CHAPITRE III
PRÉPARATIFS DE GUERRE. — PRISE DE MICHILLIMAKINAC. — COMBAT NAVAL SUR LE LAC ÉRIË. — PRISE DU DÉTROIT. — LA LÉGISLATURE DE QUÉBEC. — LA MILICE COMPLÈTE SON ORGANI- SATION. — LA FRONTIÈRE DU BAS-CANADA EST ENVAHIE. — DIVERS COMBATS. — LES AMÉRI- CAINS BATTENT EN RETRAITE, — IS12,
JES hostilités ne pouvaient tarder à se produire, et cependant nous n'avions pas l'air d’un peuple qui s'attend à supporter une grande lutte contre un ennemi vingt fois supérieur en nombre, Ii n’y avait en Canada que 345 artilleurs, 3,783 hommes de troupe, 1,226 fenribles — en tout 5,454 soldats réguliers.
Le gouverneur de la Nouvelle-Écosse, sir George Prevost, ancien militaire, d’origine suisse, choisi pour succéder à Craig, débarqua à Québec le 14 septembre 1811. Il nomma juge M. Bédard, sorti de prison, et fit lieutenant-colonel de milice M. Bourdages, qui avait défendu à l'assemblée législative les prisonniers politiques.
Le congrès américain levait en ce moment cent soixante-et-quinze mille hommes et les armait. Ce chiffre dépassait de beaucoup ce que les deux Canadas possédaient en hommes susceptibles de servir.
‘La chambre de Québec adopta une loi pour organiser la défense du pays et armer la milice. Elle autorisa le gouverneur à lever deux mille hommes et, en cas de guerre ou d’insurrection, à mettre sur pied toute la milice de la province... elle approuva une émission de deux cent cinquante mille louis de billets d'armée; accorda une subvention annuelle de quinze mille louis pendant cinq ans pour payer l'intérêt, et donna au papier le cours légal de la monnaie dans le commerce.” (Garneau.) La députation nationale prenait pour devise: plus de dissension en face de l'ennemi qui s'avance.
D’autres sommes d'argent furent votées pour des fins de milice, Une clause du bill portait que nul officier de l’armée régulière ne pourrait se faire servir par un milicien. Tous les débats furent marqués par l'empressement des députés à pourvoir aux moyens de défense dans cette chambre presque uniquement composée de Canadiens-Français.
Le 28 mai 1812, avant que la guerre ne fût déclarée ouvertement, on leva quatre bataillons de milice avec la même facilité que dans ies pays formés dès longtemps au régime militaire. Les voltigeurs s'organisèrent comme par enchantement, en quarantehuit heures, sous le major de Salaberry. Ils devinrent, en quelques mois, de véritables troupes régulières, et M. de Salaberry fut nommé lieutenant-colonel.
Le 18 juin 1812, le cabinet de Washington déclarait la guerre à la Grande-Bretagne, et, le même jour, Napoléon déclarait aussi la guerre à la Russie. L’entente du président des Etats-Unis et de l’empereur des Français n’était plus un mystère. Pendant que l'armée anglaise suivrait à la piste les événements qui allaient se dérouler au nord de l’Europe, et qu’elle continuerait sa résistance en Espagne et en Portugal contre les
troupes de la France, le Canada, laissé à découvert, sans protection, devenait une proie facile pour ses voisins. Du moins telles étaient les vues du président Madison.
Vassal de Monviel avait préparé un livre d'exercice: militaires écrit en français, mais les presses de M. Desbarats ne suffisaient pas à impiimer les billets d'armée (ar»y brlls) et les formules requises pour l’usage des troupes, de sorte que cet ouvrage ne parut que vers le milieu de septembre 1812.
Le bras droit de sir George Prevost, dans l’organisation de la milice, fut le lieutenantcolonel Vassal de Monviel. Du temps de Craig, il avait commencé les préparatifs, en ce qui regarde l'administration, et il ne fut pas en peine un instant lorsque le signal de la mise en activité lui arriva. Personne mieux que lui ne connaissait les hommes de valeur de la province, aussi peut-on dire qu’il ne se trompa sur aucun choix dépendant de lui.
Un officier capable de se charger des approvisionnements devenait nécessaire. Sir George Prevost confia ce soin à M. d'Eschambault, qui avait à cet égard une grande expérience, et que les miliciens aimaient beaucoup.
L'état-major de la milice du Bas-Canada comprenait: le lieutenant-colonel François Vassal de Monviel, adjudant-général ; capitaine Louis-B. Pinguet, assistant-adjudantgénéral ; lieutenant-colonel Fleury Deschambault, quartier-maître-général ; lieutenantcolonel Charles de Léry, député quartier-maitre-général ; lieutenant-colonel Fremont, assistant-quartier-maître-général ; capitaine James Milnes, député assistant-quartier-maîtregénéral; capitaine Louis Charland, même devoir; lieutenant John Stewart, député-paiemaître-général ; capitaines Louis Levesque et P.-A. de Gaspé, juges-avocats ; François Blanchet, surintendant des hôpitaux ; les lieutenants-colonels P. de Boucherville, M.-H. Perceval, E.-B. Brenton, aides de camp provinciaux; puis, sans fonctions déterminées, les lieutenants-colonels suivants: l'honorable Juchereau-Duchesnay, l'honorable Olivier Perrault, Charles de Salaberry, le capitaine l'honorable Edward Bowen, Louvigny de Montigny, et le lieutenant William Andrews.
Le Bas-Canada renfermait encore de nombreux Sauvages: les Iroquois du saut Saint-Louis, les Algonquins de lOttawa et du Saint-Maurice, les Abénakis de Saint- François-du-Lac et de Bécancour. On les embrigada à titre de volontaires, et la plupart de ceux qui eurent la direction de ce mouvement étaient des Canadiens-Français, comme le fait voir la liste suivante :
Sir John Johnson, baronnet, surintendant général et inspecteur des affaires des Sauvages ; Fleury Deschambault, député agent; Louis de Salaberry, surintendant ; George Hawdon, garde-magasin-général. Quatre capitaines résidents : Chevalier de Lorimier, Louvigny de Montigny, Joseph-M. Lamothe, Dominique Ducharme. Neuf lieutenants et interprètes: Louis (?) de Lorimier, J.-B.-C. de Lorimier, Bernard Saint-Germain, Simon Evan, Stanislas Vassal, Gédéon Gaucher, de Lorimier Verneuil, Evangéliste Saint-Germain, Joseph de Niverville. J.-B. d’EÉstimauville, agent résident. Cinq autres interprètes: MNatñaniel Lines, Joseph Biron, Pierre Hubert, Antoine Chenier, T.-X. Lacombe.
Les interprètes officiels pour les Sauvages du Haut-Canada étaient: J.-B. Rousseau, Benjamin Fairchild, John Cameron, James Givans, J.-B. Cadotte, Simon Girty, Charles Réaume, James Girty, Louis Drouillard, Thomas A. Clarke, Alexander McKee, Antoine Batiscan, F.-X. Cadotte, J. Cadotte, John Askins, Charles Langlade, Amable Chevalier, Louis Langlade, Les deux Langlade devaient être fils du célèbre Mouet de Langlade, qui s'était illustré en 1754-1760, 1764, 1775 et 1780 dans nos guerres contre les colonies
APN Era