Montagne longue
4. A. M.-E., vol. 556 h. Lettre à Mgr Biet. Ta-tsien-lou, 22 septembre 1896.
RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES
Nous continuons notre route, mais à partir de ce moment, la figure de mes chrétiens changea. La gaieté et l’entrain disparurent. Ils causèrent tout bas entre eux l’espace d’une demi-heure, puis l’un d’eux me dit timidement : « Les animaux sont fatigués, il y a encore bien loin d’ici à Yaregong, ne vaudrait-il pas mieux camper? — Coûte que coûte, il faut arriver à Yaregong ce soir, de nuit ou de jour » : telle fut ma réponse. Plus loin, un second ajouta : « Puisque les Dechoudunba doivent venir, il faudra partir demain de bonne heure pour Ta-tsien-lou. — Demain on verra ce qu’il y aura à faire. » « Nous étions à Yaregong le 15 août avant la nuit. » Soulié trouva les quatre maisons des fermiers détruites ; il se logea chez une famille païenne et apprit d’elle qu’une bande de mauvais sujets, de ceux qui avaient chassé les missionnaires en 1887, étaient réunis à Bathang. Aussi le lendemain, quand il pria deux des hommes qui l'accompagnaient de se préparer à aller dans cette petite ville, porter des lettres aux chefs thibétains, il se heurta à un refus absolu. A l’exception de Tsetchring, un chrétien de Yaregong qui, en 1887, avait avec sa femme, ses enfants et sa mère, passé près d’un mois dans la montagne pour échapper aux recherches des ennemis des catholiques, les autres lui posèrent cet ultimatum : « Si le Père ne quitte pas Yaregong, nous retournons demain à Yerkalo. » Le missionnaire essaya de les faire changer de sentiment, il n’y put réussir. La peur avait envahi le cœur de ces pauvres gens. <• En revanche, dit Soulié, ils sont prêts à partir pour Ta-tsien-lou et déjà ils supputent le gain que leur rapportera ce voyage. Avec le salaire qu’ils recevront, ils achèteront des marchandises qui, revendues à Yerkalo, leur donneront un bénéfice appréciable. » Sans être influencé par l’état d’esprit de ses compagnons, mais jugeant bon de prévenir le provicaire des nouvelles de Yaregong et de Bathang, il se décida à envoyer à Ta-tsien-lou Tagné et Ouangsé Polo, pendant que Tsetchring irait à Dzongtsa acheter du blé, et que Martiné, retenu par le respect humain, resterait à Yaregong.
Vingt-quatre heures plus tard, le 18 août, un individu à mine suspecte, armé d’un gourdin, entra dans la chambre qu’habitait le missionnaire. Il regarda à droite, à gauche, alla s’asseoir près du feu et se mit à examiner silencieusement et longuement M. Soulié de la tête aux pieds ; enfin il partit sans avoir prononcé une seule parole. Bientôt après, des Thibétains armés de sabres, de fusils et de bâtons arrivèrent criant, frappant les murs, les colonnes, les caisses : « Ah ! s’écriaient-ils en s’adressant au maître de la maison, ah ! c’est toi qui loges un Européen ; on va te faire voir... » Celui-ci, sans se déconcerter, répond hardiment : « Qu’est-ce que vous venez faire ici, je suis maître dans ma maison, partez bien vite ! » En même temps, il en pousse quelques-uns et toute la bande déguerpit. Le premier acte de la comédie était fini.
« Aussitôt, écrit Soulié 1 , quatre ou cinq de ces expulseurs vont chercher mes mulets qui broutaient dans la plaine, ils les ramènent à la maison. D’autres rentrent dans ma chambre, s’emparent de mes objets,
