CHAPITRE ONZIÈME
RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES DANS LEURS ANCIENS POSTES
M. Gérard à Pékin. — Ses premiers succès.
M. Gérard. — Accord d’octobre 1804. — Mgr Biet et le nonce. — Démarches de
Mgr Biet. — Demande de Ky-tche-ouen comme délégué. — Instances de M. Gérard,
— Déclamations de M. Déjean. — Désastres au Su-tchuen. — Mgr Durand délégué.
Le 18 avril 1894, un fait assez fréquent, mais cependant important poulies missions, avait lieu à la légation de France à Pékin : un nouveau ministre y arrivait succédant à M. Lemaire. Répéter ici le jugement sévère, que nous avons entendu porter par des hommes compétents, sur l'action du diplomate qui avait, pendant de longues années, en qualité de consul ou de ministre, représenté notre pays en Chine, redire les causes qui diminuèrent son influence ou la rendirent malheureuse, semblerait à plusieurs au moins prématuré ; pour approcher de l’équité, car il est bien difficile que jamais elle y parvienne, l’histoire a besoin de lointains horizons. Puissent les historiens de l’avenir trouver à la conduite de M. Lemaire des circonstances atténuantes !
Le successeur de M. Lemaire était inconnu dans l’Empire du Milieu, quand il arriva à Pékin. Les missionnaires espéraient en lui, parce qu’ils espèrent toujours dans les diplomates français ; mais, en réalité, ils n’appuyaient cette espérance sur aucun fait. Agé d’une quarantaine d’années, d’une grande distinction de paroles et de manières, d’un abord un peu froid quoique extrêmement courtois, travailleur acharné et psychologue expérimenté, M. Gérard avait été secrétaire et conseiller d’ambassade à Washington, à Berne, à Rome, et, en dernier lieu, ministre plénipotentiaire au Brésil L
1. Auguste Gérard, né le 28 mars 1852, secrétaire d’ambassade à Washington (10 novembre 1880), chef du cabinet du ministre (18 décembre 1881), secrétaire d’ambassade à Madrid (16 février 1882), à Berne (15 juin 1883), conseiller d’ambassade à Berne
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En arrivant en Chine, il commença par regarder attentivement les hommes et les choses de ce pays, qu'il n’avait étudié que dans les livres ou dans les rapports des agents diplomatiques, et il compulsa avec un soin extrême les dossiers des missions à la légation. Une des premières affaires qu’il eut à traiter fut le meurtre de Dutreuil de Rhins commis au Thibet, au mois d’août 1894. Il jugea alors l’occasion favorable pour reprendre les questions qui intéressaient si vivement l’existence de la mission. Il fut d’ailleurs appuyé par le ministre des Affaires étrangères, M. Hanotaux, auquel Mgr Biet, sur l’invitation de M. Jusserand *, chargé de la sous-direction du nord et de [l'Extrême-Orient, renouvela les éclaircissements qu’il avait précédemment donnés.
Les premières négociations qu’il entama avec le Tsong-li-yamen furent vivement conduites, et, au mois d’octobre 1894, il lui fit accepter une convention, portant que les missionnaires du Thibet seraient réintégrés dans leurs postes d’A-ten-tse et de Tse-kou au Yun-nan, et dans ceux de Bathang, de Yaregong et de Yerkalo au Su-tchuen, et qu’une somme de 40.000 taëls serait versée à la mission, moitié par le Su-tchuen et moitié par le Yun-nan, comme indemnité des pertes qu’elle avait subies.
Notre représentant priaM. L. Robert 2, le procureur des Missions-Étrangères à Shang-haï, de faire connaître aux provicaires du Thibet, MM. Giraudeau et Goutelle, les articles de l’accord qu'il venait de conclure.
De son côté, Mgr Biet les apprit par le ministre des Affaires étrangères, qui parut désirer que Rome fût instruite du succès de notre diplomatie à Pékin. Le Vicaire apostolique n’eut garde de ne pas comprendre, et, ayant eu, au mois de janvier 1895, l’occasion de voir Mgr Ferrata, nonce du Souverain Pontife à Paris, il fut heureux de lui rendre compte de l’intervention du gouvernement français en faveur du Thibet, « de l’énergie patiente » de M. Gérard et de l’accord du mois d’octobre. Il ajouta que notre gouvernement était disposé à profiter des avantages que lui donnait la situation de la Chine, à ce moment vaincue par le Japon et secourue diplomatiquement par la France et par la Russie, pour tenir avec fermeté le protectorat des missions. « Je suis satisfait de vous entendre, lui dit le nonce, et je vais écrire à Rome ces bonnes nouvelles. Pour vous, écrivez au cardinal Ledochowski le beau succès que vient d’obtenir le gouvernement français relativement à votre mission. — Je n’y manquerai pas, répondit l’évêque, d’autant plus que si le protectorat des missions n’était plus exercé uniquement par la France, mais par chaque pays qui protégerait les missionnaires ses nationaux, ce serait un véritable chaos, une suite d’intrigues. — U y a, reprit le nonce, une rumeur à laquelle je ne
: 15 juillet ISS i), à Rome (Quirinal) (8 décembre 1885), ministre plénipotentiaire (28 décembre 1S85), chargé d'affaires au Monténégro (8 janvier 1889), ministre plénipotentiaire au Brésil (29 novembre 1890), à Pékin (3 octobre 1893), à Bruxelles (29 décembre 1897).