C’est en 1862. — 2. A. L. F. P. Thibet
LE SECOND PROCES DE BONGA
A la lettre de Bellonet, le prince Kong répondit le 9 septembre 1 :
En réponse à la communication officielle du noble chargé d’affaires relative au pillage de l’habitation des missionnaires à Bonga, et au meurtre de M. l'abbé Durand, m’informant, en outre, que dans la réponse qui vient de lui être envoyée par son gouvernement au sujet de ce même événement, il a été invité a poursuivre cette affaire, le gouvernement français étant d’opinion que, vu la proximité de Bonga des frontières du Yun-nan et du Su-tchuen, si les autorités supérieures de ces provinces avaient voulu s’occuper sérieusement de la solution de cette affaire, elles n’auraient certainement rencontré aucune difficulté ; il me prie, pour cette raison, d’inviter notre ministre résident au Thibet, le vice-roi du Su-tchuen et le maréchal de Tehen-tou de ne rien négliger pour hâter la fin de ce procès. Je vois que j’ai déjà fait une première démarche dans ce sens, au reçu de la première communication du noble chargé d’affaires, ainsi que les archives en font foi, et que S. Ex. Lin2, notre résident au Thibet, dans sa lettre en date de la 11e lune de l’année passée (janvier 1866), m’annonce que, sur la plainte portée par M. l’abbé I’age, il avait déjà mis le Dalaï-Lama en demeure de faire une enquête sur cet événement, en même temps qu’il le portait à la connaissance du vice-roi du Su-tchuen et du maréchal de Tchen-tou. Sur ses instances réitérées, le Dalaï-Lama le prévint que Bonga étant distant de Lhassa de plus de 7.000 lis, ses délégués avaient besoin au moins de plusieurs mois avant de lui communiquer le rapport du chef du village de Bonga, ce qui détermina notre résident à dépêcher deux nouveaux délégués, le percepteur des impôts de Bathanget le commandant du poste militaire de Tchraya, et àlesadjoindre aux premiers délégués à Bonga pour faciliter les recherches dans cette affaire.
En août dernier, je réitérai mon invitation auprès de notre résident ; comme il y a mort d’homme, ce procès est trop sérieux pour rester en suspens ; je le fais encore de nouveau sur la demande du noble chargé d’affaires.
Je prendrai seulement la liberté de lui faire observer que le passage de la dépêche ainsi conçu : « Pendant la première année du règne de l’Empereur Tong-tche, nos missionnaires firent l’acquisition d’un terrain à Bonga, pour y construire une église catholique, et ne rencontrèrent aucune opposition de la part des autorités chinoises ou thibélaines. M. de Kleczkowski le fit savoir à mon gouvernement, ce qui a motivé l’invitation qui m’est faite de poursuivre » n’est nullement d’accord avec le contenu des communications échangées à cette époque, soit entre mon ministère et la légation de France, soit entre les autorités thibétaines ou les hauts dignitaires du Su-tchuen, où il n’est pas une seule fois fait mention de l’intention qu’auraient manifestée ces missionnaires d’élever une église à Bonga.
Il y est rappelé seulement que les missionnaires Lo et Tin (Renou et Desgodins) résidant déjà depuis trois années à Bonga, Balhang, Tchamouto et Kiangka, il n’aurait pas été convenable de les en expulser et de les ramener sur le territoire chinois ; aujourd’hui que les lamas se sont permis de piller et de détruire leur maison de Bonga et de mettre à mort le missionnaire Durand, il est de toute justice d’obtenir satisfaction ; c'est pourquoi j’ai demandé une enquête des plus minutieuses, ce qui n’est malheureusement pas chose aussi aisée qu’avec les habitants des provinces de l’intérieur de la Chine, car il faut avant tout se concilier le bon vouloir des peuplades indépendantes avec lesquelles il est difficile d’entrer
1. A. L. F. P., Le prince Kong à M. de Bellonet, 9 septembre 1866.