Tchen-tou, 16 mai 1875. — 2. Nom chinois de Mgr Chauveau
Mission du Thibet. — II. 8
DESTRUCTIONS ET REPARATIONS.
Je vous remercie grandement et avec respect des informations que vous m’avez transmises à ce sujet.
Quant aux affaires de Kiangkaet de Bonga, elles relèvent de lajuridiction du Thibet. Autrefois, dans la 7e année de Tong-tcbe (1868), la seconde IVe lune \ j’avais reçu des dépêches du légat impérial Kin, résidant à Lhassa, avec une lettre officielle venue du Népal, ainsi que la première réponse manuscrite. Alors le maréchal Tsong, nommé à d’autres emplois depuis ce temps, commanda au tao-tay de Tchen-tou de donner connaissance à l'évêque Hong de ces faits.
Après cela, dans la septième lune de cette même année, 7e de Tong-tche, le maréchal Tsong, ayant reçu les dépêches du Tsong-li-yamen, écrivit au légat impérial, résidant à Lhassa, pour qu’on eût à examiner mûrement et à traiter cette affaire. Le légat, après avoir gouverné quelques années, n’a adressé aucune lettre sur cette matière.
Depuis que ces événements ont eu lieu, plusieurs années se sont écoulées, l’époque en est déjà lointaine, on en a presque perdu le souvenir. En oulre, ces affaires appartiennent au Thibet. J’espère donc que vous écrirez à l’évêque Hong qu’il n’ait pas à insister, puisque les faits sont désormais à l’état légendaire. On évitera ainsi beaucoup d’embarras pour l’avenir. Tels sont mon ardent désir et la raison pour laquelle je m’empresse de vous répondre.
En conséquence, je vous souhaite toutes les prospérités.
Cette réponse ne contenait rien qui pût étonner Chauveau. Son but de rappeler l’affaire de Bonga était atteint ; il se contenta de protester contre certaines paroles du gouverneur, et accepta la décision de ne pas recommencer le procès 1 2 :
Le gouverneur nous oppose un refus, mais il faut avouer qu’il l’accompagne au moins de quelques formes polies, presque paternelles. La plainte serait accueillie si l’on insistait, mais je ne crois pas que ce soit le moment de le faire. Toutefois, il y a dans la lettre du gouverneur une assertion contre laquelle je dois protester. 11 y est dit qu’il y avait eu à Bathang des dissensions et des rixes entre les missionnaires et les Thibétains. Evidemment, on a surpris la bonne foi du haut fonctionnaire qui nous a montré assez de bienveillance depuis un an, pour qu’on ne puisse soupçonner une invention calomnieuse de sa part. Mais, en fait, ceci est très faux; jamais nous n’avons eu, ni à Bathang ni ailleurs, des dissensions ou des batailles avec qui que ce soit.
Dans les premiers jours du mois de juin, Mgr Chauveau quitta Tchentou et, le 21 du même mois, il était de retour à Ta-tsien-lou. Il ne s’était pas trompé en pensant que son voyage à la capitale du Su-tchuen et ses entrevues avec M. de Roquette auraient quelque retentissement et accentueraient les dispositions favorables des autorités chinoises. Lorsque, deux jours après son arrivée, il alla rendre visite aux mandarins chargés de traiter le procès de Bathang, il reçut un accueil empressé et, de suite, il fut convenu que la première conférence pour étudier la solution de l’affaire se tiendrait le 27 juin, à 4 heures du soir, entre l’évêque et les trois com-
1. Les Chinois divisent l'année en mois lunaires, et ils ajoutent sept fois en 19 ans une lune intercalaire, savoir : à la IXe lune pour la 3’ année, à la VIe lune pour la 6e année, à la IIIe lune pour la 9= année, à la IVe lune pour la 11e année, à la Ve lune pour la 14e année, à la Vie lune pour la 17e année, à la Vile lune pour la 19e année.