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Le Thibet, etc., 2e édit., p

ÉTAT ACTUEL

Aujourd’hui, d’ailleurs, il ne faut pas l’oublier, les questions de Chine sont internationales, presque toutes les puissances occidentales et les États-Unis prennent part à leur solution, qui n’en est pas devenue plus aisée et plus rapide.

Ne faut-il pas aussi se demander ce que penseraient les Thibétains, les premiers intéressés à un changement dans leur patrie ?

D’après M. Desgodins \ les lamas tiennent à la Chine parce qu’elle soutient leur autorité, à la religion bouddhique parce qu’elle les fait vivre ; mais s’ils étaient sûrs qu’un gouvernement étranger ne détruirait ni leur religion, ni leurs couvents, ils seraient loin d’être intraitables.

Les chefs thibétains sont à peu près dans ces sentiments; ils redoutent la conquête du Thibet par les Européens, parce qu’ils pensent que celte conquête serait la ruine de leur autorité ou de leur fortune, exagération évidente, car les Européens auront besoin d’eux pour gouverner.

Quant au peuple, il faut distinguer entre les riches, qui partagent l’opinion des lamas et des chefs, et les pauvres, qui se mettront tout simplement du côté du maître, qu’il soit Thibétain, Chinois ou Européen.

Il n’est pas inutile d’ajouter que l’influence de notre civilisation se glisse peu à peu au Thibet, à mesure que l’action des missionnaires se fait sentir dans le peuple, qui compare leur existence digne et honnête à la vie peu morale de ses lamas, leur charité et leur justice à l’égoïsme et aux impostures de ses chefs.

Enfin des Thibétains commencent à avoir une idée du patriotisme autre que celle dont leurs pères étaient imbus.

Plusieurs vont, chaque hiver, visiter les marchés de leur frontière méridionale, et parfois ils poussent, en chemin de fer, jusqu’à Calcutta. Ils ne sont pas frappés seulement de la richesse des Anglais, mais aussi de la liberté et de la sécurité dont jouissent les indigènes sous leur gouvernement. Ils pensent, à la vue des belles plantations de thé de ce coin de l’Hindoustan, qu’eux aussi, sous un régime de liberté, pourraient s’enrichir sans crainte de perdre le fruit de leurs labeurs. De retour chez eux, ils racontent ce qu’ils ont vu, ils y ajoutent leurs réflexions, et jettent ainsi, dansl’àme de leurs compatriotes, des idéesqui germeront lentement, mais sûrement. N’est-ce pas, en effet, le sort de beaucoup de choses en ce monde de commencer faiblement, de grandir péniblement, de s’affermir au milieu des contradictions et des luttes, mais de finir par triompher, parce que l’esprit humain est ainsi fait que les formes anciennes ne suffisent pas à son activité, à son désir de changement, nous dirions volontiers à son besoin de perfection ; parce que de l’étincelle divine qu’il a gardée, il veut allumer un foyer nouveau dont le rayonnement réchauffe et illumine ? Et de toutes les idées qui naissent dans un cerveau et qui sont partagées et soutenues par d’ardents propagateurs, combien y en a-t-il qui ne s’accomplissent pas et demeurent à l’état de rêve ? On les pourrait compter. Ce n’est pas une théorie, o’est un fait d’expérience, et, pour s’en

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