A. M.-E., vol. 536/,. Traduction de Mgr Giraudeau
DANS LEURS ANCIENS POSTES
affaire en mains, l’examine lui-même et châtie sévèrement les coupables, àla condition que nous San-kiu-tsong ordonnions au coupable Amguionglozong, qui a violé le tombeau, de reconstruire une nouvelle tombe et d’y faire appliquer une inscription ; de même à la maison des missionnaires de Yerkalo ; de plus de faire graver sur bois trois édits et trois copies des passeports chinois des missionnaires, enseignes et copies qui seraient vernies en noir avec caractères dorés. Ces conditions ayant déjà été remplies, les inscriptions envoyées et appliquées aux maisons des missionnaires à Yerkalo, Yaregong et Balhang, les deux missionnaires Chang et Pou s’étant déclarés satisfaits, sans arrière-pensée, nous avons livré les deux coupables entre les mains des chefs de Bathang pour être punis; quant à Omarieuten, il a été exilé à Balhang au lieu d’être envoyé en exil à Ta-tsien-lou. Quant à l'affaire de l’enfant tué dans le sein de sa mère, le mandarin Ou-ta-lao-yé a envoyé un délégué à Yerkalo ; celui-ci a instruit le procès et condamné le coupable lama, Kiasuahin, à payer, comme réparation du dommage causé, un bœuf et un cheval. Pour ce qui est de toutes les autres affaires pendantes, grandes ou petites, engagées par les missionnaires Chang et Pou, en tout treize procès, elles ont toutes été arrangées équitablement et solidement, les objets recélés ont été rendus et tout a été terminé par un accord. Ainsi, depuis la 13° année jusqu’à la 25e année du règne de Kouang-siu, toutes les affaires grandes et petites, nouvelles ou anciennes, en tout seize, ont été terminées, et il n’y en a plus une seule qui reste pendante. Nous inscrivons ici à la suite les cinq conditions stipulées dans les édits :
1° Les indigènes de Balhang qui désireront se faire chrétiens ont toute liberté ; pour ceux qui seraient établis sur des terrains payant tribut, ils pourront également se faire chrétiens et continuer d’habiter sur leurs terrains ; ils paieront le tribut comme tout le monde, mais on ne pourra exiger d’eux davantage par le fait qu’ils sont chrétiens.
2° Quant à la construction des lamaseries, de la récitation des prières par les lamas, etc... corvée personnelle, cotisation en argent, tout cela ne regarde pas les chrétiens.
3° Si les chrétiens ont des procès, ce sera au mandarin chinois et aux deux chefs indigènes à les juger ; ils ne pourront se récuser.
4° Les indigènes dépendent des mandarins chinois et des chefs indigènes et les lamas n’ont pas le droit de s’immiscer dans leurs affaires.
5° Les lamas sont pareillement soumis à l’autorité des mandarins chinois.
Les cinq conditions ci-dessus ont été gravées sur bois pour être portées à la connaissance de tout le monde.
Nous, San-kin-tsong, nous donnons aujourd’hui cet écrit d’accord pour déclarer que tous les Thibétains protégeront éternellement les missionnaires et font la paix avec eux de leur plein gré. Les missionnaires Chang et Pou de leur côté, de leur plein gré, nous livrent un écrit de fin de procès et d’accord.
Dorénavant les sectateurs de différentes religions vivront en harmonie, chacun oubliera les anciens griefs, personne n’osera de nouveau exciter des troubles, que si quelqu’un osait recommencer il se reconnaît d’avance condamné à en porter la peine.
Quant aux Thibétains Ouanglosenam , Sonpoulsidjron , Losanten, Yatchakia, ces quatre coupables restent décrétés d’accusation ; il est ordonné aux chefs indigènes de les saisir à l’occasion et de les jeter en prison. Enfin les missionnaires, pour se conformer aux usages de leur pays dans les fins de procès, font ajouter la condition suivante : 'foutes les conditions ci-dessus, convenues entre le mandarin de Bathang et le missionnaire Chang délégué du ministre français de Pékin et de Mgr Giraudeau, évêque du Thibet, seront d’aborcl soumises à Son Excel-
RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES
lence Monsieur le Ministre de France à Pékin, pour qu’il examine luimême s’il convient qu’elles soient acceptées, qu’il en informe le Tsong-liyamen, qu’il ordonne de les enregistrer à son ambassade et au consulat de Tchong-kin, où il en sera gardé, en chaque lieu, un exemplaire pour faire foi.
Fait la 26e année de l’Empereur Kouang-siu, à la première lune.
Sceau du second chef. Sceau du premier chef de Bathang.
Signatures :
1er Chef : Lotsinpao.
2me Chef : Koetsongtchapao.
Le supérieur de la lamaserie : Tepikutsen.
Cachet du supérieur de la lamaserie.
Tel fut le dernier acte de ce procès long et compliqué dont nous n’avons pas raconté toutes les péripéties, ni cité toutes les pièces, parce que peu de lecteurs auraient eu, croyons-nous, le courage de nous suivre. La ruse et l’obstination des Chinois avaient employé tous les moyens pour résister aux missionnaires et à la légation de France : promesses, retards volontaires, mensonges, ordres et contre-ordres ; depuis le Tsong-li-yamen jusqu’au délégué Ky-tche-ouen, en passant par les vice-rois du Su-tchuen, les préfets de Ta-tsien-lou et les chefs de Bathang, tous s’étaient efforcés de rejeter loin des pays thibétains les prédicateurs de l’Évangile, dont la présence, autorisée cependant par les traités, leur faisait redouter l’arrivée d'autres Européens et excitait chez les lamas la crainte de voir leur influence s’amoindrir et le nombre des adeptes du bouddhisme diminuer.
