Le nom officiel est Su-tcheou-fou
3. M. Mussot, missionnaire du Thibet, et onze missionnaires du Su-tchuen méridional assistaient à la cérémonie qui eut lieu dans féglise paroissiale de Souy-fou.
4. M. Gérard fut aussi heureux et aussi actif dans sa négociation pour les intérêts matériels de la France.
5. Pierre-René-Georges Dubail, né le 13 octobre 1845, attaché à Santiago (Chili) en 1874, chancelier à Pékin en 1876, vice-consul à Tche-fou en 1878, attaché à la direction politique en 1879, etc., conseiller d’ambassade à Rome en 1884, consul général à Québec, à Amsterdam, à Christiania de 1885 à 1892, consul général à Shang-haï en
RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES
à la légation de France à Pékin, en attendant l’arrivée, au mois d’avril 1898, du titulaire, M. Stéphan Pichon l. Tous les deux montrèrent un égal souci des intérêts français, soit sous le rapport commercial et industriel, soit sous le rapport des missions.
Cependant, les négociations concernant les affaires du Thibet ne furent activement reprises qu’au mois de janvier 1899. A cette époque, Haas, le consul de Tcliong-kin, se trouvant à Tchen-tou pour s’occuper des graves embarras, qu’avaient suscités au Su-tchuen l’arrestation de M. Fleury 2 par le chef de bandes Yu-man-tse 3, et le pillage de nombreuses chrétientés, pria Mgr Giraudeau d’aller le rejoindre, afin de s’occuper avec lui d’améliorer la situation des missionnaires de Bathang et de Yerkalo.
L’évêque s’empressa de se rendre à cette invitation. Après un mois de pourparlers qui ne furent pas toujours faciles, grâce à l’appui du ministre de France, Pichon, au dévouement du consul et à la bonne volonté du grand trésorier de la province du Su-tchuen, Giraudeau obtint la promesse formelle que justice complète serait rendue, et que la liberté de religion serait proclamée dans la principauté de Bathang.
A peine l’évêque avait-il quitté la capitale du Su-tchuen, que partait pour Bathang un nouveau trésorier-payeur, nommé Ou, dont l’énergie et l’habileté étaient bien connues des missionnaires de Ta-tsien-lou, où il avait fait un stage.
Il avait mission de régler tous les points que Ky-tche-ouen avait laissés sans solution ; on lui avait même indiqué les punitions à infliger aux principaux coupables : envoyer à Ta-tsien-lou, en réclusion perpétuelle, le profanateur des restes de M. Brieux et l’incendiaire de Yerkalo ; punir sévèrement un lama Kiasuahin qui, en frappant l’année précédente une femme chrétienne de Yerkalo, avait causé la mort de l’enfant qu’elle portait dans son sein. Enfin le texte de l’édit de liberté religieuse lui avait été remis afin qu’il le publiât.
Malgré les espérances que faisaient concevoir le passé de ce mandarin et les ordres qu’il avait reçus, les débuts de son action ne furent pas heureux. Venant pour la première fois en pays tliibétain, n’ayant sous la main ni force armée, ni autre secours, il craignit d’entrer en lutte avec les lamas. Peu à peu il vit plus clair, il interrogea, puis il trouva en la personne du petit mandarin militaire Tsao un bon conseiller prêt à le seconder. Sans nouvelles instances de la part des missionnaires, il s’avança
1893, chargé d'affaires à Tokio en 1894, à Pékin en 1897, ministre plénipotentiaire à Santiago, à Montevideo, chargé d’affaires à Tokio, ministre plénipotentiaire à Pékin en 1902.
1. Stéphan-Jean-Marie Pichon, né le 10 août 1857, membre du Conseil municipal de Paris et du Conseil général' de la Seine en 1883, député de la Seine de 1885 à 1894, ministre plénipotentiaire à Port-au-Prince en 1894, à Rio-de-Janeiro en 1895, à Pékin en 1897, nommé le 29 décembre 1901 résident général à Tunis.
2. François Fleury, né à La Tessouale (Maine-et-Loire) le 28 septembre 1869, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 3 septembre 1892, prêtre le 1er juillet 1894, parti pour le Su-tchuen Oriental le 15 août suivant.
3. Voir Annales des Missions-Étrangères année 1900, pp. 2-54, le récit de la captivité de M. Fleury chez Yu-man-tse, sous ce titre : La persécution au Su-tchuen et ma captivité, par le P. François Fleury.
DANS LEURS ANCIENS POSTES
progressivement et réclama aux chefs indigènes les deux principaux coupables, Omarieuten, l’incendiaire de Yerkalo, et Amguionglozong, le violateur de la tombe de M. Brieux. Pendant près d’un mois, il les pressa sans qu’ils répondissent oui ou non, prétextant toujours la nécessité de longues réflexions. « On ne peut trop leur en vouloir de leur attitude, écrit à ce sujet Grandjean1 , non plus qu’à Ou de n’en pas venir à quelque mesure extrême ; ils étaient tous dans l’embarras, puisque les chefs indigènes et la lamaserie avaient été ou par malice, ou par faiblesse, la première cause du désastre de 1887. Infliger une prison perpétuelle à ceux qu’ils avaient soudoyés était vraiment assez difficile. »
Enfin, on proposa un accommodement ; le mandarin se contenterait de frapper très sévèrement les deux grands coupables, Omarieuten et Amguionglozong et de punir le lama Kiasuabin. Quant aux autres réclamations, on les déclarerait arrangées à la satisfaction générale. Les chefs indigènes et les lamas acceptèrent cette proposition ; Grandjean, le missionnaire de Bathang, ne s’y opposa"pas.
