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la milice, c'est pourquoi sir George Cartier fit passer, en 1868 (31 Vic., chap. 40), la loi qui nous régit encore à présent, et qui est l’une des mesures les plus importantes de sa carrière politique. Cela arrivait six ans après sa défaite sur un projet du même genre, comme on s’en souvient. L’estimation de la dépense annuelle était portée à $900,000 et l'effectif volontaire à quarante mille hommes. M. Cartier mit cinq heures à faire l'exposition du bill devant les Communes. Ceux qui craignaient l'établissement d’une armée permanente purent se calmer, il n’y avait rien de tel — tout le système consiste dans la création d'une vaste école militaire, sous différentes formes et à divers degrés, pour la cavalerie, l'artillerie, le génie, l'infanterie, etce., afin d'offrir à la jeunesse l’occasion de s'inculquer, durant trois où cinq ans, les principes et la pratique de ce que chaque soldat doit savoir avant de prendre du service actif, C'est une milice sur pied de paix, aussi coûte-t-elie vingt fois moins cher qu'une armée. A part ses exercices ordinaires, elle est sortie trente-cinq fois pour apaiser des émeutes. Si jamais nous avons la guerre, son aide sera d’une grande valeur à l'armée anglaise. Quatre-vingts de ses fficiers sont aujourd'hui dans le service britan-
nique — parmi lesquels plusieurs Canadiens- Français — et ce seraient autant de chefs à
notre disposition en cas de besoin, car on les rappellerait ici.
Le bill contenait beaucoup d'innovations pour le temps. Chaque district recevait un commandant ; les écoles militaires s'étendaient au Nouveau-Brunswick et à la Nouvelle- Écosse ; il y était pourvu à l'organisation d'une milice navale (laquelle n’est pas encore commencée). Le chef de lopposition, M. Alexander Mackenzie, déclara que la mesure serait votée par son parti et qu’il “ seconderait, avec ses amis, le Gouvernement dans
toute dépense nécessaire pour la défense du HON. WILLIAM BERRIAN VAIL pays et l'honneur du drapeau britannique.”
D A A D A PU EL CE M. Cartwright (sir Richard aujourd'hui) déplora le rejet du bill de 1862. M. Cauchon écrivit dans le /ournal de Québec : “M. Cartier a obtenu un succès où beaucoup espéraient, où du moins pensaient, le voir succomber. Il a noblement pris la revanche de 1862. Il y a tour à la fois efficacité et économie dans la mesure du ministre de la milice, et c'est à ces deux importants aractères qu'il doit son succès. Dans ce bill, le volontarisme ne brille pas, et c'est ce qui devait être, puisque le volontarisme de la guerre et l'enthousiasme ne durent jamais longtemps. Or, le succès, presque toujours, n’est dû qu'à la persévérance.” M. Cauchon voulait dire par là que, au lieu d'appeler les hommes de bonne volonté sous les drapeaux dans un moment de crise, il est bien préférable de les habituer graduellement à comprendre le service et à l'épouser par réflexion. Toute la presse du Canada tint le même langage. L'orateur avait été écouté avec une religieuse attention. Il dit, entre autres choses: “le crois cetie mesure nécessaire pour compléter la grande œuvre de la Confédération.
Trois éléments indispensables constituent une nation: la population, le territoire et la marine, Le couronnement de l'édifice est L force militaire. Aucun peuple ne saurait prétendre au titre de nation, s’il n’a chez lui nn élément militaire, des moyens de défense. Il va sans dire que l’organisation que je propose n’a aucun caractère offensif. Notre ambition, d’ailleurs, peut exploiter un vaste champ à l’intérieur. Notre nouvelle constitution nous permet d'étendre nos frontières de l'Atlantique à l'Océan Pacifique et, pour atteindre ce but, je désire autant que personne aue nous attirions le plus tôt possible, dans la Confédération, les territoires du Nord-Ouest et de la Colombie-Britannique... Avant de soumettre cette mesure, j'ai étudié les lois de milice de la Nouvelle-Ecosse, du Nouveau-Brunswick et même de l'Ile du Prince-EFdouard; .des copies imprimées de ces lois vous seront distribuées avec le bill... J'ai tiré grand parti