1. A. M.-E., vol. SS6A M. Soulié à Mgr Biet. Ta-tsien-lou, 22 septembre 1896.
DANS LEURS ANCIENS POSTES
les emportent au dehors et fouillent dans tous les coins de peur que quelque chose ne soit oublié. Les animaux sont sellés en toute hâte. Il est facile de prévoir ce qui va arriver. On me laisse tranquille en ce moment, mais quand mes bagages seront chargés, alors on s'occupera de moi pour me forcer à partir. N’étant pas chez moi dans la maison où je loge, la résistance n’est guère possible. J’abandonne donc la demeure du païen et vais m’installer dans la hutte appartenant à la mission : je suis chez moi, je pourrai discuter et faire valoir mon droit. Les expulseurs ne soupçonnant pas la manœuvre ne font aucune opposition. Ils sont très occupés aux bagages. Tout est prêt pour le départ. On vient poliment m’inviter à m’en aller : « Que le chef veuille bien partir, me répétait-on de tous les côtés. — Non, répondis-je, je ne partirai pas, je suis chez moi. » Au bout de quelque temps, les cris redoublent, le maître de la maison et Martiné essaient de m’entraîner : les expulseurs se joignent à eux, mais très timidement, ils n’osent pas user de violence. Cependant trois hommes, plus hardis, fatigués de ma résistance, veulent me saisir brutalement. Les autres s’y opposent ; de là deux partis parmi les assaillants. 11 y a dispute, la discussion s'envenime, des paroles on en vient aux coups de poing et aux coups de bâtons, on se pousse, on crie, on se bouscule si bien que j’ai craint que la hutte fortement secouée ne nous écrasât dans sa chute. J’étais la cause de cette bataille à laquelle j’assistais tranquillement, assis par terre dans un coin. Dans toute autre circonstance, cette comédie m’aurait vraiment amusé, actuellement je n’avais guère envie de rire. A la fin, les partisans de la violence ont le dessus. Ils me saisissent par les pieds et par les mains eL m’entraînent dehors. Un individu, ayant pris une grosse pierre, fait semblant de me la lancer' : son bras était levé : Je m’avance vers lui : ■*< Eh bien ! me voici, lance-la ta pierre si tu as un peu de courage, lui dis-je. » Il baisse le bras, laisse tomber la pierre à terre et demeure tout ahuri ne sachant que répondre. Un autre armé d’un bâton me menace de loin. Je fais encore quelques pas vers lui : « Est-ce que tu me prends pour un chien ! » Ce fanfaron se trouva tout à coup embarrassé avec son bâton ; s’il l’avait osé, il l’eût jeté au loin.
» Me voici dehors, sans abri, sans nourriture, sans secours aucun. Que je le veuille ou non, il me faut partir. Je m’éloigne donc lentement, en causant avec quelques-uns des expulseurs qui m’accompagnent et qui m’assurent que, sans l’ordre des Dechoudunba, ils m’auraient laissé à Yaregong. *»
Craignant de ne pouvoir repasser le fleuve Bleu en se dirigeant vers Yerkalo et Tse-kou, Soulié prit alors le parti de se rendre à Ta-tsien-lou. A Lythang, il fit une visite au préfet chinois de Bathang qui, depuis longtemps, séjournait dans cette petite ville ; il le prévint qu’une certaine excitation se manifestait dans sa juridiction, et que les Dechoudunba parlaient d’attaquer Yerkalo par ordre des lamas. « Ah ! oui, fait le mandarin, tous les troubles viennent des tondus et du second chef thibétain. Je vais donner des ordres. » Il tint parole et son intervention ramena un peu de calme dans la région que le missionnaire venait de quitter.
RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES
Enfin le 5 septembre, celui-ci arrivait à Ta-tsien-lou, où, depuis la venue de ses courriers, on avait pu prévoir son expulsion. L’échec de cette tentative était une preuve de plus, que les missionnaires ne pouvaient rentrer dans leurs anciens postes, sans y être rétablis par l’ordre du gouvernement chinois; aussi, Giraudeau fit-il de nouvelles instances pour obtenir cette réinstallation officielle.
Au mois de novembre 1896, Ou, le préfet de Ta-tsien-lou et le nouveau mandarin de Bathang étant venus le voir, il en profila pour remettre la question sur le tapis. Ses deux interlocuteurs lui répondirent qu’ils étaient dans l'impossibilité d’assumer pareille responsabilité.
