LE CAPITAINE CHARLES GODEFROY DE TONNANCOURT
Assistant Adjudant-Général de la Milice durant la guerre de 1812-15 I derint plus tard Lieutenant-Colonel.
Dans une escarmouche près de Lacolle, le 26 mars 1814, le caporal B. Dusseau, des voltigeurs (de Québec), fut tué. Le 26 juin suivant, à la bataille de Champlain, le voltigeur Louis Verreault, du Châtsau-Richer, fut tué en attaquant une redoute, et le caporal William Kitson, de Montréal, aussi un voltigeur, reçut une blessure dans la même manœuvre. Kitson devint lieutenant peu après. Les 26 et 27 juillet, on se battit ferme à Odelltown, pour empêcher une troisième invasion en règle. Deux voltigeurs y furent tués et huit blessés; tués: Pierre Marinier (de Québec), et J.-B. Nade:u (de Beaumont), laissant une veuve et deux enfants; blessés: Alexandre Campbell (de Montréal), A. Wilkinson (d'Angleterre), Joseph Janson (de la rivière du Chesne), Joseph Julien (de Saint-Ambroise), François Lozeau (de la rivière du Chesne), jambe amputée, Louis Chipperhood (de Montréal), deux blessures, Toussaint Carrière (de Boucherville), et Barthelemy Gagnon (de Québec), atteints dangereusement.
Durant l'expédition du mois de septembre 1814, contre Plattsburg, il n’y eut qu'un seul voltigeur de blessé, J.-B. Galarneau, de Saint-François, qui eut une janibe amputée par suite d’une terrible blessure reçu presque à bout portant.
Le 11 septembre 1814, à la journée mémorable de Plattsburg, le 3° ba:rillon perdit dix hommes tués et eut un blessé. Tués: Charles Chalifoux, de Sorel, c1p2 .: Cardin; Simon Lavoie, de Saint-Mathias, compagnie Massé; Joseph Grondin, de Sainte-Anne, compagnie Beaubien ; sergent J.-B. N au, de Berthier, compagnie Grandpré; Pierre Cotton, de Saint-Roch, compagnie Coiteux; Charles Valin, de Saint-Hyacinthe, compagnie Coiteux ; Joseph Saint-Jean, de Saint-Hyacinthe, compagnie Coiteux; Antoine Montplaisir, de la Pointe Olivier, compagnie Massé; Alexis Desaliers, de Sainte-Elisabeth, compagnie Pelland ; J.-B. Chamberland, de Kamouraska, compagnie Dionne. François Vigiard, de la Pointe Olivier, eut un bras emporté et un œil crevé, mais survécut. Les compagnies ici mentionnées sont celles de la milice sédentaire, d’où l’on avait tiré le contingent du 3° bataillon.
À la même bataille du 11 septembre, les chasseurs canadiens eurent quatre hommes de tués et neuf blessés. Tués: Jean Etier, de l’Assomption; Alexis Surprenant, de Varennes; Isidore Saint-George, de Kamouraska, pilote, et Joseph Desautels, de Chambly, tonnelier. Petits blessés: François Saint-Onge, de Saint-Martin; Joseph Précours, de la baie du Febvre; Augustin Voizin, de Kamouraska; Antoine Amable, de Lotbin: ;: Pierre Guy, d'Yamachiche. Grands blessés : Albert Clément, de la Pointe-Claire; 1°: Vaillancourt, de Saint-Roch-de-la-Longue-Pointe, une jambe amputée; Amable Saimi-C:: de la rivière des Prairies, rendu incapable de gagner sa vie; François Baril, de Sain Pierre-les-Becquets, passe pour mort et n'a pu être retrouvé; même chose à l'égard de François Fredette, de Saint-Gervais ; Gabriel Turcot, des Trois-Rivières, mourut de ses blessures à l’Isle-aux-Noix, après le retour de l'expédition.
