‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 12 sur 170 · A. M.-E., vol. 556, p · texte numérisé non relu

A. M.-E., vol. 556, p

NOMINATION DE MGR CEAUVEAU

vous vous trouvez au milieu d’un peuple différent d’habits, de langage, de mœurs, de tout ce que vous avez pu voir jusqu’alors en Cfiine. Demandez aux habitants de quelle nation ils sont; jamais ils ne vous répondront qu’ils sont des Chinois; toujours ils vous diront qu’ils sont de la nation Peu.

A partir de Ta-tsien-lou, avancez-vous dans l’intérieur du pays, sur les points que vous voudrez, au nord, au sud ou à l'ouest, vous ne trouverez plus de différence essentielle, de langue et de mœurs, et à la demande : Qui êtes-vous ? vous aurez toujours la réponse : Je suis un homme du Peu.

Ce que vous voyez du côté du Su-tchuen, vous le rencontrez du côté du Yun-nan. Dès que vous aurez passé la limite de la préfecture de Ly-kiang, que vous entrez dans le Tchong-tien ou dans le Ouy-si, vous êtes chez les Peu, qui vous parlent la langue que vous avez entendue cà Ta-tsien-lou et à Lhassa. Il est vrai que sur les frontières, soit du côté du Su-tchuen, soit du côté du Yun-nan, vous rencontrez quelques étrangers au Peu, mais ils disparaissent dès que vous avez fait un jour de marche, ou bien ils sont tellement confondus avec les Peu, de mœurs et de langage, que vous ne pouvez plus les distinguer. Ceci est surtout frappant chez les Chinois qui, partout ailleurs, savent si bien conserver leurs usages, et les perdent ici dès la première génération.

Dans une lettre du 6 août 1860, adressée à Thomine, Renou exprime les mêmes idées, que l’évêque juge excellentes, dont il entretient la Propagande pendant son séjour à Rome en 1863, et qu’il répète dans une lettre du 15 janvier 1864 :

11 serait profitable à la gloire de Dieu et à la propagation de la Foi, disait-il, d’attribuer au Vicariat de Lhassa les territoires où l’élément thibétain domine, quoique, pour l'administration civile, ils soient soumis aux gouverneurs chinois des provinces du Su-tchuen ou du Yun-nan. Ces territoires comprennent, à l’est du Thibet, dans le Yun-nan, une partie des préfectures de Ouy-si et de Tchong-tien, et, dans le Su-tchuen, jusqu’au fleuve Tong-ho.

Le 20 janvier 1866, Mgr Thomine, quoiqu'il ne fût plus Vicaire apostolique, rappela sa demande en l’appuyant sur l’expulsion des missionnaires en dehors du royaume du Thibet, ce qui ne leur laissait d'autre refuge que les territoires précédemment désignés.

A cette époque, tous les ouvriers apostoliques, quel qu'eût été leur avis autrefois, ne pensaient pas autrement que Renou et Thomine. Chauveau avait partagé l’avis unanime ; dès son arrivée à Ta-tsien-lou, il avait songé à obtenir l’exécution de cette mesure qui paraissait si nécessaire, et il avait écrit à la Propagande pour solliciter l’adjonction des territoires d’A-ten-tse, de Ouy-si et de Tchong-tien, dans le Yun-nan, et d’un certain nombre de principautés dépendantes des Vicariats du Su-tchuen. Nous citerons les principaux passages de sa lettre :

Comme c’est une affaire capitale pour nous, je prie Votre Eminence de vouloir bien me permettre d’entrer dans quelques développements, et d’abord de consigner ici, en langue indigène, les noms de ces 22 principautés. Les voici 1 :

1. Nous conservons l’orthographe employée par Mgr Chauveau et nous indiquons les rectifications dans les notes suivantes.

NOUVELLE DÉLIMITATION DE LA MISSION

1° Tchala *.

2° Djreba 2.

4° Gaéhie L 5° Roptein.

6° Tsanla :i.

7° Guiéka.

8° Oje 6.

3° Tchohiop 3.

9° Somong.

10° Kiolzé 7.

11° Zerga.

12° Goutong 8.

13° Mazé.

14° Kangsar 9.

45° Djibou.

19° Paouang 12.

20° Tchratein.

21° Ly-tang ’3.

22° Pa-tang u.

16° Tchango 10.

17° Tchengueu 1 11 .

18° Tamia.

Les principautés de Goutong, Djreba, Guiéka, Oje, Kiotzé et Somong ou Sang-pan, d’après une carte de 1842, appartiennent au Su-tchuen, parce que l’élément chinois, s’il n’y est pas encore dominant, finira par y obtenir une prépondérance irrésistible et incontestable. Les 16 principautés restantes sont-elles à la charge du Thibet ? Zerga est bien loin de nous, puisque Somong est donné au Su-tchuen septentrional ; ne serait-il pas avantageux que la même mission fût aussi chargée de Zerga? Il y a en plus Tamia, Roptein et Tsanla, tous au nord-est du Ta-liou 13, qui semblent nous éloigner beaucoup de notre centre d’action et nous faire trop dévier de la ligne qui conduit au Thibet. Plairait-il à son Eminence le cardinal Préfet d’adjoindre au Su-tchuen ces quatre principautés qui, avec les six autres, feraient une série de dix petits royaumes réunis à des missions déjà bien vastes, mais dix fois moins grandes cependant que le Thibet. Dans l’hypothèse que Votre Eminence accueillit ce projet , nous nous trouverions chargés, outre le Thibet, des douze principautés Guierong au nord-ouest du Ta-hou. Nous ne devons pas, nous ne pouvons pas dissimuler que nous les désirons et que nous les accepterions comme une grâce, surtout dans les circonstances pénibles et impérieuses que la politique vient de nous créer. Ces circonstances changeront sans doute; mais jusque-là il serait bon de tenir notre petit bataillon sur le pied de guerre, et de le lancer, autant que faire se pourra, dans toutes les principautés limitrophes au Thibet, avec l’ordre d'y entrer.

Si la Sacrée-Congrégation daigne condescendre à nos vœux, qui sont aussi des besoins, la mission est fondée, nous sommes chez nous, nous travaillons chez nous, nous vivons et nous mourons chez nous, en face, à portée de voix de ce cher Thibet d’où la main de Dieu nous tient éloignés pour un temps. Nous possédons les clefs du Thibet, nous avons Ta-tsienîou et Pa-tang 16, dont les mandarins chinois ne nous mettront pas à la porte facilement.

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