aussi d’autres sources de renseignements. Nous conservons le système de l’enrôlement volontaire, mais, s’il ne donne pas tout l'effectif de quarante mille hommes, on devra compléter celui-ci au moyen du tirage au sort, de manière que chaque division régimentaire fournisse son contingent. La tentative des Féniens nous a donné, sur la question de la défense du pays, des idées que nous n'avions pas lorsque le bill de 1862 fut rejeté... Si le malheur voulait que nous eussions un jour à combattre une invasion américaine, nous serions dans une position beaucoup plus avantageuse que les Sudistes, avec nos sept cent mille hommes prêts à prendre les armes, sans compter le secours de l'Angleterre et l'océan ouvert à notre flotte... On me demandera peut-être pourquoi j'ai pris la direction du département de la milice. Je répondrai que j'ai toujours aimé à affronter les difficultés, et ce département en offre de nombreuses... Depuis trois ans, la dépense annuelle de la milice a été en moyenne de un million cinq cent mille dollars... Le gouvernement canadien a dans ses arsenaux pour quatre cent cinquante-sept mille dollars d'armes et de munitions qui sont payées, plus la valeur de huit cent vingt-huit mille dollars en effets d’habillement entre les mains des volontaires. En outre, les salles d'exercices du Haut et du Bas-Canada sont évaluées à quatre-vingt-un mille dollars, et nos canonnières à trentetrois mille dollars. La mesure que j'ai l'honneur de présenter nous procurera tous les moyens de protection et de défense dont nous avons eu besoin depuis trois ans, mais à beaucoup moins de frais. Une nouvelle invasion fénienne rencontrerait une résistance beaucoup plus forte encore que par le passé. Cette loi sur là milice et sur les fortifications apprendra à l'étranger que nous sommes déterminés à demeurer sous la couronne britannique. Je suis même sûr que, si l’on demandait à la Chambre de sanctionner une loi de milice très coûteuse, elle y consentirait, La mesure actuelle vise à l’économie, c'est surtout à ce point de vue qu’elle se reconnnande... Mon intention est de donner plus de développement aux écoles milituires. C’est à l'honorable Sandfeld Macdonald que revient le mérite d’avoir établi ces écoles dans l'ancienne province du Canada. A Toronto, Kingston, Montréal et Québec, elles ont été fréque.tées par un grand nombre d'élèves, et elles ont donné les résultats les plus satisfaisants. Je désire que les talents militaires chez nous soient utilisés autant que possible dans ces institutions. Il faut étendre le système à la Nouvelle-Écosse et au Nouveau-Brunswick. ” L'honorable Sandfield Macdonald répondit: ‘“ Une dépêche du due de Newcastle demandait le maintien d’une milice active de cinquante mille hommes, et voulait obliger le gouvernement canadien à créer en cinq ans un fonds applicable à la défense du pays, et dont le gouvernement impérial aurait, à l'exclusion du parlement canadien, le contrôle et la disposition, Le cabinet dont j'étais le chef n'hésita pas à répondre que, selon notre usage, les deniers publics ne pouvaient être dépensés qu'avec l'approbation, du
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L’honorable A. A. Dorion prit la parole: “Dans les districts où l'enrôlement volontaire ne fournirait pas le contingent requis, on aura recours à un tirage au sort. Ce bill substitue donc le système coercitif au système volontaire. Or, je ne vois aucune bonne raison à ce changement; je crois, au contraire, que le mouvement volontaire devrait être encouragé le plus possible.” De 1868 à 1897 aucun tirage au sort n’a eu lieu.
À la séance du 1 mai 1868, le parlement d'Ottawa vota Z£i,100,000 pour construire des fortifications à Montréal, Kingston, Toronto, Hamilton, Paris ou London, et Saint-Jean du Nouveau-Brunswick. Ce crédit n’a jamais été utilisé: une fois les troupes impériales parties du Canada, il n’en fut plus question. En 1873, l'Angleterre retira la garantie qu’elle avait consacrée à l'emprunt de cette somme et la reporta sur l'emprunt que nous avons fait pour construire es chemins de fer.