Citons quelques lignes de Garneau, notre historien national, sur la fin de cette guerre si heureusement terminée :
“Le traité de Gand (24 décembre 1814) ruina les espérances du parti qui avait poussé la république américaine à tenter la fortune des armes, car il n'avait rien nbtenu de ce qu’il s'était proposé par la guerre. Une grande faute des Américains, était d’avoir attendu trop tard pour agir. Depuis longtemps, l’empereur des Fran:i les pressait de prendre les armes. Il savait que, depuis la révolution, les Américains convoitaient les provinces anglaises, qui, adossées au nord, semblent peser sur eux dans toute la largeur du continent. Mais ils mirent tant de lenteur à se décider qu’ils ne s'ébranlèrent qu'au moment où leur gigantesque allié commençait à pencher vers sa ruine, Le vrai motif de la guerre était la conquête du Canada; les prétextes en étaient
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le droit de visite et le refus des Anglais d'admettre le principe que le pavillon couvre la marchandise... Le 1° mars 1815, la conclusion de la paix fut officiellement annoncée. Aussitôt la Chambre rendit hommage à l'énergie, à l’habileté et à la sagesse déployées par sir George Prevost dans les circonstances si difficiles où il s'était trouvé, et vota une somme de cinq mille livres sterling pour lui offrir un service d'argent comme témoignage public; ce vote n’eut pas d'effet, parce que le conseil refusa d’y concourir... Le traité fut accueilli avec joie par le Haut-Canada, où la guerre avait été une suite d’invasions cruelles et ruineuses. Il fut bien reçu aussi des Etats-Unis, surtout des pays qui bordent la mer. A la prorogation de la législature, le président de la Chambre, en présentant la loi des subsides, adressa ces paroles à Prevost : ‘ Les événements de la dernière guerre ont resserré les liens qui unissent ensemble la Grande-Bretagne et les Canadas.…. Ces provinces lui ont été conservées dans des circonstances extrêniement difficiles. Lorsque la guerre a éclaté, le pays était sans troupes, sans argent, et Votre Excellence se voyait à la tête d’un peuple en qui, disait-on, plus d’un demi-siècle de repos avait détruit tout esprit militaire. Vous plaçant au-dessus des préjugés, vous avez su trouver dans le dévouement de ce peuple assez de ressources pour déjouer les projets d’un ennemi nombreux et plein de confiance en ses forces...” Le gouverneur entendit ces paroles avec une grande satisfaction. Il annonça aux Chambres qu'il passait en Angleterre... Les habitants de Québec et de Montréal lui pésentèrent les adresses les plus flatteuses. Les Canadiens lui témoignaient d'autant plus d'affection qu’ils savaient que l'espèce de disgrâce dans laquelle il était tombé (à Londres) avait pour principale cause la sympathie qu’il leur avait montrée.”
L'esquisse placée sous les yeux du lecteur, dans les trente-huit pages précédentes, rappelle à son souvenir la conduite tenue par les Canadiens d’origine française, dans les choses militaires, depuis 1760 jusqu'à 1815. Elle n’exigeait de notre part qu’un faible labeur, car il est toujours agréable de raconter des événements qui font honneur à un peuple, fût-il le plus petit du monde et le moins connu dans l’histoire. Quelques réflexions pour terminer ne seront peut-être pas inutiles; les voici, brièvement données :
L’attitude de la masse des Canadiens, en 1764, 1775, 1812, régla chaque fois les destinées du pays. N'oublions pas que le clergé catholique eut sa large part dans cette direction sage et prudente.
Lorsqu’eut lieu la cession du Canada à l’Angleterre, il y avait quatre-vingts ans que cette colonie ne recevait plus d'immigrants de sa mère-natrie, et, par conséquent, toutes ses familles étaie déjà anciennes dans le pays, ou, si nous employons le mot qui convient, elles étaient “canadiennes.” Elles appartenaient à la France à peu près de la même façon qu’elles appartiennent aujourd’hui à l'Angleterre. La
surprise des Européens est grande lorsqu'on leur dit a DE CHATEAUGUAY
Inauguré le 26 octobre 1895
que cette population ne ressemble, sous le rapport qui nous occupe, ni aux Français ni aux Anglais, et ils ne comprennent pas que des “colons,” si peu nombreux vu leur entourage sur cette vaste terre d'Amérique, aient la prétention de se maintenir dans un état de vie nationale qui frise l'indépendance politique et administrative la plus large. C'est là le secret du passé, mais l’histoire nous le révèle dans toute sa candeur et son énergie primitive. Nous y voyons l’un des beaux côtés des agissements de nos ancêtres. Sous le régime français, on peut citer vingt exemples de leur entente en ces matières, soit vingt triomphes à leur crédit, lorsque le cabinet de Versailles, ou ses représcatants à Québec, oubliaient souvent que ce peuple était chez lui et vivait par lui-même. Après 1763, il eut le courage de continuer, au milieu d’une situation toute nouvelle, souvent défavorable, toujours délicate, à se regarder comme l'âme du pays. Il n’écouta pas plus son voisin de l'autre côté de la frontière, qui lui parlait de république et de liberté, qu'il ne prêta l'oreille aux invitations des Anglais invoquant la monarchie et 1 ‘enfaits d’un système purement “colonial” comme on l'appliquait au siècle dernier. .'lut conserver :£ précieux dépôt de sa nationalité, ce qui embrasse la langue, les coutu :s, la religion, en tant que cela ne nuit point à nos autres compatriotes, et, réflexion faite, tout cela aurait été pour le moins aussi exposé dans la gouverne américaine que sous le protectorat anglais. A vrai dire, le traité de Paris, en 1763, est un acte de protectorat auquel les Canadiens-Français ne se trompèrent jamais. Leur loyauté à l'Angleterre est-elle maintenant assez bien expliquée? N'ont-ils pas agi avec sagesse? Et, en maintes occasions où ils furent tentés, par suite de certaines influences, de se montrer mécontents des mesures qu'on leur imposait, ils surent se contenir et ne pas céder à la tentation, faisant toutefois valoir leurs réclamations, avec un à-propos étonnant. ÆEtudions ce caractère, il est digne de la pensée du philosophe et de l’homme politique. ÆEn tous cas, il n’a rien de banal, c’est plutôt par son élévation qu’il nous saisit. Eeaucoup de personnages de haute valeur dans le gouvernement de la Grande-Bretagne et du Canada s'en rendaient compte, ce qui explique comment se sont terminés à l'amiable les conflits survenus deouis cent trente ans.
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