Ou de toute autre couleur
2. M.-C. 1901, p. 271. 4 roupies et demie la location d’un mulet pour 2 jours.
ETAT ACTUEL
Naturellement, il ne s’agit pas dans cette description des voyages, de ceux que font les apôtres pour aller visiter leurs stations secondaires et y administrer les sacrements ; ce sont alors de simples excursions, beaucoup plus courtes et généralement d'une ou de deux journées, tout au plus de trois ou de quatre.
Dans ces circonstances, le prêtre part avec un domestique ; quelquefois il va à pied, chaussé de sandales de paille; plus souvent il prend une mule, animal plus résistant et plus sûr que le cheval; il emporte les ornements, les. objets nécessaires au culte et quelques livres ; si besoin est, il couche dans une auberge, et le lendemain reprend sa route qu’il achève chez les chrétiens où il est accueilli pauvrement, mais avec un grand respect.
Travaux scientifiques.
Traductions et compositions d’ouvrages en thibétain. — Notes géographiques etc. de MM. Desgodins, A. Biet, Dubernard, F. Biet. — Envoi de plantes, d’animaux et d'oiseaux en France. — Services rendus aux explorateurs. — Récompenses accordées à M. Desgodins et à Mgr Biet. — Qualités nécessaires aux missionnaires du Thibet.
En dehors de ces travaux qui sont ceux de tous les missionnaires, il y en a d’autres auxquels se livrent seulement quelques-uns d’entre eux : la composition ou la traduction d’ouvrages de piété et de linguistique. Nous avons énuméré, dans notre chapitre précédent, les livres composés par M. Renou, Mgr Giraudeau et M. Desgodins, et imprimés dans une des maisons de la Société des Missions-Étrangères, à Hong-kong.
Ajoutons-y également les divers travaux faits dans les sciences profanes, par exemple les notes géographiques, géologiques, zoologiques, ornithologiques de M. Desgodins1; d’autres sur les Lyssous par
1. Voici à peu près complètement, croyons-nous, l'indication des travaux scientifiques de M. Desgodins. (Nous conservons l’orthographe employée dahs les publications que nous citons.)
— Renseignements sur les fleuves et le système des montagnes du Thibet oriental, sur les races Lou-tse, Lyssous et Térong. (Extraits de lettres datées de Tcha-mou-tong, décembre 1864. Bulletin de la Soc. de tie'ogr., Ve série, tome XVIII, p. 317-331).
— Itinéraire de Bathang à Yer-ka-lo et description des vallées du Kin-cha-kiang ( Fleuve Bleu) et du Lan-tsang-kiang (Cambodge), entre le 30° et le 29° parallèle. (Lettre à M. Francis Garnier, datée de Yer-ka-lo, 13 décembre 1870. Bulletin de la Soc. de Géogr. VIe série, tome 11, 1871, p. 343-368).
— Observations thermomélriques et barométriques pour déterminer la hauteur de Yer-ka-lo. (Extrait d’une lettre datée de Yer-ka-lo, 20 déc. 1871. Bull., VIe série, tome 111, 1872, p. 683).
— Observations thermo-barométriques faites deYer-ka-lo à Bathang. (Lettres à M. Francis Garnier, Bull., VI” série, t. IV, p. 414-423, datées de Yer-ka-lo, 4 janv. 1872, et de Bathang, 15 janv. 1872).
— Mots principaux des langues des tribus qui habitent les bords du Lou-tse-kiang et de TIraouaddi, Yer-ka-lo, 26 mai 1872. Bull., VI” s., t. V, 1873, p. 145-150.
ET QUESTIONS GÉNÉRALES. 3ol
MM. À. Biet *, Dubernard 2 ; c'est à Mgr Biet que l’on doit de connaître la
— Zoologie et ornithologie du Thibet. (Note publiée eu 1873 par la Société d’acclimatation de Paris).
— Végétation des sommets au nord de Yer-ka-lo. (Lettre datée du 14 octobre 1872, Bull, de la Soc. de Ge'og., VI' s., t. VI, 1873, p. 332).
— Hauteurs approximatives de Yer-ka-lo et de Bathang. (Ibid., p. 333-336).
