SIR ÉTIENNE-PASCAI, TACHÉ
Député Adjudant-Général du rer juillet 1846 au 30 juin 1848
heure pour les mêmes motifs. L'histoire, qui remet chaque chose à sa place, a déjà fait son œuvre à ce sujet et nous nous reposons sur elle.
Les volontaires furent licenciés le 1° mai 1839. On en rappela un certain nombre sous les drapeaux en 1846, lorsque survinrent des difficultés avec les Etats-Unis à propos de la frontière de l'Orégon. De ce moment date l’organisation de ce que nous appelons la milice volontaire ou active; ses débuts furent lents; une vingtaine d'années s’écoulèrent en essais de tous genres, avant que d'arriver à formuler une loi organique durable. Pour commencer (1846), les pompiers de Montréal ajoutèrent les exercices du soldat (sans armes) à leurs pratiques ordinaires. L'idée de former des bataillons, de les équiper sur pied de paix et de leur fournir des armes germait dans certains cercles, mais la législature n'avait pas affecté d'argent pour cette dépense, de plus nous avions des troupes anglaises dans nos grands centres de population. Constatons que ce nouvel esprit devait sans cesse se développer et faire mettre en oubli la vieille milice sédentaire. Celle-ci, en 1851, comptait 178 bataillons, scit 118,000 hommes dans le Bas-Canada, et 248 bataillons avec 117,000 dans le Haut-Canada.
A l'annonce de la guerre de Crimée (1854), la brigade des pompiers de Montréal offrit cent hommes pour se joindre à l’armée anglaise; elle ne fut pas acceptée, mais on lui adressa de Londres des remerciements et des éloges. L'année suivante, le pays se trouvant dépourvu de troupes par suite du départ des garnisons pour la guerre d'Orient, la législature de Québec vota l'équipement de 5,000 volontaires désignés comme classe A. C'était le développement de l'idée vague de 1846 et cette fois les Chambres prenaient la chose en main. Le même acte autorisait la formation d’une classe B qui ne toucherait aucune paye, s'habillerait elle-même. mais recevrait des armes du gouvernement. Si nous avons bonne mémoire, les capotes, tuniques et pantalons en dépôt dans les magasins de l’armée anglaise en Canada étaient mis à la disposition du gouvernement provincial à bon compte, et les fusils nous étaient simplement prêtés. Plusieurs corps se formèrent cette année et l’on adopta le terme de “ Milice Volontaire” pour les désigner. Dans cet ordre de choses, nous précédions l'Angleterre de plusieurs mois. Le mouvement paraît avoir eu pour siège principal la ville de Montréal et ses environs.
Le Bas-Canada avait pour assistant adjudant général le lieutenant-colonel Melchior- Alphonse de Salaberry ; la même fonction dans le Haut-Canada était remplie par le lieutenant-colonel Donald Macdonald, et le colonel de Rottenberg était l’adjudant général. Chaque province était divisée en districts militaires.
Au cours des années 1855-58, les compagnies de la classe À ne cessèrent d'augmenter en nombre par tout le Bas-Canada, et la population s’habitua graduellement à voir nos soldats citoyens porter l'uniforme et représenter en quelque sorte toute la force armée du pays. Les troupes régulières revinrent vers la fin de cette période et leur présence ne fit qu'activer l'esprit martial dans les rangs de la jeunesse. Les exercices avaient généralement lieu le soir, sans sortir de la localité de chaque compagnie. On n'en était pas encore à former des camps d'exercice, toutefois 11 se faisait des séries dignes d’être notées. Par exemple, en 1858, les carabiniers de Sainte-Martine, comté de Beauharnois, apitaine Lahaïse, firent dix jours d'exercices sous la direction du major John Fletcher, de Montréal. Lorsque les autorités détachaient un instructeur vers une compagnie située loin des garnisons, tous les hommes sacrifiaient leur temps afin de profiter de l’occasion pour apprendre quelque chose de mieux que la simple école du soldat, Empruntons au capitaine Ernest J. Chambers les lignes suivantes qui se trouvent dans son bel ouvrage Origin and Services of the Prince of Wales Regiment, Montréal, 1897: “Le
