‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897Chapitre 4 sur 41 · M. de Loiigueuil 19 Citadelle 20. Quai · texte numérisé non relu

M. de Loiigueuil 19 Citadelle 20. Quai

)ir, et elle se trouva ■quèrent ce quart de )les publiques et la ;uijourd'hui le tarif

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sur ce plan, deviendrait sons peu tout militaire et soldatesque. Ce serait alors à lui et à la bravoure de ses enfants à le défendre ; au moins puis-je affirmer d"a\ance que, s'il tombait, il ne tomberait qti'avec honneur." 11 poursuit eu faisant l'éloge de la conduite des miliciens durant la dernière guerre, et raconte en détail l'affaire des Cèdres où trente Canadiens et soixante Sauvages attaquèrent deux cents .\méricains sur lesquels ils firent cent quatre-vingts prisonniers. " C'est la plus brillante action, dit-il, qui ait illustré les armes du roi dans ces contrées." Il oublie la belle et longue défense de Québec, ainsi que celle du fort Saint-Jean.

D'après ce qui précède, l'idée de Ducalvet est assez claire, mais il y ajoute une phrase qui semble avoir été mal comprise généralement : " Ce régiment ne devrait être commandé, dans les places subalternes, que par des officiers canadiens ; d'abord ce serait là une entrée ouverte à tant de braves Canadiens dont les services et les exploits restent aujourd'hui sans aucune récompense." Expliquons-nous :

Le régiment aurait pour officiers supérieurs et pour soldats des étrangers au pa^-s, comme Anglais, Ecossais et Irlandais, tirés des cadres de l'armée anglaise ; les sergents et les caporaux seraient, en majeure partie, des miliciens canadiens qui ont fait récemment un bon service. Le régiment formerait une vingtaine de détachements logés chez les cultivateurs au compte du roi, et tiendrait lieu d'autant d'écoles où s'instruirait la milice sédentaire.

Ducalvet signale l'ingérence de la politique dans la milice, disant que les officiers de ce corps sont nommés par le gou^•erneur et révocables à son gré ; par conséquent ils ne peuvent être que ses agents.

L'auteur de V Appel termine ainsi : " Le salut de la colonie et notre existence nationale dépendent de l'exertion de ces militaires. Je gémirais pour l'Angleterre, encore plus que pour moi, que cette exertiou de ces braves vînt à être nécessairement énen-ée par l'ingratitude publique." Il signe : "Ancien juge de paix de la ville de Montréal."

Ces projets continuèrent d'occuper l'attention publique l'espace de dix ou douze ans; nous les reverrons phrs loin.

\'oici quelques notes qui montrent le chiffre de la population à diverses dates de la dernière moitié du siècle ; ils sont d'un grand aide dans l'étude de notre milice.

1765. Il y avait 36 familles protestantes dans les campagnes; les protestants comptaient 136 âmes dans le district de [Montréal et 500 par toute la province. La population totale était de 69,275 âmes, dont 68,775 canadiennes-françaises.

1774. Tout le Canada renfermait 90,000 âmes ; la Nouvelle-Angleterre 3,000,000.

17S4. Il y avait en Canada 98,000 Canadiens-Français et 15,000 Anglais.

1791. Le Bas-Canada avait 160,000 Canadiens-Français et 20,000 Anglais. Le Haut- Canada- 10,000 Anglais en 1784, et 40,000 en 1791.

Sir Guy Carleton, devenu lord Dorchester, avait repris le gouxeruemeut du Canada. Il sentait bien que le plan de Ducalvet était approuvé, du moins en principe, par beaucoup de gens, et il ne voulut pas avoir l'air de le dédaigner. Prenant donc un terme mo3-en entre tous les projets, il ajouta deux bataillons de volontaires au 60" régiment roval caserne en Canada sous les ordres de lord Jeffrey- Amherst, et qui prit en cette circonstance le nom de " Royal American." Pour plaire aux Canadiens, le gouverneur mit à la tête de ces deux bataillons un officier du 109* régiment, dont le père et toute la famille avaient, depuis plus d'un siècle, tenu une large place dans les aft'aires du pavs. Le père s'était trouvé, au commencement de la guerre de vSept Ans, l'homme le plus riche du Canada, ou à peu près ; il plaça toute sa fortune à la disposition de la colonie et

MILICE CANADIKNNE-FRANÇAISK

n'en revit pas un sou. Les Canadiens perdirent de cette manière soixante et quatre millions de francs. Nous en avons la liste détaillée.

