Le chef de ces derniers était Lozongouanguié
2. Compte vendu de la Société des Missions-Étrangères , année 1898, p. 103.
occupé ailleurs, et personne ne savait quand il reviendrait. Un de ses conseillers était chargé de me faire signer un écrit attestant la fin de tout le procès. Il le fallait dans les meilleurs termes, disait-il, afin que son maître, qui passait aux yeux du public pour nous être dévoué, ne fût pas cassé à l'occasion de notre réintégration ; car il était accusé pour des choses à nous étrangères, par de nombreux et puissants ennemis. Je lui livrai une attestation dans laquelle je déclarais qu’en conformité avec sa pièce de délégation, il nous avait rétablis à Bathang, à Yaregong et à Yerkalo. »
Restaient deux points très importants : la profanation de la tombe de M. Brieux et l’incendie de Yerkalo. De Tchen-tou,le vice-roi n’avait jamais répondu aux accusations portées sur le premier crime ; à Bathang, les lamas et les chefs secondaires avaient bien proposé de couper quelques tètes, mais des têtes de mendiants innocents. Ky-tche-ouen avait plusieurs fois déclaré qu’il ne pouvait s’occuper de cette affaire. Quant au second, le provicaire s’était heurté à la même mauvaise volonté. En somme, les autorités chinoises avaient ramené les missionnaires et jugé les faits les moins graves ; mais elles voulaient s’en tenir à ce minimum de justice.
Comprenant qu’il ne pouvait plus rien gagner à Bathang, Giraudeau, laissa Grandjean dans cette ville, et revint à Ta-tsien-lou, où il rentra le 3 novembre, heureux des réparations qu’il venait d’obtenir, mais regrettant de les voir incomplètes, et inquiet sur l’avenir que les mauvaises dispositions des lamas et des mandarins chinois assombrissaient toujours.
Réparations définitives.
M. Giraudeau nommé coadjuteur et administrateur. — M. Gérard quitte la Chine. — Action du consul, M. Haas. — Punition des principaux coupables. — Accord.
Depuis le départ pour la France du Vicaire apostolique du Thibet, la direction de la mission était en grande partie retombée sur Giraudeau. Cependant, sa situation de provicaire ne lui donnait pas l'autorité et la liberté nécessaires pour prendre toutes les décisions utiles et pour les appliquer. Mgr Biet finit par le comprendre et, sentant que la maladie ne lui permettrait pas de retourner à Ta-tsien-lou, il demanda à Rome et obtint de se faire nommer un coadjuteur. Les votes des missionnaires désignèrent M. Giraudeau, et le Séminaire des Missions-Étrangères le présenta au Souverain Pontife qui, par un bref du 15 février 1897, le nomma évêque de Tiniade in paritlvs infdelium, et administrateur de la mission du Thibet !.
1. Voir à l'appendice xxxv le texte du bref de Mgr Giraudeau.
A propos de cette nomination, le Séminaire des Missions-Etrangères Ht cette remarque en transmettant son bref au nouvel évêque:
ii Vous remarquerez, Monseigneur, que le mode de votre nomination n’est pas le
DANS LEURS ANCIENS POSTES
Cette nouvelle était parvenue à Giraudeau le 23 juin, pendant son passage à Yaregong ; le lendemain, il écrivit à Mgr Biet la lettre suivante 1 :
Je demeure confus devant un tel honneur et un tel fardeau. L’honneur, je l’offre à Dieu et, en vérité, il s'efface à mes yeux pour ne laisser paraître que le fardeau trop pesant pour mes faibles épaules. Cependant, en considérant devant Dieu que Votre Grandeur a daigné me désigner pour son coadjuteur, que les confrères qui en ont reçu la nouvelle me pressent tous d’accepter sans tergiversation, que, de l’avis de tous, l’administration de la mission souffre beaucoup de l’absence d’un supérieur réel, je craindrais d’aller contre les intentions de la Providence en répondant par un refus. Je m’incline donc très humblement devant la volonté du Souverain Pontife, le désir de Votre Grandeur et des confrères. Je compte sur la grâce de Dieu qui choisit les faibles pour opérer ses œuvres, afin que nulle chair ne puisse se glorifier devant Lui.
Le nouvel élu se rendit à Souy-fou 2 et, le 12 décembre 1897, troisième dimanche de l’Avent, il reçut la consécration épiscopale des mains de Mgr Chatagnon, Vicaire apostolique du Su-tchuen méridional 3.
Un peu avant cette époque, ayant achevé les trois années de séjour ordinaire de nos diplomates à Pékin, M. Gérard, qui, on peut le dire avec justice, avait refait la conquête des stations chrétiennes du Thibet. quitta la Chine pour la légation de Bruxelles. 11 fut profondément regretté de tous les Vicaires apostoliques et de tous les missionnaires dont il avait été l’habile et énergique soutien. Depuis quarante ans que la France envoyait dans l’Empire du Milieu des ministres chargés de maintenir son protectorat sur les missions, aucun d’eux n’avait emporté des regrets aussi vifs, aussi sincères et aussi mérités que M. Gérard 4. Nous n’avons vu ici qu’une faible partie de son action ; si jamais il nous est donné d’écrire l’histoire des Vicariats de Chine, confiés à la Société des Missions-Étrangères, nous pourrons mettre ses actes et ses paroles dans une lumière plus vive et plus complète.
Le consul général de Shang-haï, M. Dubail % fut chargé de faire l’intérim
même que celui des coadjuteurs ordinaires. Le simple coadjuteur reçoit ses pouvoirs du Vicaire apostolique et reste sous sa dépendance. Pour vous, il en est autrement : vous êtes tout à la fois coadjuteur de Mgr Biet, avec future succession, et administrateur du Vicariat du Thibet ; voilà pourquoi la Sacrée-Congrégation de la Propagande, en vous envoyant vos brefs d’Évêque titulaire et de coadjuteur, y a ajouté des feuilles extraordinaires de pouvoirs, qui vous autorisent à diriger par vous-même la mission au nom du Saint-Siège : vos pouvoirs sont en réalité les mêmes que ceux des Vicaires apostoliques. Vous les tenez directement du Souverain Pontife, et désormais la responsabilité de la mission du Thibet repose survous. » (Lettre du 18 mars 1897 ; A.-M.-E., vol. 556*).