— Les sauvages Lyssous du Lou-tse-kiang par le P. Dubernard. (Lettre du P. A. Desgodins, Bull., VIe s., t. X, 1873, p. 53-66). Nombreux renseignements sur un voyage à Ta-so, importante capitale de la région des Lyssous, accompli en 1871. Les renseignements du P. Dubernard sur les races du pays où sont les sources supérieures de l’Iraouaddy complètent sur leurs points essentiels les renseignements du P. Desgodins-
— Itinéraire de Yer-ka-lo à Tse-kou, 8 nov. 1872. [Bull., VIe s., t. X, 1873, p. 337- 349). Description détaillée du voyage et carte à l’échelle 2 OQl o0o •
— Le cours supérieur des fleuves de VIndo-Chine. (Bull., VIe s., t. XII, 1876, p. 202- 205). Travail contenant des rectifications sur les positions de Bonga et de Tcha-mou-to, et de nouveaux renseignements sur les chaînes de montagnes situées entre le Kin-cha, le Lan-tsang, le Lou-tse et l’Iraouaddy. C'est M. Desgodins qui le premier a indiqué d’une façon précise la direction de ces montagnes.
— Notice sur le Thibet. (Lettre du 14 juin 1874. Bull., VIe s., t. XII, p. 315-326). Dans ce rapport, l’auteur rejette ses vues antérieures sur la jonction du Sampo et de l’Iraouaddy, et accepte, comme plus vraisemblable, la jonction du Sampo avec le Dihong. Il admet, d’autre part, que lTraouaddy prend sa source dans le district thibétain de Songngakieudzong.
— Pays frontières du Thibet , de la Birmanie et du Yun-nan. (Travail daté de Yer-ka-lo, 27 juillet 1873, ibid. p. 401-412).
— Rectifications d'une carte du Yun-nan et du Thibet oriental relative aux rapports du voyage de Francis Garnier.
— Notes géologiques , faites de Yer-ka-lo à Bathang, datées du 15 janvier 1875. (Ibid., p. 492-508).
— Territoire de Bathang. (Notes datées du 9 mai 1875. Ibid., p. 616-625). Détails statistiques, politiques et topographiques.
— De Yer-ka-lo à Tse-kou. (Travail daté de juillet 1876, Bull., VI” s., t. XIII, 1877,
p. 170-180). Guide très complet, .avec carte de Yer-ka-lo et de la région qui, de là, s’étend jusqu’aux environs de Ouy-si, à l’échelle de — , plus des indications haro-
métriques et des données géologiques).
— Notes sur le Thibet. (Travail daté du 28 mars 1877. Bull., VIe s. t. XIV, p. 429-433). Détails précieux sur le cours inférieur du Sampo et sur la principauté de Pomi.
— Notes sur un voyage de Bathang à Ta-tsien-lou. (Notes prises à l’aller, de septembre à octobre 1877, et, au retour, de novembre à décembre. Bull., VIe s., t. XVIil, 1879, p. 113-152).
— Lettre sur l'hydrographie et l’orographie du Thibet. (Yer-ka-lo, 1879. Bull, de la Soc. de géogr. de Lyon, t. III, 1880, p. 343-358).
Enfin, sous le titre de : La Mission du Thibet de 1855 à 1870, M. C. H. Desgodins a publié, d’après les lettres du P. A. Desgodins, un ouvrage contenant l’exposé des affaires religieuses de ce pays et des données politiques et géographiques.
La deuxième édition de cet ouvrage a paru en 1885 sous ce titre : Le Thibet d’après la correspondance des missionnaires (Lib. de Saint-Paul, Paris). Elle est assez différente de la première pour que l’on puisse la considérer comme un nouveau travail.
Pendant son second séjour aux Indes, à partir de 1885, M. Desgodins a publié un certain nombre d’articles dans les journaux de Calcutta ; nous n’en connaissons que la substance, mais sauf ceux qui concernent le thé, il ne sont guère, sous une forme ou sous une autre, que la reproduction des articles et des ouvrages dont nous venons de donner le catalogue.
1. Vocabulaire Lyssou recueilli à Tse-kou, par A. Biet, accompagné de notes, d’une introduction et d’un vocabulaire lyssou-français par le Mu de Croizier. Broch. in-4°, Saint-Quentin, Mouveau, 1883. (Extrait du tome I des Mémoires de la Société académique Indo-Chinoise).
2. Les sauvages Lyssous du Lou-tse-kiang. (Bull, de la Soc. de Géog. de Paris, VIe s., t. X, 1875, p. 55-56.)
ETAT ACTUEL
langue et l’écriture mosso ; l’évêque réussit, non sans peine, à se faire livrer par un ou deux sorciers de ce peuple quelques formulaires de prières ; et l'un de ces manuscrits fit sensation dans le monde des savants i.
