‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897 [microforme]Chapitre 10 sur 54 · NE A TD EU A LE 7 FO A · texte numérisé non relu

NE A TD EU A LE 7 FO A

Le 29 avril 1803, l'Angleterre déclare la guerre à Bonaparte. Le 11 mai 1804, Pitt redevient premier ministre, et continue jusqu'à sa mort, le 23 janvier 1806. En 1804, kL général Turreau de Linières arrive à Washington pour y représenter ia France ; il y reste jusqu'à 1810. En 1806, le journal Ze Canadien est fondé à Québec. En octobre 1807, sir James Craig arrive à Québec en qualité de gouverneur du Canada. Cette année, on parle de machinations américaines, de projets de soulèvement dans la province de Québec. Nous entamons les préliminaires du conflit de 1812.

Garneau définit la situation : ‘ Depuis quelque temps, le bruit se répandait que les Canadiens n’aitendaient que l'apparition du drapeau américain pour se lever en masse et livrer le pays à la Confédération. Ce bruit prenait sa source dans la politique de leurs adversaires qui, afin d’exciter les soupçons de la métropole, les représentaient sans cesse comme des rebelles. Les Américains s'empressèrent d'accueillir ces rumeurs ét de les accréditer par la voie de leurs journaux. Pour les détromper, M. Dunn, admiuistrateur de la colonie, fit faire une grande démonstration militaire dans les derniers jours d'août 1807. Il ordonna à un cinquième des milices (dix mille hommes?) de se lever dans toui le pays; l’évêque, M. Plessis, adressa un mandement aux catholiques. Le tirage au sort et l'instruction de ceux qui furent appelés au service se firent aver une émuiation et une promptitude qui donnèrent le démenti aux insinuations perfides débitées pour rendre les Canadiens suspects. C’est alors qu'arriva en Canada le nouveau gouverneur, sir James Craig. Dans son ordre général du 24 novembre, après avoir exprimé sa satisfaction du zèle que montrait la milice, il dit, avec une apparence d'inquiétude, qu'il y avait eu pourtant des actes de grave insnbordination dans une paroisse (celle de l’Assomption), et il exhorta tout le monde a être en garde contre les artifices de la trahison et les discou:s des émissaires qui se glissaient partout pour séduire le peuple.

“Ces discours, ajouta-t-il, auront sans doute peu de poids parmi ce peuple heureux, qui éprouve à chaque instant la protection et les bienfaits du gouvernement britannique. Toutefois, pour prévenir les mauvais effets qu’ils pourraient produire, prin::;alement dans l'esprit des jeunes gens et des ignorants, j'engage tous les mulitaires fidèles au devoir à surveiller attentivement la conduite des étrangers qui paraîtronc au milieu d'eux; et, chaque fois que leurs actions et leur langage serout de nature à donner du soupçon sur leurs intentions, à les mener devant le magistrat ou l'officier de milice le plus voisin.’

“Cet o dre appuyait d'une manière si particulière sur les intrigues des émissaires américains et sur les défections qu’elles pouvaient causer dans les rangs de la milice, que l'on dut croire an loin que le gouverne nent était sur un volcan. Rien u’autorisait un appel aussi solennel à la fidélité des habitants. Les troutles signalés par sir James Craig n'avaient aucune importance politique et devaient leur origine aux causes que nous connaissons déjà, ou à des querelles locales, auxquelles les agents officiels de l’au. torité donnèrent un caractère plus grave, pour faire valoir leurs services; car les Canadiens ne furent jamais plus attachés au gouvernement qu’à cette époque. Sir James s'était livré, dès les premiers jours de sou “administration, à leurs ennemis les plus ardents, et il ne vit plus rien que par leurs yeux. Il crut que Îes Canadiens, surtout leurs chefs, étaient mal affectionnés à l'Angleterre, qu’ils couvraient leurs vues, et qu'il ne fallait placer en eux aucune confiance. C'était un officier de quelque réputation, mais administrateur fantasque et borné, qui déploya un grand étalage militaire rt parla au peuple comme il eût parlé à des recrues souinises au fouet.”