Quelques jours après, le profanateur de la tombe de Brieux fut amené à la barre du tribunal et reçut, devant tout Bathang réuni, mille coups de rotin.
Ensuite, le chef thibétain accorda aux missionnaires deux réparations morales importantes : premièrement, il leur céda un terrain inculte, long cle 21 mètres et large de 12, situé vers Yapamiao et près de la grand’route. Ce terrain fut entouré d'un mur de six pieds ; faisant face à la route, fut placé un portail surmonté d'une inscription chinoise, en lettres dorées : Protection éternelle, suivie de quelques mots thibétains annonçant que tout le passé était réparé. Une croix vernie, avec filet d'or, devait dominer d’un mètre le portail. A. l'intérieur du mur d’enceinte, on éleva un mausolée de dix pieds de long sur six de haut et de large, blanchi à la chaux, avec une large pierre sur laquelle furent gravés ces mots : A la mémoire du P. Brieux. Rcquiescat in pace. Ce petit cimetière fut béni par Grandjean en présence de tous les mandarins.
La seconde réparation fut la suivante : les édits réglementaires, sur papier, pour tout le pays de Bathang et les passeports en chinois et en thibétain furent affichés ; les édits et les passeports furent gravés sur bois et en lettres dorées, à trois exemplaires, pour les trois postes de Bathang, Yerkalo et Yaregong.
Ensuite, le petit mandarin militaire Tsao fut envoyé à Yerkalo pour achever de porter le jugement et de l’appliquer, ce qu’il fit rapidement : il condamna Omarieuten à l’exil et le lama Kiasuahin au paiement d’une indemnité envers la femme qu’il avait si brutalement frappée.
Enfin les pièces pour la conclusion du procès et l’écrit d’accord, usité en Chine dans de semblables circonstances, furent rédigés et envoyés en double par le mandarin Ou au préfet de Ta-tsien-lou et à Mgr Giraudeau. Le préfet alla immédiatement trouver M. Déjean et demander de la part de Ou d’apposer le sceau épiscopal. Par une lettre spéciale, Ou avait fait
1. A. M.-E., vol. 536*. M. Grandjean àMgrBiet. Bathang, 6 octobre 1899.
RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES
la même demande au prélat. Ce dernier examina les pièces ; toutes les clauses y étaient, sauf celle de la liberté religieuse qu’on gardait pour un acte spécial, qui n’était destiné ni au vice-roi du Su-tchuen, ni au Tsong-li-yamen.
Par ailleurs, l’inscription du droit réservé à la légation française d’approuver ou non cet arrangement, selon une récente circulaire de M. Pichon, était placée après la date de l’écrit, de façon qu’on pouvait la détacher tout en laissant la pièce intacte. L’évèque refusa d’apposer son cachet sur un acte ainsi fait ; il répondit au mandarin Ou d'insérer dans son écrit la liberté religieuse et de donner à la place réservée pour le droit d’approbation par la légation de France une autre disposition matérielle.
Ces remarques étaient fort justes et si Mgr Giraudeau ne les avait pas faites, les autorités chinoises auraient tôt ou tard argué de son silence, pour nier ou pour supprimer les deux points en question. De son côté, la légation n'aurait eu aucun point d’appui pour soutenir les missionnaires en cas de persécution. Celle manière de terminer les affaires était trop chinoise pour n’être pas réfléchie. Mais, quand il se vit découvert, le délégué Ou se conforma immédiatement aux observations de l’évêque et lui retourna les pièces en bonne et due forme ; et le sceau épiscopal y fut immédiatement apposé.
De toutes ces pièces, nous ne citerons que la principale, celle qu’en style chinois on appelle l’écrit d’accord, dressée au mois de février 1900 1 :
« Moi, Lotsinpao, premier chef de Bathang ; moi, Koétsongtchapao, second chef; moi, Tepykutsen, supérieur de la lamaserie Tinlinsé, déclarons qu’aujourd’hui, en présence du Ciel, nous livrons cet écrit de solide accord, pour mettre fin à tous les anciens procès et comme preuve que nous ne nous dédirons pas à l’avenir.
Ayant reçu des grands mandarins chinois l’ordre d’examiner et de traiter les affaires de la destruction des édifices religieux, de la violation du tombeau du missionnaire Meï (Brieux), delà mort violente occasionnée à un enfant dans le sein de sa mère chrétienne, trois procès ; de plus, de traiter encore les procès engagés depuis plusieurs années par les missionnaires Chang et Pou (Grandjean et Bourdonnec) au sujet de caisses et objets volés, des empêchements apportés à l’irrigation des champs, en tout treize procès ; aujourd’hui le mandarin chinois de Bathang, Üu-talao-yé, nous faisant la grâce de vouloir bien étudier toutes ces affaires dès l’origine, consentant à les examiner et à les traiter, nous avons fait prendre et conduire à Bathang le propre coupable qui a détruit les édifices religieux, nommé Omarieuten, et le nommé Amguionglozong, le propre coupable qui a violé le tombeau du missionnaire Meï. Ces malfaiteurs sont bien les vrais coupables, ils ont avoué sans détour leur crime. D’après les conditions stipulées à Tchen-tou, capitale de la province, entre Mgr Giraudeau et le tribunal chargé des affaires religieuses, les deux coupables, Omarieuten et Amguionglozong, devaient être conduits à Tatsien-lou pour y être jetés dans une prison perpétuelle, mais nous Sankiu-tsong ayant demandé grâce pour eux, à plusieurs reprises, les missionnaires Chang et Pou (Grandjean et Bourdonnec), considérant qu’ils sont venus ici pour prêcher la religion et voulant se concilier l’affection de tous, ont consenti à ce que le mandarin Ou-ta-lao-yé prenne cette