Vers cette époque (1867), il se formait en Angleterre un parti dont les rangs se grossissaient avec rapidité, pour séparer les colonies du gouvernement de Londres, sous prétexte que ces possessions lointaines ne rapportaient rien au trésor du Royaume-Uni, et que, d’un autre côté, elles pourraient être la cause de difficultés graves avec les puissances. än ce qui concerne le Canada, le rappel des garnisons fournies par l’armée régulière fut lestement décidé, en 1869, lorsque M. Gladstone se trouva maître de l’administration. Cette mesure donnait lieu à des commentaires de toutes sortes parmi nous, attendu que la garde du pays allait incomber à la milice. Nous allions redevenir sans protection, sous ce rapport, comme au temps de Louis XIV, où le Canada n'avait point de troupes royales et devait se défendre avec ses seules ressources. Une situation aussi nouvelle demande un mot de notre part. Nous ne pouvons mieux faire qu’en détachant la page suivante de notre journal particulier, qui traite en raccourci de cette “question du jour.” C'était le 19 juillet 1870; la conversation avait lieu entre le colonel Martindale, un charmant homme, envoyé par les autorités impériales pour livrer au Canada les terrains militaires, les armes, accoutrements et munitions qu’abandonnaient les régiments anglais, et sir George Cartier, ministre de la milice, agissant alors comme “ premier,” en l'absence de l'honorable John-A. Macdonald, malade à l’île du Prince-Edouard. Une bonne partie des terrains en question appartenait à la couronne britannique par droit de conquête, et ils nous étaient livrés à titre gracieux par la reine Victoria; sir George fit la remarque assez juste, que le reçu de cet héritage était signé par un Canadien-Français, et le colonel Martindale eut l'esprit de dire que c'était un bien retournant à son maître, Làdessus on échangea des idées, en propos interrompus, mais comme sir George avait le dessein de frapper l'imagination de son interlocuteur, dans l'espoir que celui-ci répèterait ses paroles au war oflice, nous primes note de ce qu'il disait. Voici, en substance, ce qui se passa (on reconnaîtra dans ces lignes la forme du langage de sir George) :
‘Comment donc fait le ministère britannique! Il agit parcimonieusement à notre égard... Cela me dégoûte.…. Notre peuple voit cette manière d’un mauvais œil. Non seulement cette politique mesquine de M. Gladstone nous retire les troupes royales, mais encore elle nous presse et insiste pour nous jeter dans des frais d'armement... Elle prêche l’organisation d’un noyau d'armée canadienne, à la tête de laquelle on placerait
des officiers de son choix — de son armée qu’elle nous retire! Plus de colonies, n'est-ce pas? Mais de l'emploi pour vos officiers! A-t-on jamais vu pareille conception! Vous allez voir que je pense autrement: mon bill de milice est meilleur que n'importe quel bill que l’on pourrait faire passer en Angleterre, et même je doute que ce pays aït la libéralité de voter une pareille loi, si elle lui était offerte. Comprenez l'esprit de notre peuple: nous avons quarante mille hommes organisés et une réserve de six cent mille, qui n’est pas une armée, mais qui est encadrée, qui connaît ses officiers, qui se lèvera lorsque nous pourrons l’équiper — et tout cela, chose étonnante, est mis sous la main du gouverneur-général!.. Oui! nous avons quarante mille hommes prêts à tous les moments. Nous pouvons porter secours sur tous les points de notre longue frontière, ce qui ne serait pas le cas avec un ou deux régiments, comme on nous invite à en créer D'ailleurs, ces deux régiments coûteraient presque autant que nos quarante mille volontaires. Même dans l'invasion fénienne du 24 mai dernier, deux régiments ne nous auraient servi à rien, parce que nous ne savions pas où se porteraient les agresseurs, Avec notre système, nous nous somines trouvés en état de faire face à l’ennemi partout à ia fois... Il règne en Angleterre, en ce moment, une politique étroite. On voudrait non seulement nous forcer à tout payer, mais, de plus, nous imposer des arrangements qui permettraient de prendre à nos frais des officiers de l’armée anglaise. Je vous dis que je vois tout cela clairement... Pas de danger que je m'y laisse prendre, 77 7s /00 thin ! Au cours des années 1864-68, 11 se forma un certain nombre de compagnies isolées, dans les villes et les campagnes, lesquelles devinrent par la suite le noyau des bataillons actuels. Après la pass:tion du bill de sir George, en mai 1868, il y eut d’abord une réorganisation de la milice de réserve, puis on s’occupa de la milice active en distribuant les provinces par districts militaires. Les bataillons se formèrent. Ceux d'Ontariu furent les premiers acceptés ; on en fit la remarque dans les journaux, mais, le 9 avril 1860, les ordres généraux de milice enregistrèrent tout à la fois une dizaine de bataillons de langue française, à part quelques compagnies indépendantes, savoir: le 23°, Beauce, commandant H.-J.-]. Duchesnay ; 61°, Montmagny et l’Islet, J.-O. Beaubien; 64°, voltigeurs de Beauharnois, Charles-Séraphin Rodier; 65°, carabiniers du Mont-Royal, Joseph eaudry ; 70°, Champlain, N.-P. Massicotte; 81‘, Portneuf, Edouard-A. Panet ; 87°, comté de Québec, J.-E.-M. Tascherean: 88°, Kamouraska, Vinceslaus Taché; 92°, Dorchester, Louis Fortier. Ces bataillons, comme ceux de Temiscouata, sous les ordres du capitaine Fnile Hudon, et de Rimouski, commandé par le capitaine Edouard Martin, avaient eu un commencement par deux ou trois compagnies déjà formées dans les comtés qu'ils représentaient. Le 14 mai 1860, les ordres généraux de milice annonçaient la réorganisation du 4° bataillon, chasseurs canadiens de Montréal, sous le lieutenant-coloniel Alphonse Audet. Les choses étant dans cet état, il s'écoula une couple d'années avatit de créer de nouveaux bataillons.
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