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major John Fletcher (aujourd'hui lieutenant-colonel et compagnon de l'ordre de Saint- Michel et Saint-George) instruisait les compagnies de Saint-Vincent-de-Paul, Trois-Rivières, Sorel, Granby et Inverness chaque année en 1856-58 ; il fut nommé major de brigade du district n° 6, couvrant les comtés de Saint-Jean, Napierville, Huntingdon, Beauharnois, Châteauguay, Laprairie, Verchères, Chambly et Iberville. 11 n’y avait encore que deux compagnies de carabiniers dans ces lieux; il y organisa de l'infanterie (costume rouge) et, en six mois, il eut trente-et-une compagnies, dont douze de Canadiens-Français. On les retrouve plus tard servant avec honneur contre les Féniens. Les clergés catholique et protestant prêtèrent leur aide au major Fletcher pour lui procurer ces volontaires.” Le système dit “volontaire” est le seul qui règne dans nos organisations de milice, bien que la loi autorise le tirage au sort. Depuis 1846 nous avons toujours reçu plus d'offres de la part des hommes de bonne volonté qu'il ne nous a été possible d'en armer, équiper et instruire. A part cela, plusieurs Canadiens-Français et Anglais du Bas-Canada ont recruté parmi nous des compagnies pour l'armée anglaise, en 1854, au moment de la guerre de Crimée, et en 1858, lorsque le 100° régiment (Prince de Galles) se forma entièrement dans la colonie On le voit, nous avons une chaîne ininterrompue qui est notre histoire militaire depuis bien au delà de deux siècles. Il semblait que les progrès accomplis par la milice volontaire, de 1846 à 1859, dépassaient les espérances des miliciens eux-mêmes. Des circonstances toujours imprévues avaient, de terups à autre, ranimé l'ardeur de la jeunesse et porté les hommes d'un âge mûr à la réflexion touchant notre défense, tant à l’intérieur qu'à l'extérieur du Canada. On se rendait compte de la nécessité de pourvoir au maintien d’une force armée qui fût sous le contrôle de notre gouvernement. [Les menaces de 1846, à propos ed re A de l’Orégon ; les troubles de Montréal en 1849, où les émeutiers avaient fait pire que les insurgés de 1837; le départ des troupes pour la guerre d'Orient, la formation du 100° régiment royal, tout cela contribuait à préparer les esprits. Les enfants de cette époque s'élevaient par conséquent au milieu d’une atmosphère nouvelle et en subissaient les influences. Nous allons voir que la note martiale va continuer de se faire entendre et que l'administration de la colonie, sans violenter le sentiment populaire, mais ne faisant que le suivre, fut amenée, petit à petit, à agrandir et perfectionner l'outillage de la milice, au grand honneur du volontariat sur lequel on avait craint d’abord de ne pouvoir jamais compter, Il ne s’est rien fait de brusque ni d’impératif à cet égard; tout a marché dans l’ordre de l’entendement et d’un progrès raisonnable. C’est là un sujet de fierté pour notre peuple, qui a su tirer de lui-même et navette et bobines pour usser la toile de son organisation militaire. Nous sommes aujourd’hui imités en cela par toutes les colonies anglaises. Est-il plus beau témoignage de la valeur de nos conceptions ?
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La joyeuse surprise que la visite du prince de Galles causa parmi nous en 1860 fit agir encore une fois le ressort du militarism:. Les parades et les démonstrations de ce genre activèrent le mouvement. On en fut étonné à Londres, car notre milice y était peu connue, Déjà, cependant, nous avions reçu des compliments de l'étranger ; en 1858, à l’occasion de l'ouverture d'un chemin de fer entre le Canada et le Maine, deux cent cinquante volontaires de Montréal avaient célébré, à Portland, ce grand événement pacifique, et on nous regardait de l’autre côté de la frontière comme gens de bonne école sous les armes. Les Canadiens-Français ne s'étaient pas tenus en arrière et tous se montraient heureux des louanges qu'on leur adressa.
Maïs voici tout à coup un contraste: au mois de novembre 1861, la guerre de la sécession américaine étant commencée, deux commissaires des Etats du Sud furent enlevés à bord du 77e, navire anglais, par le Sax /acinto, de la marine des Etats du Nord, et cette action souleva parmi nous une colère générale. En moins de trois jours, le gouvernement fut assailli de demandes pour armer toutes les milices. Des compagnies se formaient, on leur envoya des instructeurs pris dans les rangs de l’armée régulière, des capotes, des coiffures, des pantalons, des tuniques, en attendant les fusils et les canons. L'hiver se passa en exercices. Le Bas-Canada prenait les airs d’un vaste camp de gardes nationales. (C'était un grand pas de fait, car, lorsque l’on a revêtu l'uniforme, on s’y attache et plusieurs qui n’eussent jamais songé à faire partie des volontaires se virent entraînés sous les drapeaux par l’enthousiasme du moment et y restèrent; c’est le cas pour l’auteur du présent travail.
