‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897 [microforme]Chapitre 21 sur 54 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ETAT DE LA MILICE APRÈS 1815.— ON CHERCHE À LA DÉCONSIDÉRER. — LES TROUBLES POLITIQUES S'EN MÊLENT. — RETOUR AUX ORDONNANCTS DU SIÈCLE PRÉCÉDENT. -— CE QU'EST LA MILICE SÉDENTAIRE, — PLUSIEURS PROJETS DE MILICE SE SUCCÉDENT SANS RÉSULTAT. — LES VOLON- TAIRES DE 1837-39. — ALERTE DE 1846 SUIVIE DE LA FORMATION D'UNE MILICE VOLONTAIRE, — GUERRE DE CRIMÉE. — BILL DE 1855. — COMMENT ON EXERCE LES VOLONTAIRES. — EXPLI- CATION DE CE TERME. —- LE 100° RÉGIMENT. — L'ESPRIT MILITAIRE SE DÉVELOPPK. — [LH PRINCE DE GALLES EN CANADA. — VISITE DE NOS VOLONTAIRES À PORTLAND. — L,'AFFAIRE DU ‘‘TRENT.” — LES BILLS DE 1862, 1863. — L'ARRANGEMENT POLITICO-MILITAIRE DE 1864. — LE ‘RAID DE SAINT-ALBAN. — LES BATAILLONS MOBILISÉS DE 1863. — LE CAMP DE LAPRAIRIE. — 1815-1865.

AIRE l’histoire de la milice ce serait, proprement, remplir un gros volume Ÿ des pièces et renseignements que nous avons sous les yeux et ouvrir ainsi devant le lecteur une petite bibliothèque dans laquelle il pourrait errer à loisir sa vie durante, Ce moyen nous étant refusé par les circonstances de cette publication quasi improvisée, contentons-nous d'analyser les points essentiels qu’une pareille étude comprend, et continuons comme nous avons commencé.

Après la guerre de 1812-15, il arriva, ainsi qu’en 1768, 1784, 1801, que l’on cessa de

s'occuper de la milice, et elle resta le papier. L'appel général avait lieu ‘e 29 juin de chaque année, jour de la S re, et c'était tout. En 1820, lorsque l’on proclama sur la place publique l’avènen: reorge IV, les miliciens ne figurèrent point dans le programme de la fête. Le comte | usie, ouvrant scances de la législature de Québec, le 14 décembre de cette ni nnée, attira l'attention des députés sur la loi de milice dont la période de durée expir:t dans le moment.

“ Le système constitutionnel de la défense du pays, dit}, est particulièrement approprié au Bas-Canada, et la dernière guerre a bien démontré que ‘nement de Sa Majesté peut y reposer sa confiance à l'heure du danger. Sachant que la milice est capable de rendre de tels services, il est sage de la part du gouvernement de ne pas la négliger,

de la tenir en état, de compléter sa formation et de lui procurer des officiers respectables.” La loi fut renouvelée pour six ans à venir.

En 1827, la législature était en session lorsque ignala le fait que la loi était expirée. Il se forma un parti demandant que l’on + <ù tint aux ordonnances de 1787

et 1789 qui, en somme, ne signifiaient rien. Là-dessus un ordre général de ‘nilice (5 juillet) prescrivit aux officiers de la milice de faire l'appel nominal ordinaire, ajoutant que le gouverneur profite de l’occasion pour exprimer son contentement de la prompte obéissance que manifestent les miliciens sur ce sujet et de l'esprit de discipline qui les a toujours distingués. Il y eut de l'agitation; plusieurs officiers de milice furent destitués. Une crise politique violente était déjà commencée, qui dégénéra en une prise d'armes dix ans plus tard, L’historien Christie observe que: ‘En général, les Canadiens et les Anglais se tinrent tranquilles et n’écoutèrent point les agitateurs.” Par un ordre

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général du 12 septembre 1827, le gouverneur remercia la milice de son attitude. On

aurait pu, dès ce moment, comprendre que, dans le cas d’une rébellion, la masse des Canadiens-Français n'y prendrait aucune part, mais les passions politiques, les animosités de races exploitèrent le mécontentement du petit nombre, comme cela s'est vu en d’autres temps.

Tout ceci pouvait tourner à faire de la milice un facteur de la politique, il est vrai, mais on doit aussi en tirer la conclusion que cette institution n'était pas morte. Elle avait, en effet, ses cadres, son ancienne organisation et pas d'armes, mais elle se sentait vivre et connaissait ses chefs. De là, les précautions que le pouvoir prenait afin de ne la point mécontenter. Jusqu'à présent, malgré la création de la milice active (1868), nous restons avec la milice sédentaire, qui est propre à rendre des services publics et qui en a rendu en grand nombre depuis trente ans. Par exemple, un officier de la milice sédentaire est porteur d'une commission de la reine, et, chaque fois que les autorités civiles ou militaires ont besoin de ses conseils où de son aide dans les localités où il commande, son devoir est de se prêter à ce service. Ce sont t*::5 des hommes de quelque importance dans leurs milieux, de sorte que ic gouvernement actuel, comme du “temps des Français,” compte sur eux en vertu de leur situation. On se trompe étrangement lorsque l’on dit que la milice sédentaire n'existe pas, mais on commet une autre erreur en la confondant avec la milice active; de même aussi quelques personnes prennent la milice active pour une armée permanente, et tout cela provient de ce que les gens, soit qu'ils parlent ou qu'ils écrivent, se donnent rarement la peine d'étudier par avance ce qu'ils vont dire.

