‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 111 sur 170 · Révolte des Boxeurs en · texte numérisé non relu

Révolte des Boxeurs en

y résidait envoya son catéchiste, Tchen, dans le Yutong, pays thibétain, afin de tenter d'évangéliser cette région; mais essayer n’est pas synonyme de réussir et l’œuvre n’est pas encore faite.

La paroisse de Mo-sy-mien, pillée le 19 juin 1893, ainsi que les chrétientés de Tsay-yang, Hay-lo-keou et Tien-ouan, se releva bien vite. Une petite église y fut construite, que Mgr Cdraudeau bénit en 1899.

« Les maires de Mo-sy-mien et des localités voisines, les chefs de la garde nationale et les représentants de nombreuses familles païennes vinrent nous présenter leurs félicitations, écrit l’évêque 1 ; quelques-uns offrirent même de belles inscriptions en l'honneur de la religion chrétienne. Parmi eux, j’eus le plaisir de voir les principaux auteurs du pillage de 1895, qui, après une année de prison et avec mon acquiescement formel, avaient été remis en liberté. Tous prirent part au festin qui est de rigueur en pareille occasion. La cérémonie se faisant un jour de marché, des centaines de païens se précipitèrent dans la nouvelle église et écoutèrent, dans le plus profond silence, le discours d’inauguration. Plaise à Dieu que la parole de vie entendue alors de plusieurs pour la première fois, leur soit une semence de salut! »

Une station fut solidement établie à Len-tsy, sur la rive droite du Tong-ho.

A Yaregong, après sa réinstallation, Soulié construisit un presbytère ; il alla s’y installer avant même qu’il fût achevé, « mais, comme tout est relatif en ce monde, écrivait-il, ma position étant moins mauvaise qu’autrefois, je la trouve bonne. » La situation morale n’offrait rien de brillant. Pendant les dix ans qu’avait duré l’absence des missionnaires, leurs ennemis avaient pu à loisir répandre contre eux les pires calomnies ; y répondre était à peu près impossible. Comment prouver à ces ignorants qu’on n’a pas fait pulluler les rats, apporté la grêle, augmenté les pluies et produit la sécheresse? Soulié n’essaya pas de se défendre, il préféra attirer à lui les cœurs en pratiquant la eharité. A l’exemple de ses devanciers, Renou et A. Biet, il vaccina les chrétiens, beaucoup de païens et même deux Bouddhas vivants. D’ailleurs, il ne fallut rien moins que l’exemple de ces derniers personnages pour arrêter une nouvelle calomnie que colportaient les habitants de Perigong, affirmant que la vaccination empêchait une heureuse transmigration de l’àme.

A Yerkalo, les missionnaires luttaient toujours. A peine avaient-ils été officiellement réinstallés dans ce poste, qu’ils eurent encore à se plaindre des lamas, empêchant l’arrosage des champs des chrétiens ou molestant les néophytes.

A Tse-kou, Dubernard continua d’améliorer les chrétiens tout en travaillant à créer un nouveau poste à Lodjreu, village d’où partent deux routes : l’une pour Bonga, « berceau sacré de notre mission », écrit le vieil apôtre, et l’autre pour Balhang, sur la Salouen, où une station fut fondée par Genestier, dans les circonstances suivantes:

En 1898, le missionnaire fit un premier voyage à Balhang, dont les

1. Compte-rendu de la Société des Missions-Étrangères , année 18P9, p. 120.

DANS LEURS ANCIENS POSTES

habitants lui cédèrent très volontiers et à lias prix un terrain pour construire église, écoles et presbytère. Trois villages voisins déclarèrent qu’ils se feraient chrétiens, dès que le prêtre serait fixé parmi eux ; en 1899, Genestier alla les visiter ; mais ces braves gens lui dire qu’ils demandaient un moment de répit, parce que la lamaserie de Tchamoutong leur avait déclaré que s’ils abandonnaient le bouddhisme, les Tsaronais détruiraient la lamaserie et les villages loutse. Cependant, informations prises, les Tsaronais ne s'inquiétaient pas de l’établissement chrétien de Balhang et, en dernière analyse, il parut probable que les lamas n’avaient lancé tous ces bruits que dans l'intérêt de leur propre cause.

Peu après son installation définitive à Balhang, qui avait eu lieu le 29 juin 1899, Genestier reçut la visite d’un Chinois qui lui apprit que son village, situé plus bas sur la Salouen et se composant de vingt-quatre familles, était prêt à embrasser le catholicisme, si le missionnaire consentait à s’y établir. Genestier acheta là une maison qui lui coûta de dix à douze francs. « Le grand inconvénient de Balhang, remarquait Mgr Giraudeau ’, c’est la difficulté de communiquer avec Tse-kou. En été, deux ou trois jours suffisent pour passer d’une station à l'autre, en franchissant une haute montagne ; mais, pendant six ou sept mois de l’année, toute communication est interceptée par les neiges. »

Du côté de l’Inde, les progrès n’étaient pas beaucoup plus rapides. Padong, la première station fondée, n’avait guère qu’une vingtaine de chrétiens ; mais Maria-Basti se développa plus vite que Padong. En 1895, on y comptait 139 fidèles. Tous les dimanches, la petite église était presque pleine. On y célébrait la grand’messe, les vêpres, la bénédiction du Saint Sacrement, « le tout, disent les missionnaires 1 2, chanté par nos chrétiens d’une façon qui certainement rendrait jalouses bien des paroisses de France. » « Les ménages établis chez nous, continuent-ils, étant sous bien des rapports moins tracassés que ceux qui ont affaire à des maires païens, tout individu qui se déclarait chrétien, venait presque aussitôt s’installer dans un terrain de la mission. » C’était un avantage, mais aussi un inconvénient, car on pouvait craindre que tous les néophytes voulussent s’installer sur le territoire de Maria-Basti, qui serait rapidement devenu insuffisant. Il n’en fut heureusement pas ainsi à Doka, village voisin de Maria-Basti ; neuf familles Lepchas, qui voulurent se convertir, se sentirent assez fortes pour rester dans les propriétés qu’elles occupaient au milieu des païens 3.

11 y eut aussi des néophytes à Kachim, à Kiangtchem et à Linglse. Dans ce dernier village, les missionnaires ayant loué en 1895 un petit terrain appartenant au gouvernement, les protestants vinrent s’installer près d’eux, et y ouvrirent une école ; mais les autorités anglaises, qui veulent éviter les difficultés entre les catholiques et les protestants, prièrent ces derniers de s’éloigner.

1. Compte rendu de la Société des Missions-Étrangères , année 1899, p. 129.

Page 1