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MILICÉ CANADIENNE-FRANÇAISE 23

Il n’y avait encore que peu d’'Anglais établis dans le Bas-Canada, après quarantesept ans de domination britannique; c'était à un peuple français que le gouverneur s'adressait, et il l’assimilait à celui de la France contemporaine; de plus, il le croyait enclin à sympathiser avec les Américains. Cette double erreur devient véritablement amusante pour nous, qui avons Îu les papiers du temps, si hostiles à la révolution française et à Napoléon et si remplis de sarcasmes à l'adresse de nos voisins! Pourquoi sir James Craig n’a-til pas coffré les émissaires étrangers tout simplement, au lieu de demander aux miliciens de les surveiller? Aixc? ado about nothing.

En ouvrant la session législative, le 29 janvier 1808, sir James Craig, faisant allusion au danger d’une guerre entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, adresse un chaleureux appel à la milice “qui s'est portée en avant avec un entrain insurpassable et qu’on ne saurait trop applaudir.”’ I! ajoutait qu’il “mettait sa confiance dans la coopération des habitants, dans la ferme loyauté des milices. espérant que, si le pays était attaqué, elles le défendraient avec ardeur.” ‘La réponse des députés, dit Garneau, dut faire croire à l'Angleterre qu’elle pouvait compter sur la fidélité des Canadiens, malgré les préjugés et les craintes que trahissaient tous ces appels.”

Le bruit courant, parmi ceux qui affectaient de croire à une préméditation de révolte chez les Canadiens, était que le général Turreau avait envoyé de l'argent secrètement pour établir Ze Canadien et sustenter les émissaires dont on parlait tant, mais qu'on ne cherchait pas à mettre sous clef. Le pauvre journal n’a pas l'air d’avoir roulé sur l'or, car ses caractères et le jeu de sa presse indiquent qu’il était imprimé à l’aide des débris d’un ancien atelier, peut-être celui de Gilmore & Brown, fondé à Québec en 1764. Ces rapports, dit l'historien Christie, étaient sans aucun fondement, mais leurs auteurs calculaient bien qu'ils serviraient à noircir ceux qui en étaient l'objet. Il affirme que Ze Canadien vivait de ce que lui procurait la souscription de quelques amis, c'est-à-dire MM. Panet, Bédard, etc. C'était la mode, dit-il encore, d'appeler les Canadiens-Français /%e French party, quoique ceux-ci considérassent le terme comme odious and therefore offensive.

Le cinquième de la milice, tiré au sort, se tenait toujours prêt à recevoir des ordres. Par conséqrent les hommes politiques lui prêtaient plus d'attention que jamais. On s'aperçut “au château ” que les propriétaires et rédacteurs du Canadien comptaient dans leur nombre cinq représentants qui étaient en même temps officiers de milice, et ceux qui dénonçaient ce journal comme un organe perturbateur les firent casser de leurs grades par le trop complaisant gouverneur, leur ami. Les noms de Panet, Bédard, Taschereau, Blanchet et Borgia étaient les premiers dans la confiance des Canadiens, aussi l’esclandre fit-il du bruit. Cependant, aveuglé sur la situation, sir James alla plus loin, il fit enlever la presse du journal et emprisonner les rédacteurs. Un ne dira pas qu’il y eut dans la province utie explosion de colère, non, car ce fut un froid glacial qui se répandit partout. De pareilles mesures pour satisfaire des animosités politiques, en face de l'ennemi qui pouvait se montrer aux frontières demain !

Comment cela finit-11? Après de longs mois, le gouverneur fit élargir ses captifs et il n’y eut pas de procès, mais la cause était jugée à Londres, et sir James, ayant

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