Ce succès étajt dû, pour la plus grande part, à notre ministre M. Gérard, mais il serait injuste d’oublier la fermeté du ministre des Affaires étrangères, M. Hanotaux, qui avait soutenu son agent, et dè ne pas tenir compte de l’action de M. Pichon, successeur de M. Gérard, de celle du consul du Tchong-kin, M. Haas ; et nous ne pouvons mieux terminer ce récit qu’en répétant la parole de Mgr Giraudeau : « Le dévouement que les représentants de la France ont montré pour la mission du Thibet depuis six ans est vraiment digne de tout éloge. »
Chrétientés et Œuvres.
Ta-tsien-lou. — Les protestants. — Cha-pa. — Mo-sy-mien. — Len-tsy. — Yerkalo.
— Tse-kou. — Fondation de Balhang ou Lou-tse-kiang. — Padong. — Maria-Basti.
— Les protestants. — Règlement des religieuses. — Écoles et orphelinats. — Publications. — Délimitation. — Fêtes et abstinences. — Nouveaux missionnaires.
Le récit de ces faits, si importants pour l’existence de la mission du Thibet, nous a conduits jusqu’en 1900, sans que, depuis 1894, nous ayons
DANS LEURS ANCIENS POSTES
nommé les nouveaux ouvriers apostoliques envoyés par le Séminaire des Missions-Étrangères pour aider les anciens, et jeté un coup d’œil sur la situation des postes chrétiens, des œuvres de charité et d’éducation. Nous allons combler cette lacune forcée.
Les jeunes prêtres qui à cette époque partirent de France pour aller évangéliser le Thibet, soit du côté de la Chine, soit du côté de l'Inde, furent : en 1894, Léon Durel *, Louis-Marie Moriniaux1 2 ; en 1895, Georges- Eléosippe Aubert3; en 1896, Jules-François Villesèche 4 5 ; en 1899, Jean- Théodore Monbeig3 et Alphonse-André Vignal6 ; en 1901, Emile-Cyprien Monbeig7.
Au sujet de l’apostolat, nous avons, on le comprend, peu de choses à raconter : il lui était impossible, en effet, pendant cette période troublée, pendant ces dénis de justice répétés, de faire de grands progrès et de notables conquêtes. Tout, conversions et œuvres, marcha donc lentement.
A Ta-tsien-lou, l’évêché et le Séminaire furent rebâtis par les soins de Mgr Giraudeau ; mais le nombre des chrétiens demeura à peu près stationnaire et ne dépassa pas 200. Les protestants, venus une première fois en 1891 et aussitôt repartis, revinrent en 1898 et voulurent s’installer près de l’évêché ; les troubles du Su-tchuen d’abord 8 9, ceux de Pékin 0 ensuite, qui eurent leur répercussion jusque sur les frontières du Thibet, les empêchèrent de réaliser leur projet, mais ce ne fut qu’un répit assez court.
A dix jours de Ta-tsien-lou, des Chinois fixés sur les rives du Ki-ho entendirent parler du catholicisme et, en 1899, ils vinrent prier l’évêque de leur envoyer un prédicateur de l’Évangile.
Cha-pa continua sa marche lentement progressive. Le missionnaire qui
1. Léon-Martin Durel, né à Bernac (Tarn) le 11 novembre 1869, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 11 février 18S9, prêtre le 17 février 1894, parti le 28 mars suivant.
2. Louis-Marie Moriniaux, né aux Ifs (Ille-et-Vilaine) le 20 octobre 1869, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 18 septembre 1892, prêtre le 22 septembre 1894, parti le 5 décembre delà même année.
3. Georges-Eléosippe Aubert, né à Lannes (Haute-Marne) le 25 avril 1871, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 17 septembre 1891, prêtre le 3 juin 1895, parti le 15 août suivant; rappelé en France en 1901 pour être directeur au Séminaire des' Missions-Étrangères.
4. Edouard-Jean-François-Régis Villesèche, né à Saint-JIaond (Haute-Loire) le 16 janvier 1872, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 22 octobre 1892, prêtre le 28 juin 1896, parti le 26 août suivant. (Renseignements du Catalogue des Missions- Étrangères. Dans l’État de la Société des M.-E., M. Villesèche porte les prénoms de Jules- François).
5. Jean-Théodore Monbeig, né à Salies-de-Béarn (Basses-Pyrénées) le 22 octobre
1875, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 7 septembre 1894, prêtre le 25 février 1899, parti le 26 juillet suivant.
6. Alphonse-André Vignal, né à Saint Georges-Lagricol (Haute-Loire) le 4 septembre 1874, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 14 septembre 1894, prêtre le 25 juin 1899, parti le 26 juillet suivant.
7. Emile-Cyprien Monbeig, né à Salies-de-Béarn (Basses-Pyrénées) le 22 décembre
1876, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 11 février 1897, prêtre le 23 juin 1901, parti le 31 juillet 1901.