« Le lendemain, raconte Déjean ‘, notre préfet Ou, qui est réellement un homme capable, me pria de me rendre au prétoire ; il va sans dire qu’il s’agissait toujours du départ. Je lui déclarai que, par ordre de Pékin, nous devions aller à Bathang et non à Yaregong, mais que s’il jugeait la chose impossible en l’absence du mandarin de Bathang, on pourrait s’entendre : aller d’abord à Yaregong, pousser jusqu’au Yun-nan, et revenir l’an prochain à Bathang, lorsque le nouveau mandarin serait arrivé ; qu'au reste, le 27 décembre irrévocablement, on partirait soit pour Bathang, soit pour Yaregong, avec ou sans escorte, peu importait.
» Quelques jours plus tard, par carte commune au nom des mandarins de Ta-tsien-lou et de Bathang, on invitait à dîner le P. Giraudeau, le P. Soulié et moi. Notre provicaire refusa d’aller traiter nos affaires en public.
» Entre temps, nous pensions sérieusement au départ et nous cherchions des animaux et des hommes, afin de les avoir sous la main au moment voulu. Nous nous disions que nos mandarins avaient l’air de céder, sans enthousiasme, il est vrai, mais qu’au dernier moment, ils se laisseraient forcer la main s’ils nous voyaient partir. Comme dernier acte de pression, Giraudeau adressa au mandarin une lettre dans laquelle il inséra les derniers télégrammes de M. Gérard, et comme conclusion, il déclara qu’ayant été blâmé par ses supérieurs pour ses hésitations, il n’y avait plus lieu de faire Conseil, mais qu’il devait obéir aux ordres reçus, et, en conséquence, il partirait avec le P. Soulié, tel jour.
» Le mandarin ne se hâtant pas de répondre, nous eûmes quelque espoir d’avoir emporté pièce. Enfin notre préfet m’envoya un tiers pour m’interroger, et pour me dire qu’il viendrait me voir. Je lui fis savoir que toute discussion était inutile, et qu’il n’avait qu’à répondre par écrit à notre dernier communiqué. Il vint quand même et me dit :
« Je vous exhorte à différer un peu votre départ, sinon je serai obligé de vous montrer les dernières pièces venues de Tclien-tou... tenez, les voici... je vous les prête confidentiellement, montrez-les à votre provicaire. »
» Ces pièces en question étaient mauvaises ; elles portaient que nos mandarins « ne devaient pas nous laisser partir avant d’avoir l’assurance que les Barbares consentiraient à notre retour.» Je lui répondis que notre départ était irrévocable, que cependant je montrerais les pièces à qui de droit, et que le lendemain j’irai en personne lui rendre réponse.
1. A.-M.-E., vol. 556*. Lettre à Mgr Biet. Ta-tsien-lou, 30 décembre 1896.
DANS LEURS ANCIENS POSTES
» Le lendemain, les parles que j'avais à lui rapporter étaient cellesci : « Nous partirons au jour fixé, à moins que le mandarin ne nous arrête, ou nous donne par écrit officiel la défense de partir. — Alors, réplique le mandarin, je vous ferai arrêter. » Puis il ajoute : « Il n’est pas bon de vous faire arrêter ainsi aux yeux des Thibétains, et cette besogne me répugne, car nous sommes des amis; que le provicaire se contente d’une pièce officielle que je vais écrire, je dirai formellement que je l’arrête. Par ce moyen, nous éviterons une manifestation qui tournerait contre vous. Vous avez vu mes pièces, je ne puis agir autrement. »
Le préfet agit comme il l’avait promis, et par une pièce scellée de son sceau, il fit théoriquement arrêter les missionnaires qui n’étaient pas partis.
De son côté, le mandarin de Bathang, dans la crainte que les prêtres européens ne voulussent l’accompagner, quitta en secret Ta-tsien-lou, et quelques jours plus tard, il écrivit qu’il donnerait bientôt de ses nouvelles.
Pendant ce temps, notre consul, M. Haas, bataillait à Tchong-kin, faisant valoir les mêmes arguments que Giraudeau et Déjean, tenant la même ligne de conduite, et finalement il était obligé de reculer devant la volonté absolue du tao-tay, ou plutôt du gouvernement chinois, qui avait défendu de faire reconduire les missionnaires à Bathang.
