Lettre de M. Moriniaux. Padong, 18 mai
2. A. S.-E., ann. 1883, n. 214, p. 292. Mgr Biet au directeur de l’OEuvre de la Sainte Enfance, 16 sept. 1882.
ET QUESTIONS GÉNÉRALES
quer la religion, ils doivent quitter leurs champs, leur pays, et venir s’installer dans d’autres provinces, où, regardés comme étrangers, ils auront plus de liberté. Ils n’apportent avec eux dans leur exil que leurs bras et leur bonne volonté ; il faut défricher des montagnes jusque là incultes, encore doivent-ils payer le droit de défricher. Malgré un rude travail, dès le mois de janvier, ils n’ont plus de céréales, ils vivent alors de raves sèches et de racines sauvages qu’ils recueillent dans la montagne ; au printemps, lorsque la verdure commence à sortir de terre, les jeunes pousses de fougère, la luzerne, les premières feuilles de sarrasin sont leur nourriture en attendant la récolte ; heureux ceux qui peuvent ajouter à ces maigres aliments quelques pincées de millet. Je connais bien des chrétiens qui, à cette époque de l’année, ne font qu’un repas par jour, et quel repas ! le régime des Trappistes serait pour eux un luxe auquel ils n’oseraient prétendre. »
Il semble que, parmi les esclaves rachetés, le fait d’être chrétien les a un peu relevés dans l’estime publique, et en 1880, Mgr Biet se plaisait à faire remarquer qu’un ancien esclave du Tsarong, Ago, avait pu obtenir en mariage la fille d’une famille payant tribut, c’est-à-dire aisée et honorable.
Au moins ces chrétiens si peu nombreux sont-ils bons? Ont-ils la foi robuste et active ? En général, il est permis de répondre affirmativement.
Ils suivent exactement la discipline établie dans la mission du Thibet sur l’observation des dimanches et des fêles, sur le jeûne et l’abstinence. Naguère le Vicariat avait sur ces articles les mêmes observances que les missions de Chine : les fêtes réglées en 1645 par Innocent X *, d’après les constitutions de Paul III 2 et d’Urbain VIII 3, pour les Indes occidentales et méridionales étaient nombreuses, et les jeûnes et les abstinences avaient lieu comme autrefois en Europe, mais un décret daté du 1er mars 1901 4, en réponse à une adresse collective des Vicaires Apostoliques du Su-tchuen et du Thibet, a permis de réduire à quatre les fêles d’obligation, savoir: la Nativité de Notre-Seigneur, l’Ascension, l’Assomption et la Toussaint, et de transférer au dimanche suivant les solennités de l’Epiphanie, du Saint-Sacrement et des saints Apôtres Pierre et Paul1 2 3 4. Un autre décret du 12 mai de la même année, sur la demande de Mgr Giraudeau seul, accorda aux chrétiens du Thibet l’autorisation d’user d’aliments gras, d’œufs et de laitage tous les samedis et toutes les vigiles dans lesquels le jeûne n'était pas prescrit, les dimanches de Carême à tous les repas, et les autres jours du Carême à un repas, excepté le mercredi et le vendredi, jours maigres, les jours de Quatre- Temps et les quatre derniers jours de la Semaine Sainte; d’user d’œufs
1. Collectanea constitutionum, tlecretorum , indultorum , Sanctæ Seclis ad usuin operariorum apostolxcovum Societatis Missionum ad Exteros. Hong-kong : Typis Societatis Missionum ad Exteros, editio altéra, 1898, p. 934, n° 1975.