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Le Thibet, etc. 2e édit. pp

ET QUESTIONS GÉNÉRALES

convaincre, il suffit de regarder autour de soi et de voir, dans le monde intellectuel, la réalisation de projets longtemps considérés comme des impossibilités ; dans le monde moral, les changements obtenus à force de volonté; dans le monde politique, la marche et le progrès incessants de ceux qui, hier, étaient la minorité et aujourd’hui sont la majorité ; et' si l’on veut monter plus haut n’est-il pas loisible de considérer les nationalités faibles mais tenaces, prenant leur essor et dominant celles qui furent prépondérantes et qui meurent.

Un jour cette évolution, que l’on constate partout, se fera certainement sentir au Thibet, elle renversera les barrières, si soigneusement élevées et si jalousement gardées, qui séparent ce pays de notre monde occidental; elle fera cesser son isolement voulu depuis des siècles ; elle produira des transformations dont notre regard ne saurait mesurer la profondeur et les conséquences.

Mais ce n’est pas tout, et, à vrai dire, ce n’est pas en cette loi des choses humaines que réside notre espoir, c’est en une autre force incomparablement plus haute et plus irrésistible : la grâce de Dieu qui agit sur les peuples et sur les individus et qui peut à elle seule les conduire vers la pleine lumière de l’éternelle vérité. Pourquoi donc le Thibet demeurerait-il en dehors de la sainte universelle Église de Jésus-Christ? Pourquoi le sang versé sur le Calvaire n’aurait-il pas, dans cette région encore mystérieuse de l'Asie centrale, sa vertu rédemptrice? Pourquoi les hommes ne verraient-ils pas, une fois de plus, la petite pierre, détachée de la montagne par la toute-puissance d’En-Haut, briser la statue gigantesque et devenir la base d’un monument grandiose ?

C’est vers le Ciel que, bien des fois au cours de leur rude carrière, les missionnaires du Thibet ont dirigé leur pensée, c’est vers le Ciel qu’en déposant la plume qui a raconté leurs travaux et leurs douleurs, nous élevons la nôtre, parce que du Ciel vient toute victoire sainte et que la victoire, nous la souhaitons à plein cœur, aux apôtres de Ta-tsien-lou, de Bathang, de Yerkalo, de Tse-kou et des stations disséminées sur les rives du Fleuve Bleu, du Mékong, de la Salouen, au milieu des monts Himalayas.

En attendant cet avenir, les missionnaires ont, en dehors même des contrées où règne le lamaïsme, un pays où l’élément chinois est largement représenté dans une partie de la préfecture civile de Ta-tsien-lou et dans la province du Yunnan. Là, règne le mandarin, moins puissant, moins hostile que le lama ; là. le couvent bouddhique pèse d’un poids moins lourd sur les intelligences, sur les consciences, sur la vie entière de milliers d’hommes ; le travail apostolique s’y peut donc faire ; nous ne disons pas qu'il s’y peut faire aisément, nous savons que la liberté religieuse est loin d’exister en Chine aussi complète qu’elle le devrait, et si nous étions tentés de l’oublier, le sort souvent malheureux des missions du Su-tchuen, voisines du Thibet, nous le rappellerait ; néanmoins, dans l’état actuel des choses, il est moins difficile d’amener à la foi véritable des Chinois que des Thibétains, et les conversions que nous voulons entrevoir seraient pour les prédicateurs de l’Évangile une consolation et une joie, qui leur permettraient d’attendre plus patiemment la réalisation des paroles de Mgr Chauveau au

ÉTAT ACTUEL

début de son épiscopat 1 : « Ceux de nous qui sont jeunes verront nos successeurs à lviangka, leurs frères verront nos neveux à Tchamouto ; heureux celui qui ira mourir le premier à Lhassa. »

1. A. M.-E. vol. 556 a. Mgr Chauveau à MM. les missionnaires du Thibet, Ta-tsienlou, 27 décembre 1865.

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