A Tchen-tou, Mgr Dunand s’employa également sans succès pour la même cause. Son action, appuyée par le grand juge criminel de la province du Su-lchuen, fut contrecarrée par le grand trésorier, l’âme damnée de l’ancien vice-roi, Lieou-pin-tchang, et par les protestants qui proclamaient que les missionnaires étaient des agents politiques de la France. « On en vint, écrit le Vicaire apostolique du Su-tchuen occidental *, à vouloir nous faire signer un billet attestant que les missionnaires renonçaient à Bathang. Pour le coup je me suis fâché. » Heureusement qu'à Pékin, M. Gérard ne lâchait pas prise. Il avait naguère menacé le Tsongli-yamen d'envoyer le consul de France, réinstaller les missionnaires du Thibet ; il tint parole et ordonna à M. Haas de se rendre à Tchen-tou et, s’il ne pouvait obtenir la réintégration officielle des missionnaires, d’aller lui-même les reconduire à Bathang.
Haas, qui dans toutes les circonstances de sa carrière consulaire en Chine, a montré le plus grand dévoùment pour la cause des ouvriers apostoliques, partit immédiatement, au grand regret des autorités locales, et un courrier avertit les missionnaires du Thibet d’envoyer l’un d’eux à sa rencontre jusqu'à Ya-tcbeou. Cette nouvelle parvint à Ta-tsien-lou le 7 février 1897 ; le lendemain Déjean se mettait en route.
Arrivé à Kia-tin, Haas fut obligé d’interrompre son voyage et de retourner à Tchong-kin, mais le coup était porté et, dans la crainte de voir les missionnaires conduits à Bathang par un consul français, ce qui eût été fort compromettant pour le prestige chinois, le vice-roi du Su-tchuen avait enfin fait partir, en qualité de délégué, le mandarin Ky-tche-ouen, celui que M. Gérard avait réclamé en 1893, sur le désir de Mgr Biet et de M.
1. A.-M.-E., vol. ü56/i:. Lettre à Mgr Biet. Tchen-tou, 6 janvier 1897.
Giraudeau. Le provicaire du Tliibet fut averti de cette mesure par Mgr Dunand et, en même temps, prié de télégraphier directement à notre ministre à Pékin, comment les choses se passeraient.
Ky arriva à Ta-tsien-lou le 5 mars 1897. Il avait pour titre officiel : Présenté à l'empereur pour traiter les affaires de Bathang et les affaires thibétaines , ancien préfet du territoire de Ya-tcheou , Kg. Il possédait un sceau neuf, composé exprès pour lui, ce qui en Chine est important et honorable. Le lendemain de son arrivée, il alla voir les missionnaires ; le 7, ceux-ci lui rendirent sa visite, et le 9mars, ils eurent à la maison épiscopale une conférence de deux heures et demie.
Dès la première entrevue, Ky exposa comment il voulait procéder ; dans les entretiens suivants, il affirma que son plan était tracé par le vice-roi, et qu'il ne pouvait s’en écarter sans indisposer son supérieur. Voici en quoi consistait ce plan : Ky partirait pour Bathang le 17 mars, s'arrêterait à Lythang quatre ou cinq jours seulement pour préparer une affaire dont il était chargé. A Bathang, il parlerait clairement et fortement aux chefs et aux lamas; trois jours après, il enverrait aux missionnaires un courrier rapide, qui arriverait à Ta-tsien-lou en cinq ou six jours, et préviendrait M. Giraudeau que tout était prêt. Le préfet de Ta-tsien-lou ferait accompagner les missionnaires à Bathang. « Si la chose ne dépendait que de moi, ajoutait Ky, nous ferions route ensemble ; mais je dois me conformer aux ordres du vice-roi, et aller à Bathang avant vous. »
Giraudeau protesta vivement contre ce plan qui lui paraissait louche. 11 redoutait qu’une fois à Bathang, le mandarin, plus ou moins circonvenu par les lamas, se contentât de lui écrire que la population refusait de recevoir les prêtres européens. Il proposa de partir dix jours après lui, puis vingt jours : « Jamais, dit-il à Ky, notre ambassadeurà Pékin n’acceptera votre plan, je vais lui télégraphier comme j’en ai l’ordre. »
« Vous pouvez télégraphier, répondit le mandarin, je ne puis agir autrement; mais croyez bien que Ky ne ressemble pas aux délégués précédents. Le gouverneur m’a chargé de cette affaire, je la traiterai avant toutes celles dont je suis chargé. »
Enfin, ne pouvant faire changer le délégué d’avis, Giraudeau consentit à ne partir que le 17 avril, date que, d’ailleurs, Ky eut de la peine à accepter, car il ne voulait rien de fixe. Le lendemain, le provicaire expédia un télégramme à M. Ilaas en lui faisant connaître la situation et en le priant de transmettre les nouvelles à M. Gérard. C’était du reste la voie la plus sûre pour renseigner ce dernier. En télégraphiant directement à Pékin, il y avait danger que le vice-roi du Su-tchuen n’arrêtât les dépêches, ce qu’il aurait certainement fait, si, chose toujours à craindre, il avait médité quelques fourberies nouvelles.