Nos connaissances sur la très riche flore des Himalayas ont augmenté notablement depuis les explorations des missionnaires. Grâce à leurs collections botaniques, de nouvelles espèces ont été classées, et l’on a pu constater que la plupart des espèces alpines isolées sont des représentants appauvris de genres représentés dans les montagnes de l’Orient asiatique.
Parmi les animaux envoyés du Thibet oriental, beaucoup appartiennent à des espèces tout à fait spéciales à ces régions, et ils sont d’autant plus précieux qu’il n’a pas été précisément facile de les obtenir.
Par les soins de Mgr Biet, de MM. Déjean, Soulié, Genestier, Mussot, Dubernard, les galeries de notre Muséum se sont enrichies de plus de 600 peaux de quadrupèdes.
« De 1892 à 1895 seulement, dit M. Oustalet 2, nos collections ont reçu d’eux 1150 peaux d’oiseaux et 190 dépouilles de mammifères. »
En 1901, ce chiffre s’était élevé à 2.000 3.
Nous ne pouvons évidemment citer tous les noms des espèces ou des sujets, mais nous signalerons une paire de Lophophores, Lophophorus Lhuysii, deux paires de faisans oreillards blancs, Crossoplilon tibetanum 4, une petite panthère, F élis Bieli , trois espèces nouvelles de
1. Ces derniers considèrent aujourd'hui que les Mosso pourraient bien être les véritables autochtones de la Chine du sud, que les Tartares descendus du nord auraient repoussés peu à peu dans les montagnes du Yun-nan.
2 .Bulletin du Muséum d' Histoire naturelle, an. 1897, n° 6, p. 208.
3. Nouvelles archives du Muséum d' Histoire naturelle, an. 1901, 4 e série, t. 3, p. 270.
4. Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle, an. 1897, n° 6, p. 208 et Nouv. arch. du Muséum, an. 1901, 4' série, t. 3, p. 270. Après avoir reçu les Lophophores et les Crossoptilons, M. Milne-Edwards, directeur du Muséum, remerciait Mgr Biet en ces termes par une lettre du 20 mars 1892. » Je sais par expérience, lui disait-il, quelles sont les difficultés qu’éprouve le voyageur, lorsqu'il transporte avec lui des animaux vivants, et je suis étonné que vous ayez pu amener jusqu’en France des Lophophores et des Crossoptilons aussi délicats. C’est la première fois que nous les voyons en France. »
A ce sujet, nous extrayons des travaux de M. Oustalet les notes suivantes :
« Par l'examen des collections de Mgr Biet, qui renferment des nids, des œufs et des jeunes de diverses espèces, j’ai pu m'assurer qu’ autour de Ta-tsien-lou se reproduisent régulièrement le Coucou chanteur ( Cuculus canorus, L.), le merle de Gould ( Merula Gouldi, Prz), plusieurs Becs lins ( Ruticilla schisticeps, Hodgs.), ( Chimarrhornis leucocephala , Vig., Hodgsonius pliœnicuroides, Hodgs., Grandala cœlicolor, Hodgs., Tarsiger clirysœus, Hodgs., Herbivocula affinis, Tick.)...
» Je n’ai pas l’intention de passer ici en revue les espèces contenues dans les derniers envois de Ta-tsien-lou. Je constaterai seulement que les Merles, les Rubiettes, les Fauvettes, les Traquets, les Accenteurs, les Mésanges, les Timéliides y tiennent une large place indiquant le développement et la variété de la faune entomologique du Setchuan. Dans cette catégorie de Passereaux, certaines espèces, réputées jusqu'ici extrêmement rares, sont représentées par dix, vingt, trente ou quarante individus d’âges et de sexes différents. C’est le cas pour la magnifique « Grandala cœlicolor », dont les mâles portent une livrée d'un bleu d’outremer admirable, pour le Trochalopetron Ellioli. Parmi les Suthora, qui sont de plus petite taille que les lïeleromorpka, mais qui ont des mœurs analogues, je signalerai trois spécimens de Suthora alphon-
ET QUESTIONS GENERALES
lynx, et surtout le Rhinopithecus Bïeti, singe à poitrine blanche dont M. Soulié fit capturer sept spécimens '.
