‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897 [microforme]Chapitre 18 sur 54 · CHAPITRE V NOTICES BIOGRAPHIQUES · texte numérisé non relu

CHAPITRE V NOTICES BIOGRAPHIQUES

A XPOSONS, par le moyen de courtes biographies, les états de service des Canadiens-Français qui ont laissé un nom dans les annales de notre milice, durant la période de 1760 à 1815. Ce sera le couronnement de cette partie de notre humble travail.

Aussi loin que l’on peut remonter, c'est-à-dire au dixième siècle, on rencontre dans le Bordelais la famille Vassal, qui y est encore aujourd'hui. François-Germain-Bonaventure Vassal, seigneur de Monviel, arriva en Canada avec le régiment de Béarn, où il était capitaine, en 1756, et se maria en 1758 avec M'° Boucher de Laperrière. Créé chevalier de Saint-Louis en 1759, tué à la bataille de Sainte-Foye en 1760, il laissa un fils, François-Xavier, qui étudia au collège Saint- Raphaël de Montréal (Sulpiciens), et prit la carrière militaire. A peine âgé de seize ans, celui-ci s'enrôla volontaire dans la levée de 1775 contre les Américains, fut nommé sergent l’année suivante, et bientôt après il eut une commission d’enseigne dans l’une des trois compagnies que le général Carleton organisa parmi les milices et qu’il tint sur pied jusqu'à 1783. Vassal fit ensuite deux voyages en Angleterre et un en France pour des affaires de famille, puis navigua sur le fleuve, occupé au transport des troupes et des effets militaires. En 1795, on le nomma lieutenant au “ Royal Canadien”; il passa capitaine en 1796 et servit dans ce corps jusqu'à 1802. Le 26 décembre 1807, sir James Craig le nomma assistant adjudant général des milices du Bas-Canada, avec le grade de lieutenant-colonel. A la retraite de M. Baby (devenu très âgé), Vassal fut nommé adjudant général le 20 mars 1812. Il abandonna cette charge en 1841 et mourut deux années après. C'était un aimable causeur, un homme de salon, sachant tourner un couplet comme n'importe quel académicien, et vivant très entouré par ceux qui aimaient la bonne compagnie et les conversations spirituelles. Grand travailleur, il a été surchargé d'ouvrage sans jamais en être accablé, La durée de ses services militaires est telle que nous lui donnons la première place dans cette collection de biographies.

Lacorne de Saint-Luc, l’un des plus remarquables caractères du temps de la conquête. Admiré des Canadiens, suivi avec enthousiasme par les Sauvages, orateur, écrivain, prestigieux en tout, il résumait en sa personne les pouvoirs qui, à présent, sont divisés entre les journalistes, les députés au parlement et les ministres du gouvernement, Sa carrière embrasse un demi siècle de luttes et de travaux remarquables. Il fut nommé conseiller législatif en 1774, prit part à la défense de Saint-Jean l’année suivante, puis commanda les Canadiens et les Sauvages, sous Burgoyne, dans les mêmes endroits où il s'était illustré vingt années auparavant.

Louis-Joseph Fleury d'Eschambault, né en 1756, à Québec, étudia à La Flèche, en France, devint page de Louis XV, rentra dans la colonie, se trouva en 1775 au

siège du fort Saint-Jean, fut nommé, deux ans plus tard, inspecteur de milice, et, en 1788, capitaine au 60° régiment. Major de brigade en 1796, grand ami du duc de Kent, il était à cette époque l'officier canadien-français le plus en évidence. Sir Robert Prescott lui confia (1796) la charge de député surintendant des Sauvages, et, en 1799, il devint aide de camp provincial. Il conservait néanmoins le rang de major au 60. Comme quartier-maître de la milice (avec le grade de lieutenant-colonel) du Bas-Canada, durant la guerre de 1812-15, il rendit des services utiles et intelligents. Cette grosse question de la nourriture et de l'équipement des troupes, qui décide assez souvent du sort des opérations militaires, batailles comprises, il la résolut de main de maître, et ne se contenta point de servir le Bas-Canada, mais étendit sa gestion sur une partie de la province supérieure. Napoléon I‘ titrait les hommes de cette valeur.