Cependant cette date du 17 avril paraissait encore trop proche à Ky-tche-ouen, qui revint sur cette concession, et ne voulut plus entendre parler de départ à jour fixe. Giraudeau réclama vigoureusement et consentit à ne partir que le 29 avril si le mandarin signait une pièce officielle, s’engageant pour cette époque. Ky finit par accepter celte condition, dont il prévint le vice-roi du Su-tchuen, et il tint son engagement.
DANS LEURS ANCIENS POSTES
Le 29 avril 1897, Giraudeau, Soulié etGrandjean partirent pour Bathang; ils avaient pour chef de leur escorte, composée de dix soldats ou satellites, un petit mandarin militaire appelé Ma.
« Nous étions à peine entrés à Lythang, raconte Giraudeau 4, qu’un mandarin militaire vint nous inviter, presque nous obliger, à faire dans cette ville une halte de quelques jours : <> Bathang, disait-il, était en en révolution, et d’après une lettre de notre délégué, il n’était pas prudent pour nous de poursuivre notre voyage dans de pareilles circonstances ».. Nous avions réponse facile à ses arguments, et finalement, comme nous exprimions le désir de voir cette lettre susdite, il ne sut plus que se taire ; la question était résolue.
» Le lendemain matin, après avoir inutilement demandé les escortes nécessaires pour nous et nos bagages, nous partions résolument, sans nous laisser attendrir par les supplications des employés du prétoire, et avant le soir du même jour les miliciens nous avaient rejoints. Tout ce qui s’était passé n’était qu’une petite comédie chinoise, comme nous en avons déjà tant vues. »
A Raty (Sampa), les voyageurs trouvèrent quatre soldats de Bathang, et à 'lasso dix koutsop envoyés par Ky-tche-ouen, qui leur firent escorte jusqu'à Bathang où ils arrivèrent le 15 mai 1897, dix ans après en avoir été expulsés 1 2.
Leur joie cependant n’était pas exempte d’inquiétudes, car revenir à Bathang ne suffisait pas pour assurer l’avenir ; il fallait encore que les coupables, ceux qui avaient détruit et pillé le presbytère, les églises, les maisons des chrétiens, fussent punis comme ils le méritaient, autrement ce retour sans aucune sanction des crimes commis en 1887 ne donnerait aucune sécurité.
Pendant ce temps, des rumeurs confuses circulaient à Ta-tsien-lou. On disait que les missionnaires avaient été arrêtés à Lythang, et qu’à Bathang, les Thibétains, furieux du retour des prêtres étrangers, avaient détruit le prétoire chinois et ceux des chefs indigènes, qu’ils avaient chassé les soldats et les marchands chinois. Inquiet, le préfet alla demander à M. Déjean ce qu'il pensait de ces nouvelles» « Je n’ai pas reçu de lettres, répondit le missionnaire3, mais s’il n'y a rien, on n'a pas de raison de nous envoyer un courrier rapide pour nous dire que tout va bien ; si au contraire, selon les bruits publics, tout est gravement troublé, il n’est pas admissible que vous, mandarins locaux, n'ayez aucune lettre. Or vous n'avez pas de lettre, donc il n’y a rien, du moins rien de grave. »
Telle était en effet la vérité.
1. A. M.-E., vol. 556*. Lettre à M. Haas. Bathang, 13 juillet 1897.
•2. « 11 est clair comme le jour, maintenant, disait à ce sujet M. Déjean, que le gouvernement chinois n'a qu’à vouloir pour que toutes les résistances plient. »