La législature siégeait, à Québec, au mois de mai 1862, lorsque M. John A. Macdonald présenta un bill dans le but de mettre la milice sur un pied p'us efficace. Cette mesure avait été préparée par une commission nommée à la suite de l'affaire du 7rext; il y était pourvu à l'armement de cinquante mille hommes qui devaient s'exercer vingt-huit jours par année; on plaçait un dépôt d'armes dans chaque district; la dépense s'éleverait au plus à $500,000 par année. À part cela, on formait une réserve de cinquante mille hommes. Le bill fut repoussé par soixante-et-une voix contre cinquante-quatre, ce qui amena la démission du ministère Cartier-Macdonald après quatre ans de pouvoir. L'opposition prétextait la trop grande dépense qui résulterait de la mise en force de cette loi. Comme une majorité canadienne-française avait voté avec l'opposition, M. George-Etienne Cartier dit: ‘Les ennemis du Bas-Canada, surtout ceux qui n'aiment pas les Canadiens-Français, voudront tirer avantage de ce vote. J'espère, cependant, que la noble conduite de notre clergé et les sentiments manifestés par les Canadiens-Français, l'automne dernier, paralyseront les efforts qui se feront pour rendre suspecte leur loyauté. Une pensée nous console dans notre chute, c'est que nous tombons à l’occasion d’une mesure destinée à la protection, à la défense de notre pays, une mesure que nous croyons nécessaire pour mettre les Canadiens en état de jouir librement de leurs institutions politiques, à l'ombre du glorieux drapeau de la vieille Angleterre.” Le 28 du même mois, le ministère Sandfield Macdonald-Sicotte soumit un bill de milice fixant la dépense annuelle sous ce chef à $250,000. M. Cartier maintint que la somme était trop faible pour exercer les volontaires par bataillons, au lieu des compagnies isolées dont on s'était contenté jusque là.
En 1863, le ministère apporta des modifications à son bill, et les conservateurs le combattirent parce qu’il décrétait la conscription et créait des emplois dont ils n’attendaient aucun service. Tous ces flottements décourageaient quelque peu les volontaires. Il y a apparence que le cabinet de Londres avait estimé la dépense nécessaire à un bon système de milice entre $400,000 et $500,000, et M. Cartier s’en tenait à ce chiffre.
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En “a qualité de Canadien-Français, il voulait arriver à l'établissement d’une organisation efficace, afin qu'on ne dise point que nous sommes indifférents ou hostiles à ces sortes de mesures. Il réitère cette affirmation dans la plupart de ses discours.
Le bill de 1863 prit finalement la forme suivante: on exercerait cent mille hommes pendant six jours à cinquante cents de solde par jour, ce qui amènerait une dépense de $450,000. On établit des écoles militaires. Il y eut une commission pour examiner tout ce qui concernait la milice; elle proposa d’assembler cinquante mille hommes pendant vingt-huit jours chaque année, d’enrôler une réserve de cinquante mille, de faire des dépôts d'armes dans les districts, ete. Au milieu de ces tâtonnements, les volontaires perdirent confiance et ceux de Mont: ‘al se virent réduits de quatre mille à deux mille.
Le ministère Taché-Macdonald, qui prit la direction des affaires le 30 mars 1864, avait pour principal article de son programme la confédération des provinces, laquelle fut votée un an plus tard avec l'entente bien comprise que le nouveau Canada consacrerait au moins un million par année à son organisation militaire, lorsque les garnisons anglaises évacueraient le pays. Pour le moment, un bill de milice passa, tant bien que mal, estimant la dépense de l’année 1864-65 à $384,000, mais l’automne de 1864 survint le “raid” de Saint-Alban ; et le ministère mobilisa une partie des volontaires au printemps suivant pour leur fournir occasion de voir du service actif. On plaça des corps de mille hommes le long de la frontière depuis Amherstburg jusqu'à Missisquoi, durant deux et trois mois chacun, de mars à la fin de juillet. La dépense totale de l’année s’éleva à #774,000. L'automne de 1865, il y eut un grand camp à Laprairie. Dans tous ces mouvements, on voit des bataillons complètement formés de Canadiens-Français et qui
HON. HUGH MeDONALD méritèrent les félicitations des officiers de MHAIALES (JE MaUIee, AN teC JUAITeE-167s AU-4 novembre 3 l'armée régulière chargés des inspections:
Les cinquante ans que nous venons de parcourir se ferment naturellement avec les exercices de 1865, exercices d'un genre jusque là inconnu parmi nous, préludes des campagnes plus sérieuses de 1866, 1870, 1885.