La famille de Salaberry est originaire du pays basque, s'était fixée parmi nous en 1735 dans la personne de Michel d'Irumberry de Salaberry, capitaine de frégate. C'était un des plus beaux, des plus robustes et des plus vaillants hommes de son temps. On le voit prendre part aux luttes héroïques qui se terminèrent par la cession du pays. Créé chevalier de Saint-Louis pour ses services militaires, il consacra le reste de sa carrière aux travaux des champs. Son fils, Louis-Ignace-Michel-Antoine, né à Beauport, le 25 juillet 1752, fut le premier élève qui entra au séminaire de Québec, lorsque cette institution rouvrit ses portes, en 1763. Il prit du service en 1775, reçut plusieurs blessures, se trouva à la défense du fort Saint-Jean, puis à l’armée de Burgoyne, et fit les campagnes qui se terminèrent par le traité de Versailles en 1783, date où il passa à la demi paie. Après la guerre, il se fixa au manoir de Beauport, et y réunit la plus belle société du temps. C’est là qu'il reçut le duc de Kent, de 1791 à 1794, et contracta avec ce prince la longue amitié que nous révèle leur correspondance jusqu’à 1819. Nommé juge de paix en 1792, et élu député à l'assemblée législative la même année, il abandonna la politique en 1796 pour devenir major du “Royal Canadien.” En 1811, il fut nommé conseiller législatif, et en 1812 on le mit à la tête d’un bataillon de la nulice d'élite. Trois de ses fils, Maurice-Roch, Louis et Edouard-Alphonse, périrent, de 1809 à 1812, dans la guerre, en Espagne et aux Indes, au service de l'Angleterre. Il ne restait plus que l'aîné, qui venait en ce moment d’être mis à la tête des voltigeurs canadiens.

François Marie Picoté de Belestre se fit d'abord remarquer dans la guerre contre les Sauvages du Détroit en 1748, fut chargé du gouvernement de ce poste en 1756, se rendit très utile sur l'Ohio en 1758, eut à remettre le Détroit aux Anglais en 1760, après la capitulation de Montréal, fut nommé conseiller législatif en 1774, se signala par son zèle durant l'invasion de 1775, reprit Saint-Jean sur les Américains, repoussa Schuyler, défendit Chambly quarante-cinq jours contre Montgomery, et laissa une réputation d’invincible,

Charles-Michel de Langlade était arrière-petit-fils de Pierre Mouet de Moras, officier au régiment de Carignan (1665). Il naquit à Michillimakinac et se fixa à la baie Verte du lac Michigan (1745). Ses aventures parmi les Sauvages rempliraient un volume. A l'époque de la guerre de Sept Ans, il commanda un parti des “nations,” et déploya une intelligence militaire de premier ordre, qui se manifesta d’abord à la bataille de la Monongahéla. Suivi de ses guerriers indiens, il fit toutes les campagnes de 1754-60, et resta constamment en vue. On ne peut contester.que, si Montcalm eut écouté ses conseils, le combat de Montmorency devenait un désastre complet pour l’armée de Wolfe, et que peu après, aux plaines d'Abraham, il indiqua nettement ce qu’il y avait à faire

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pour repousser les Anglais. En 1764, lors du soulèvement de Pontiac, il se rendit utile à la cause ‘nglaise par ses avis et ses actions. Son père et lui continuèrent après cela à faire la traite des fourrures à la baie Verte. Lorsque la guerre de la révolution américaine éclata, il reprit le mousquet à la tête des Sauvages, sous le drapeau britannique, et se montra digne de son valeureux passé. Devenu agent des Sauvages, il conserva cette charge jusqu'à sa mort, au mois de janvier 1800. Les Américains le nomment “le père du Wisconsin.”

Charles Réaume, né à Québec, homme instruit, visita l’ouest pour y faire du commerce, retourna momentanément dans sa ville natale, se jeta dans le service militaire durant l’invasion de 1775, comme son beaufrère le capitaine Bellet, ensuite s'établit à la baie Verte, devint capitaine des Sauvages, parcourut de vastes territoires de traite, retourna à la baie, y prit la charge de juge, plus tard redevint traiteur, se créa un nom légendaire dans l'Ouest, et mourut sans fortune après avoir manié beaucoup d'argent.

Le chevalier Joseph-Antoine- Guillaume de Lorimier et son frère Jean-T'homas appartenaient à une famille militaire qui datait de 1677 parmi nous. Ils rendirent de grands services au fort Saint-Jean. L'un des fils de ceux-ci représenta le comté de Huntingdon en 1792. Un autre de Lorimier se trouva à l'affaire de Beaver Dam en 1813, et la même année un autre fut tué à la bataille de Chrysler Farm.

Jean-Baptiste Bouchette comimandait un brigantin sur le fleuve, l'automne de 1775, lorsque le gouverneur Carleton fnt obligé de fuir de Montréal, qui était tombé au pouvoir des Américains. Bouchette s'offrit pour le conduire à Québec, en passant à travers les patrouilles de l’ennemi. La capitulation avait eu lieu le 12 novembre, et le gouverneur était monté à bord du brigantin de Bouchette, qui passait pour le premier manœuvrier du fleuve. On eut bientôt connaissance que le colonel Eaton avait été détaché à la poursuite, mais Bouchette n'était pas seul sur le fleuve; il déguisa son bâtiment, tira des bordées qui l’éloignèrent du côté de Laprairie, et masqua si bien sut jeu que Eaton fila vers Repentigny, croyant être sur la bonne piste. Bouchette

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