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Padong. Lettre du 18 mai

ÉTAT ACTUEL

des chrétiens, auxquels manquent les moyens de faire quelques études. Pendant trois ou quatre ans, les fidèles de bonne volonté fournirent une légère contribution tout à fait facultative ; on eut ainsi un petit capital, qui produisit annuellement un intérêt que l’on peut maintenant employer régulièrement.

La société des Messes a pour but d’assurer à ses membres, par une cotisation annuelle de 40 sapèques, des messes après leur mort; une messe est célébrée chaque mois pour tous les défunts; de plus quatre messes sont dites pour chaque défunt.

Une autre société 1 s’occupe des mariages et des enterrements. Chaque sociétaire donne 600 sapèques au chrétien associé qui se marie ou marie un de ses enfants, mais pour un premier mariage seulement. Dans les enterrements, on donne aussi 600 sapèques pour le sociétaire qui meurt ou qui enterre un des siens. Alors même que ces sociétés ne réalisent pas toutes les espérances conçues, elles ont, du moins, l’avantage défaire naître l’esprit de corps ou de paroisse, et de mettre souvent les chrétiens en rapport avec le missionnaire, président de droit de ces sociétés. En effet, afin d’éviter tout inconvénient d’ordre financier, le prêtre administre lui-même les sociétés ; chaque année à Noël, il en fait connaître un état détaillé par une affiche placée sur la porte de l’oratoire.

Ces sociétés n’existent pas dans toutes les paroisses, mais elles fonctionnent régulièrement à Ta-tsien-lou, à Mo-sy-mien et à Cha-pa.

Dans le Thibet oriental ou dans le Thibet méridional, parmi les fidèles les plus fervents, les missionnaires rencontrent parfois des âmes élevées, d’une grande délicatesse de sentiments et profondément pénétrées d’esprit chrétien : telle était la famille de Pelgun, le catéchiste de Yerkalo.

Dans cette maison, le mari, la femme, les enfants, furent toujours extrêmement pieux ; tout, dans leur vie, semblait être réglé par des moli ’s de foi. Entre eux, Pelgun et sa femme Mamzi avaient fait cet accord, témoignage d’une piété bien vive : « Quand il plaira à Dieu d’appeler à lui l’un de nous, racontait Pelgun à M. Couroux2, le survivant devra s’efforcer de surmonter sa douleur et prier de tout son cœur pour aider le mourant à bien passer le jugement. En second lieu, il devra éloigner, autant que possible, les enfants qui, par leur présence et leurs larmes, pourraient distraire et troubler le malade, et ne les laisser approcher que lorsque celui-ci les appellera. »

L’occasion se présenta de tenir cette promesse. La femme de Pelgun, Mamzi, devint très malade. Un jour qu’elle semblait n’avoir plus que quelques instants à vivre, elle fit approcher d’elle sa fille aînée et, d’une voix mourante, elle lui dit : « Ma fille, Dieu m’appelle, je vais à lui avec joie ; dans un instant je serai partie ; écoute mes dernières paroles : Observe bien les commandements de Dieu et de l’Eglise pendant toute ta vie, obéis bien au prêtre, le père de ton âme ; sois bonne, douce, obéissante envers ton père, aie soin de lui jusqu’à sa mort, prie pour moi afin que je

1. Compte-rendu de la Société des Missions-Étrangères, an. 1887, p. 89.

2. A. M.-E., vol. 576'. Mgr Biet aux dir. du Sém. Ta-tsien-lou, 22 sept. 1886, citant une lettre de M. Couroux.

ET QUESTIONS GÉNÉRALES

sois moins longtemps dans le purgatoire. Voilà tout ce que j’ai à te recommander, le reste n’est rien. Maintenant, embrasse ta mère pour la dernière fois et retire-toi à l’écart, parce que tes larmes me troublent et m’empêchent de me préparer pour aller vers mon Dieu ; prie pour que je fasse une bonne mort, nous nous reverrons au ciel. »

» A sa seconde fdle, la malade fit les mêmes recommandations. Tous les assistants pleuraient; seul, Pelgun, à genoux près de la couche funèbre, ne versait pas de larmes, il priait avec ferveur et, de temps à autre, il s’interrompait pour engager les assistants à prieraveclui.il accomplissait ainsi fidèlement la convention passée avec sa femme. Soudain, la mourante dit d’une voix faible : « Si l’on me donnait de l'eau de Lourdes, peut-être que ma bonne Mère me ramènerait à la vie.» Le missionnaire lui fit aussitôt apporter l’eau qu’elle demandait, en l’exhortant à la confiance et à la résignation. A peine la mourante a-t-elle absorbé une gorgée de cette eau, que ses mains jusque-là crispées se détendent, sa respiration devient imperceptible, son cœur cesse de battre; alors les assistants éclatent en sanglots, mais le mari continue sa prière et dit à Mamzi : « Ne te trouble pas. Va avec confiance devant le bon Jésus, auprès de Marie. » » Croyant à une mort certaine, je récitai le Profîciscere, anima chris liana, et continuai à prier un instant. Mais voilà qu’au bout de quelques minutes, au grand étonnement de tous, la mourante ouvre les yeux et dit aux assistants : « Ne pleurez pas, je vais mieux. Marie notre bonne Mère m’a guérie. » Le surlendemain, elle demande une messe d’actions de grâces, à laquelle elle vient recevoir la sainte communion, et trois ou quatre jours après, elle commençait à vaquer à ses occupations. Si je ne crie pas au miracle, du moins je^crierai de toutes mes forces : « Gloire à Marie. »

Moyens et difficultés des conversions.