Un très grand nombre de collections de lépidoptères 2 et de coléop-
siana, dont M. l'abbé A. David n’avait pu se procurer qu’un seul individu, le seul, si je ne me trompe, qui existât jusqu'à ces derniers temps dans les musées de l'Europe-
» En résumé, les envois d'oiseaux faits par les missionnaires de Ta-tsien-Iou ont permis de constater la présence au Setchuan d’une centaine d’espèces qui n'avaient été signalées que dans la principauté de Moupin, ou même dans des provinces de la Chine, beaucoup moins rapprochées du Setchuan, et elles ont enrichi la liste des oiseaux du Céleste Empire d’au moins dix espèces, dont quelques-unes étaient nouvelles. Parmi celles-ci, la plus remarquable, assurément, est la Tetraogallus Henrici, magnifique Gallinacé qui vit dans le voisinage du glacier de Ta-tsien-lou, à plus de 4.000 mètres d'altitude et dont le dernier envoi renfermait encore deux spécimens » (Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle , année 1895, N0 7).
« Mgr Biet, évêque de Diana, qui avait déjà remis ou envoyé au prince d'Orléans un certain nombre d’oiseaux du Setchuan dont j'ai donné la liste (Annales des Sc. nat. Zoologie , 7e série, 1891, t. XII), a remis en 1892 au Muséum d'autres spécimens provenant, comme les premiers, des environs de Ta-tsien-Iou et appartenant les uns à des espèces que j’ai signalées précédemment, les autres à des espèces nouvelles pour la faune du Setchuan et même pour la faune de la Chine.
» Le dernier envoi fait par Mgr Biet au Muséum permet donc de porter de 56 à 76 le nombre des espèces actuellement connues, comme vivant aux environs de Ta-tsienlou, et d’augmenter de 9 le chiffre de 807 espèces indiquées par M. A. David et par moi comme formant le contingent de la faune ornithologique chinoise.» (Contributions à la Faune de la Chine et du Thibet , par M.-E. Oustalet, 2e série.)
« Dans les collections envoyées à Ta-tsien-lou, en 1896, par le R. P. Déjean, j’ai trouvé deux passereaux qui, en dépit de leur livrée modeste, présentent un grand intérêt, parce qu’ils constituent le type d’une espèce et d'un genre nouveaux offrant, à mon avis, des affinités, non seulement avec des passereaux de l’Asie méridionale, mais encore avec des passereaux africains, australiens et néo-zélandais. Je désignerai le genre sous le nom de Rhabdochlamys, à cause du dessin, du manteau, et l'espèce sous le nom de Rhabdochlamys Dejeani.
» Dans une note précédente, j'ai déjà fait connaître deux espèces nouvelles que j'ai trouvées dans un envoi provenant d’une autre localité du sud-ouest de la Chine, des environs de Tse-kou, dans le Yun-nan. Je signalerai aujourd’hui une troisième espèce dont les types faisaient partie du même envoi. Cette espèce dédiée au P. Genestier, l’un des membres de la mission de Tse-kou, se distingue facilement de toutes les autres espèces du genre Alcippe. » (Bulletin du Muséum d'Histoire naturelle , an. 1897, n° 6, p. 208.)
« Mgr Biet, qui avait déjà enrichi les collections du Muséum d’un grand nombre d'oiseaux du Setchuan et du Yun-nan, vient de faire adresser à cet établissement une importante série d’exemplaires recueillis à Ta-tsien-lou (Setchuan), par les prêtres de la mission. Quelques-uns de ces spécimens, préparés par les élèves chinois, sont arrivés en mauvais état et ne pourront être utilisés, mais beaucoup d'autres prendront place dans les galeries du Jardin des Plantes. Quelques-uns de ceux-ci appartiennent à des espèces nouvelles ou peu connues, sur lesquelles je désire appeler l’attention des naturalistes.» ( Bulletin du Muséum d' Histoire naturelle, an. 1898, n° 5 p. 221).
On trouvera également des renseignements sur les envois faits au Muséum par les missionnaires du Thibet, dans les articles de M. Franchet, intitulés : Les Carex de l'Asie Orientale. (Nouv. Arcli. du Muséum d'Hist. natur. ann. 1896, t. VIII, 3e série p. 179 et suivantes; ann. 1897, t. IX, 3e série, p. 113 et suiv. ; ann. 1898, t. X, 3e série p. 39].)
1. Le P. Soulié organisa de véritables battues dans la région d’A-ten-tse et de Tse-kou et des chasseurs fouillèrent la forêt du versant occidental de la chaîne, qui sépare la vallée du Mékong de celle du fleuve Bleu. Quelques mois après, il expédiait au Muséum d’importantes collections comprenant, avec beaucoup d’autres mammifères intéressants, mais déjà connus, sept spécimens des deux sexes, jeunes, adultes et vieux du grand singe si désiré.