L'enquête de 1827 sur les affaires de la milice est imprimée et forme un “livre bleu ” assez considérable, Lord Dalhousie en vint à la conclusion de remettre les choses sur l’ancien pied, c’est-à-dire selon les ordonnances qui avaient existées durant les premières années après la cession du Canada à l'Angleterre; et, comme il y avait alors (1827), dans nos garnisons, six mille soldats réguliers, le gouverneur affecta de croire que nous n'avions pas besoin de milice. L'agitation politique devenait plus ardente dans le Haut- Canada; un parti qui grandissait de jour en jour demandait des réformes constitutionnelles; le même désir se manifestait dans le Bas-Canada; il est probable que lord Dalhousie craignait de confier des armes aux miliciens parce qu'il prévoyait un soulèvement politique. Quoi qu'il en soit, lorsque sir James Kempt arriva (1828), en qualité de gouverneur, il rendit à certains officiers de milice le rang qu'on leur avait ôté, et il prit des mesures pour réorganiser les cadres. En 1829, la chambre d'assemblée de Québec, voyant que tout marchait avec une lenteur calculée, passa un bill de milice qui fut, selon l'usage, envoyé au conseil législatif; ce dernier corps supprima la clause qui annulait les démissions et les nominations faites depuis le 1° mai 1827; cette action signifiait que l’on n'aurait pas dû remettre en force les ordonnances de 1787 et 1780. Le bill retourna à la chambre basse et y demeura sous considération; par conséquence les ordonnances restaient en activité. L'année suivante (1830), l'Assemblée adressa au roi une pétition représentant que les ordonnances de 1787 et 1789 mettaient les miliciens sous le coup de la loi martiale en temps de paix, et énumérant d’autres griefs au sujet de la manière dont la milice était gouvernée. On y disait que les autorités se servaient du pouvoir exagéré dont ces lois les revêtaient pour influencer les électeurs; qu'il y avait eu des cours martiales jugeant et condamnant des citoyens à l'amende et à la prison, sans possibilité d'aucun appel. Enfin, les “ fidèles communes du Canada ” demandaient enquête et justice. Sir James Kent reçut, au château Saint-Louis, tous les

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membres de l’Assemblée qui allèrent en bloc lui présenter cette pétition; il promit de la transmettre en Angleterre, disant, toutefois, qu’il s'en tiendrait aux ordonnances tant qu'un nouveau bill ne serait pas adopté —sur quoi la Chambre entra en ébullition et demanda que les papiers des cours martiales lui fussent montrés. Le gouverneur y consentit, et on nomma, pour faire l’examen de ces pièces, MM. Neïlson, Bourdages, Duval, Leslie et Viger, ce dernier étant l’auteur de la pétition ci-dessus mentionnée. Le comité conclut à ce qu’une enquête régulière eût lieu à la prochaine réunion de la législature, vu que les six juges qui avaient siégé dans les procès incriminés formaient partie des conseils législatifs et exécutifs, deux corps nommés par la Couronne. Quant à la pétition envoyée à Londres, elle ne reçut aucune réponse.

Lord Aylmer, arrivé le 13 octobre 1830, s'empressa de voir à la milice et rendit leurs commissions d'officiers à presque tous les ‘“agitateurs,” ce qui amena un instant de calme, mais tant d’autres sujets de dispute occupaient le publie que les troubles recommencèrent avec plus d'ardeur— c'était les préludes de 1837.

Par tout ce qui précède, le lecteur a pu se rendre compte que la milice, après 1815, n’a pas été une chose oubliée et que les hommes importants du pays tenaient à la voir maintenir convenablement. Les difficultés politiques grandissant après 1830, il n’y a plus moyen de suivre cette étude spéciale, aussi la laisserons-nous enveloppée dans la tourmente pour la retrouver plus tard.

Les premières assemblées qui indiquèrent l'approche de la crise eurent lieu dans les cantons anglais de l’est du Saint-Laurent; ensuite vinrent celles du Haut-Canada. La situation devint critique. En 1837, un certain nombre de personnes prirent les armes, dans quatre ou cinq comtés, autour de Montréal; le reste du Bas-Canada ne fit aucune démarche, ce qui paralysa l'insurrection. Le gouvernement fit appel aux volontaires, pour assister les troupes royales, et, comme en politique, les hommes d'une même race ne sont pas nécessairement liés au même parti, il y eut des

dinde de à diffé dti ac Mt Lee Canadiens-Français qui prirent fait et cause pour l’adminis- RARES tration. L'histoire nous raconte en détail les événements

de ces temps agités; elle expose avec clarté la situation des rebelles qui s’'insurgèrent en petit nombre pour la cause des réformes et qui se trompaient dans leurs calculs en ce sens qu'ils comptaient sur l'appui de presque toute la population. Plus tard, ils se consolèrent en voyant disparaître les abus dont ils se plaignaient et, certes! parmi la masse qui avait pas jugé à propos de les suivre, ils n'ont trouvé personne qui pensât à les dénigrer. Ce sont des pages à la fois tristes et glorieuses que celles-là! et nous dirons, comme au début du présent travail, il ne faut pas désirer qu’un peuple n'ait pas d'histoire, fût-elle mouillée de sang et de larmes. Le Huut-Canada peut en dire autant, car il a fourni en 1837 et 1838 une résistance plus grande et même plus prolongée, plus sanglante que le Bas-Canada. D'ailleurs, on a follement voulu faire de ces troubles une question de race. Les Anglais ne manquaient pas dans le groupe des “ cinq comtés ” — c'était affaire politique. Dans le Haut-Canada, les insurgés étaient tous des enfants de la Grande-Bretagne, pareillement à la Nouvelle-Écosse, où l'agitation eut lieu à la même

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