Difficultés dans le Thibet sud. — Dans le Thibet oriental. — Obstacles particuliers au Thibet. — La lamaserie. — Religion et patriotisme. — Espérances dans les nations occidentales. — Les Chinois. — ■ L’avenir.

Après l’examen que nous venons de faire des qualités et des vertus des chrétiens de la mission du Thibet, et de leur application à remplir leurs devoirs religieux, nous pouvons conclure que les populations auxquelles s’adressent les ouvriers apostoliques, sont capables, avec du temps, de la patience et des efforts, de pratiquer toutes les vertus préconisées par l’Evangile; le point le plus attristant n’a donc pas rapport aux dispositions des catholiques, mais au petit nombre des païens, qui, jusqu’à ce jour, ont reconnu et adoré le vrai Dieu.

Cependant, nous l’avons vu, quelque faible que ce soit ce nombre, il a

ÉTAT ACTUEL

été difficile de l'obtenir, et il est aussi difficile de l’augmenter, parce que les moyens de conversion, dont disposent les ouvriers apostoliques, deviennent trop souvent inutiles, en face des obstacles qu’ils rencontrent et des persécutions qu'ils subissent.

Cette question des moyens employés pour amener les Thibétains à la vérité, est loin de se présenter avec les mêmes développements que dans les missions de l’Inde ou de l’Indo-Chine, parce que le manque de liberté arrête le zèle des prédicateurs de l’Evangile.

Enseigner la religion catholique est, évidemment, au Thibet comme ailleurs, le premier moyen de conversion, mais de l’enseignement à la conviction, et de la conviction à la pratique, il y a loin.

Dans la mission du Thibet sud, commencée depuis une quinzaine d’années, où vivent trois races : les Népaliens, émigrés du Népal, les Lepclms, aborigènes du Sikkim, les Boutaniens qui appartiennent au tronc thibétain, les plus faciles à convertir jusqu’à ce jour ont été les Népaliens. Comme les Indiens des plaines, ils sont soumis au système des castes ; et cette situation, qui constitue tout d’abord un obstacle à leur entrée dans le catholicisme, les garde de l’apostasie, une fois qu’ils l'ont embrassé. En effet, un converti, qui voudrait retourner au paganisme, devrait racheter sa caste, chose très difficile et fort coûteuse, et, déplus, il serait méprisé par les païens eux-mêmes. Un Népalien, qui demande le baptême, accomplit donc un acte de courage et un très grand sacrifice. Aussi, quand il est devenu chrétien, abandonne-t-il ses anciennes superstitions, accomplit-il sérieusement ses nouveanx devoirs. Les Népaliens qui ont peuplé presque tout le Sikkim se sont avancés .fort loin dans Boutan, et ils sont nombreux à Lhassa. « Qui peut savoir, écrit M. Moriniaux ‘ , si à leur suite nous ne pénétrerons pas au Thibet. »

Dans le Thibet oriental, où depuis plus de 50 ans ont travaillé les missionnaires les plus nombreux, il y a des Chinois, des Thibétains, des Mossos, des Loutses, des Lyssous, etc. L’apostolat a fait des recrues parmi les Chinois, principalement dans les deux groupas de Tse-kou et de Tatsien-lou ; il pourra sans doute, afin d’augmenter leur nombre, profiter de la paix, si elle s’établit sérieusement dans cette partie de l’Empire du Milieu, ce qu’il faut espérer. Les Mossos et les Loutses sont représentés parmi les chrétiens des bords du Mékong et de la Salouen, mais leur soumission absolue, à leurs chefs, leurs vices, leurs habitudes superstitieuses arrêtent leur élan vers le catholicisme. Les Lyssous, qui parlent une langue particulière, n’ont pas encore été évangélisés.

Les chrétiens thibétains habitent surtout Yaregong, Yerkalo et Tse-kou; c’est vers ce peuple que ce sont principalement portés les efforts des ouvriers apostoliques. Afin d’encourager la faiblesse humaine, qui péniblement monte vers la vérité, les missionnaires ont recours à la charité ; ils aident les pauvres dans leurs besoins ; ils acquièrent des terres pour que leurs adeptes y vivent en fermiers tranquilles; ils soutiennent les droits de leurs néophytes, quand ils le peuvent, devant les Lribunaux des manda-

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