Louis-Joseph Fleury d'Eschambault, sortant du log*", prit la direction des deux ni)u\eaux bataillons du 60", avec le grade de lieuteiuuit-colonel. Chacun des quatre bataillons de ce corps était indépendant l'un de l'autre pour les fins du service et de ra\ancement, ce qui nous paraît assez étrange aujourd'hui. La chronique raconte que, dans une revue à Longueuil, vers 1793, les f et 60" régiments luttèrent d'adresse, .sous les ordres du duc de Kent, et que AI. d'Eschambault se retira avec grand honneur de ce concours.

Les deux bataillons réguliers du ôo'' servirent en Canada, aux Antilles, à Jer.sey, à Guernesey et ailleurs, de sorte que, dans les bureaux de Londres, on les regarda finalement comme étrangers à l'armée permanente et, lorsqu'ils demandèrent à retourner à leur point de départ, la (Îrande-Bretagne, les autorités accédèrent à leur désir avec répugnance.

En 1796, il y a\-ait en Canada les 4^ 5^ 24^ 25'' et 60'' régiments. Au 6o^ parmi les officiers, nous voyons Fleury d'Eschambault (l'almanach de Québec met Fleury de Chambault ; nous écrivons à présent Deschambault) et H. des Rivières. Les autres Canadiens paraissent s'être portés dans le " Royal Canadien " qui se formait cette année même, comme nous verrons plus loin.

La période de 1760 à 1790 a eu ceci de remarquable chez nous, c'est qu'elle a placé les Canadiens dans une situation à laquelle ils n'étaient nullement préparés et dont ils ont su tirer néanmoins un parti avantageux.

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Sous le régime français, rien ne leur était permis. Nous étions sous la dictée des (U-dres de \'ersailles. Aucune initiative n'était possible. La soumission ab.solue constituant tout le système. C'est encore la manière dont les colonies françaises sont administrées.

Avec la conquête est arrivé d'abord le commerce libre et les payements en espèces. Ce fut toute une révolution. En moins d'une semaine, les Canadiens se rendirent compte du changement radical que ce nouvel état de choses devait produire. On fit des comparaisons avec l'ancien régime. C'est le cas de dire que toute comparaison est odieuse, et la situation devint mille fois plus claire lorsque nous nous aperçûmes que le roi de France répudiait ses dettes légitimes envers nous. Les abus du temps passé formèrent alors un fond de griefs que chacun opposa aux libertés — pourtant bien minces — que le nouveau gouvernement admettait. Ce changement pour le mieux gagna le cœur de la population. Ajoutez que nul esprit hostile ne se manifesta dans les actes de Murray et de Carletou à l'égard des " nouveaux sujets du roi d'Angleterre " et que. même Haldimand, qui a été blâmé pour avoir voulu gouverner " à la française ", n'a réellement commis qu'un petit nombre des écarts dont l'ancien régime était coutumier, et noiis aurons la clef de cette confiance dans l'administration qui marque les années 17601790.

Murray et Carletou, véritables "gouverneurs" du Canada, lâchèrent la bride aux idées de la population — ce qui ne s'était jamais vu auparavant. Nous n'avions pas l'habitude d'être consultés sur les affaires publiques. Le peu de liberté en ce sens que le régime anglais nous accorda fut très bien compris et c'est pourquoi, dès 1774, l'Acte de Québec fut discuté ouvertement; c'est pourquoi aussi la constitution de 1791 trouva l'esprit des " habitants " tout préparé à suivre le développement des idées qui se répandaient alors dans le monde. Trente années avaient suffi pour amener cette transformation. Du régime absolu que le Canada avait subi jusqu'à 1760, nous passions à un état où chacun avait son mot à dire. Pas une colonie, dans le monde entier, n'a connu à cette époque l'affranchissement dont les Canadiens ont joui. Laissons de côté les tracasseries inhérentes à la situation, l'ensemble est tel que nous le disons ici.

Et lorsque l'on veut retrouver le point d'appui que la couronne anglaise, c'est-àdire ses ministres, considérait comme nécessaire à leurs agissements et à notre bien-être, il faut reconnaître que l'organisation de la milice servait leur objet mieux que tout le reste de ce qui demeurait encore du système français.

En somme, nous posons la question : restait-il, en 1760, autre chose de solide que la milice, de tout ce que la France avait fait eu Canada ?

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