Le 30 juillet 1865 disparaissait de la scène du monde un homme qui s'était occupé de la milice depuis 1812, et qui mourait à la tête de cette branche de l'administration. Sir Etienne-Pascal Taché avait dit devant la législature, en 1846: “Si jamais le pays cesse un jour d’être à l'Angleterre, le dernier coup de canon tiré pour sa défense l’aura été par un Canadien-Français.” Du 1° juillet de cette année jusqu’au 10 mars 1848, il avait été adjudant général du Bas-Canada, poste où il fut remplacé par le lieutenantcolonel Alphonse de Salaberry. M. Taché, rentrant alors dans la politique, s’y était fait une position enviable et se trouvait premier ministre lorsque la confédération fut votée par les chambres législatives. La direction de la milice passa (août 1865) au
nouveau premier ministre, l'honorable John-A, Macdonald, qui eut pour principal collègue l'honorable George-Etienne Cartier.
Vers cette époque, on remarquait parmi les hommes qui s'occupaient de milice J.-C. Coursol, L.-R. Masson, E.-A. Barnard, J.-H. Bellerose, A.-C. de L. Harwood, L..-T, Suzor, L.-A. Casault, C.-A.-P. Pelletier, J.-G. Blanchet, Charles de Salaberry, Charles-Engène Panet, G. d'Odet d'Orsonnens, et plusieurs autres qui ont fait œuvre durable,
L’artillerie de campagne de Québec date du mois d'août 1855, alors qu'elle fut mise sur pied par le capitaine Louis-Symphorien Gamache. Le 4° bataillon (chasseurs canadiens) fut organisé à Montréal, en janvier 1862, par C.-J. Coursol. Le 9° bataillon (Québec) se forma sous Charles de Salaberry, en mars 1862. Le 17° bataillon (Lévis) eut pour organisateur, en février 1863, J.-G. Blanchet, qui le commanda plus de vingt ans. Plusieurs compagnies, alors isolées les unes des autres, ont formé par la suite le noyau d'autant de bataillons.
Chaque fois qu’il est question de l’origine de nos corps de volontaires, on mentionne le fait que nous les avons créés en même temps que les volontaires du Royaume-Uni se formaient, et cela est vrai sans néanmoins établir aucun rapport entre les causes de ces deux mouvements. La situation de l’armée anglaise laissait beaucoup à désirer en 18,52, lorsque Napoléon III monta sur le trône, avec le dessein, disait-on, de reprendre la politique de son oncle contre le gouvernement britannique, aussi le patriotisme alarmé du peuple anglais l2 poussa-t-il à mettre sur pied des bataillons qui s'offraient pour doubler les rangs de l’armée régulière. Plus tard, en 1859, l'attitude de Napoléon étant encore devenue suspecte, il y eut un réveil du volontarisme qui prit des proportions extraordinaires. On se rappelle que, parmi nous, d’autres circonstances que celles-là firent naître le même esprit d'organisation, de sorte que nous ne nous somimes pas laissé guider par ce qui se passait en Europe, mais absolument par les nécessités du jour.
Il a été dit plus haut que les volontaires de 1837-38 furent licenciés en 1839, mais il paraîtrait qu'on les rétablit presque aussitôt, comme Île montre l’état suivant des dépenses encourues par le bureau de la guerre dans le Haut et le Bas-Canada durant l’année 1841: solde £87,290 14 s. 6 d.; habillement £6,484 os. o d.; autres dépenses £14,000 os. od.; en tout £107,774 145. 6 d. Les évaluations pour 1842 s'élèvent à 4 108,000, couvrant la milice et les volontaires. Voici les noms des corps de 1841: — Haut-Canada : un escadron de dragons, l'artillerie de Kingston, cinq bataillons d’infanterie, une compagnie d'hommes de couleur et l'infanterie légère des Glengarry; coût 453,255 35. 4 d. Bas-Canada: cavalerie de Stanstead et de Shefford, dragons de la Reine, cavalerie de Montréal et de Huntingdon; infanterie de Lacolle, Huntingdon et Russelltown; coût £34,035 115.24. A partir du 1° mai 1842, les volontaires se trouvaient réorganisés de la manière suivante pour un service de deux années, où moins si l’on jugeait à propos de réduire cette force : — Haut-Canada : les mêmes corps, ayant un effectif de 2,487 officiers et soldats ; Bas-Canada : 466 officiers et soldats. D'après les noms des localités ici mentionnées, il est douteux qu'il y ait eu beaucoup de Canadiens-Français parmi ces volontaires.
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