2. Sur les Lépidoptères envoyés du Thibet, nous avons trouvé des renseignements publiés par M. Charles Oberthür dans les Annales de la Société entomologique,
Mission du Thibet. — II.
ÉTAT ACTUEL
tères 1 ont également été faites par les missionnaires du Thibet, et expédiées à notre Muséum et à des collectionneurs. Aussi, l’un de ces derniers, M. Charles Oberthiir, a-t-il pu écrire avec vérité 2 : « Actuellement, nous
Bulletin , 6e série, année 1883, p. XLXIII, Chelonkla Bieti , et même volume, p. LXXVI, Parnassius imperator , une nouvelle espèce de Limenitis envoyée de Tse-kou, même volume, p. CXXV11I. Voir pour d’autres espèces la même collection, ann. 1883, 6e série, vol. 5, p. CCXXY1. Id. Bullet., an. 1897, pp. 129-131. Description d'une espèce nouvelle de Tropaea. Id. Bulle L, an. 1897, pp. 173-171. Voir les Etudes d' Entomologie, ann. 1886, livraison XI : Lépidoptères du Thibet par M. Ch. Oberthür. Id. XXe livr., p. 68. Voir, dans l'appendice XXXVIII et XXXIX de notre présent ouvrage, Planche et notes de M. Charles Oberthür.
1. Sur les Coléoptères envoyés par les missionnaires du Thibet, soit au Muséum, soit à des particuliers, voir : Annales de la Société entomologique de France, ann. 1883. Bulletin des séances, 6e série, ann. 1883, t. 3, p. XL I II. Description des Coléoptères d'Asie et de Malaisie, par L. Fairmaire. An. de la Soc. ent., an. 1898, pp. 382-400.
2. Lettre de M. Charles Oberthür, juin 1902. Au sujet de l’origine de ses relations avec les missionnaires, et des études auxquelles il s'est livré sur quelques-uns de leurs envois, M. Ch. Oberthür nous a adressé les notes suivantes que nous nous faisons un devoir de reproduire :
« Désireux d'étendre nos connaissances de la faune des Lépidoptères d’Asie et confiants dans le bon accueil des missionnaires catholiques de Chine, dont nous avions appris à connaître la parfaite obligeance et le zèle pour le progrès des sciences, nous ne craignîmes pas, vers 1882, de demander à Mgr Biet de vouloir bien s’intéresser à nos travaux entomologiques et de faire recueillir, pour nous, des papillons autour de sa résidence.
» Avec une bonne grâce parfaite, Mgr Biet, déférant à notre désir, nous envoya quelques papillons récoltés au hasard et avec des moyens tout à fait rudimentaires.
,, Presque toutes les espèces représentées dans ce premier envoi étaient inconnues. 11 y avait entre autres un superbe Parnassius, que nous appelâmes Imperator, pour reconnaître sa prééminence dans le genre auquel il appartient. Malheureusement l’état de conservation des papillons était très défectueux, ce qui ne peut surprendre, si l’on considère que Mgr Biet n’était point entomologiste et qu'il n’avait même pas de filets à sa disposition.
» Nous lui fîmes parvenir du matériel et des instructions pour faire la chasse aux papillons. Le plus actif et le plus bienveillant concours nous fut assuré. Peu à peu, nous reçûmes des Lépidoptères, capturés non seulement à Ta-tsien-lou, ville dont l'attitude dépasse 2.174 mètres, mais encore dans la vallée chaude de Cha-pa, à Yer. kalo, à Bathang, à A-ten-tse et à Tse-kou.
» C’est alors que nous fîmes connaître dans la IXe livraison des Etudes d’Entomologie: les espèces nouvelles dont nous étions redevables aux missionnaires catholiques français.
» La XIe livraison de nos Eludes d’Entomologie (décembre 1886), fut entièrement consacrée à la faune lépidoptérologique du Thibet, avec 7 planches contenant les figures de plus de 50 espèces nouvelles
» A ce moment, un jeune Anglais, M. Leech, passionné pour l’entomologie et ayant déjà accompli lui-même des voyages en Asie, disposant d’ailleurs de moyens nécessaires, “jugea, d’après les résultats obtenus par Mgr Biet et ses honorables collaborateurs, qu'il y avait une riche moisson de papillons à faire au Thibet, et y envoya son compatriote, M. Pratt, à qui s’adjoignit un Allemand, M. Kricheldorfi'.
