerie; aucun ne peut monter en grade s'il ne possède les certificats de capacité pour ces nouveaux devoirs. Les écoles sont instituées dans le but de fournir les connaissances nécessaires à ces officiers. De fait, les sergents, les caporaux, les simples soldats sont admis à l'instruction, tant (|u'il \- a place. Il en résulte que, sur plus de deux mille officiers qui changent souvent de grade ou se retirent et sont remplacés par des novices, le contingent qui suit les cours est plus considérable qu'on ne le croirait tout d'abord. Les écoles sont nécessairement composées d'un personnel stable, ce qui leur a fait donner le nom de " corps permanents," pour les distinguer de la milice en général. Xous les traitons comme des régiments réguliers. Il y a deux de ces écoles pour la cavalerie, l'une à Toronto, qui donne des certificats de cavalerie, et l'autre à Winnipeg, qui .sert en même temps pour l'infanterie. A Kingston, l'école d'artillerie donne des certificats d'artillerie de campagne; celle de Ouéljec en émet, de plus, pour l'artillerie de garnison. L'infanterie, comptant beaucoup plus d'hommes, cela se conçoit, a quatre écoles : London, Toronto, Saint-Jean, Frcdericton.
Le collège militaire est à Kingston. Il n'admet que des jeunes gens pourvus d'une bonne instruction collégiale, laquelle est mise à l'épreuve avant l'entrée de l'élève. On pousse celui-ci vers les sciences, surtout les branches du génie militaire et civil, la direction des grands ouvrages oiÀ l'expérience est indispensable, les études administratives, afin de lui inculqtier des notions supérieures. Les résultats de cet enseignement sont des plus avantageux. Les officiers de la milice suivent des cours dans cette institution, lorsqu'ils la choisissent de préférence aux écoles militaires.
La cartoucherie (ville de Otiébec) fabrique toutes les munitions des carabines et une bonne part de celles de l'artillerie dont nous avons besoin. Elle est au courant des nouvelles inventions en ce genre et produit ce qu'il y a de mieux. Nous devons cet établissement à l'énergie intelligente du colonel Charles-Eugène Pauet, député ministre de la milice, qui l'a développée, contre une opposition formidable et persistante, de manière à la rendre aujourd'hui le modèle de toutes les cartoucheries du domaine colonial de l'Empire. Le lieutenant-colonel ( )scar Prévost, le capitaine Frédéric Gaudet et le capitaine de Lotbinière-Panet en ont dirigé les travaux avec succès.