» Les missionnaires catholiques avaient été les premiers à défricher un champ jusqu’alors inculte. La publicité que nous avions donnée à leurs découvertes devait nécessairement éveiller le désir de profiter de l’expérience exclusivement due à leurs travaux.
» Les chasses de Pratt et Kricheldorfi, aidés de nombreux indigènes, donnèrent un butin considérable. Mais si beaucoup de nouveautés qui avaient échappé aux premières investigations des missionnaires français furent recueillies par Pratt et Kricheldorfi, les chasseurs indigènes, instruits par ces deux professionnels, purent à leur tour enseigner aux Chinois et aux Thibétains chrétiens employés par Mgr Biet et ses missionnaires, la méthode pour récolter les papillons en condition convenable ; dès lors, ce que nous continuâmes à recevoir du Thibet fut généralement utilisable pour la collection. » (Lettre de M. Charles Oberthür, juin 1902.)
ET QUESTIONS GÉNÉRALES
possédons des documents nombreux, fruit de laborieuses recherches, alors qu’il y a une trentaine d’années, les productions naturelles du haut Yang-tse restaient encore insoupçonnées. Certes, bien des volontés s’y sont employées, mais nous ne nous lasserons jamais de publier, et nul ne pourra contester, que les missionnaires catholiques ont ouvert la voie. Avant leurs explorations, personne ne savait ce qu’étaient la Faune et la Flore du centre de l’Asie. »
Ces travaux de chasse aux animaux et aux oiseaux rendaient des services moins élevés que ceux dont les savants reconnaissaient le mérite, mais plus appréciés d’un certain nombre de catholiques qu’ils aidaient à vivre. En effet, les missionnaires reçoivent généralement du Muséum ou des collectionneurs le paiement de leurs envois, et partagent la somme reçue entre les chasseurs qu’ils emploient ; c’est là une ressource, parfois assez grande, pour de pauvres gens, qui n’ont pu trouver à cultiver que des terres mauvaises et en petite quantité.
Avec les services scientifiques nous mentionnerons ceux que les missionnaires se sont empressés de rendre aux explorateurs des régions lointaines qu’ils habitent.
Mgr Chauveau n’a-t-il pas donné à Cooper tous les renseignements désirables? Gill, Mesny, Baber ont trouvé, près des prédicateurs de l'Évangile, le plus aimable accueil. N’avons-nous pas vu Mgr Biet avertir le comte Bêla Széchinyi 1 et ses compagnons de l’hypocrisie mandarinale et gouvernementale dont ils étaient dupes ? Les rares Français qui sont passés au Thibet ont gardé des ouvriers apostoliques le plus reconnaissant souvenir. « C’est à Mgr Biet, que le prince II. d’Orléans et moi, nous devons d’avoir pu achever notre expédition par le Tonkin, nous disait récemment le vaillant explorateur Bonvallot ; car, sans les soins qu’il nous prodigua, nous n’aurions pu nous remettre suffisamment de nos fatigues pour continuer notre itinéraire. »
Lorsque le prince H. d’Orléans retourna au Thibet avec le lieutenant de vaisseau Roux, les missionnaires les aidèrent à former leur caravane ; ils choisirent pour eux, parmi leurs chrétiens, des guides sûrs, presque des amis, qui parfois payèrent de leur vie leur dévouement aux compatriotes de leurs Pères spirituels : tels Doguiétsering, mort au pays des Nahong, et Guiamiong, mort à Calcutta.
Aussi le prince H. d’Orléans n’a-t-il fait que rendre justice aux ouvriers apostoliques en écrivant ces lignes 2 : « Nous avons contracté, à l’égard des missionnaires français, une dette de reconnaissance dont je ne me croirai jamais acquitté ; qu’il me soit permis au moins de leur rendre hommage une fois de plus. Sans eux, non seulement nous n’eussions jamais réussi, mais nous n’aurions jamais pu entreprendre cette expédition. »
Si Dieu garde aux apôtres du Thibet la récompense éternelle due à
1. Comte Bêla Széchinyi. — Die Wissenschaftlïschen Ergebnisse (seiner Reise in Ostasien 1877-1880). Erster Band. Die Beobachtungen Wàhrend der Reise. Mit 175 Figuren, 10 Tafeln und einer geologischen Uebersichtskarte. Nach dem im Jahre 1890 erscheinenen ungarischen Originale. Wien, Hblzel, 1893. Un vol. in-4° avec atlas.