Vie de Mgr Chauveau , p
DU THIBET PAR MGR CHAUVEAU
de la mort de leur chef. Sous la même inspiration, les mandarins envoyèrent quelques présents, de la cire, des parfums.
Le ministre de France à Pékin, M. Brenier de Montmorand, écrivit à M. Déjean, secrétaire du prélat 1 :
J’ai toujours fait tous mes efforts pour protéger votre mission ; mais l'éminente sagesse de Monseigneur Chauveau, et l’influence que lui avaient acquise sa haute vertu et sa modération, n’ont pas peu contribué à maintenir le calme dans son Vicariat apostolique. Son successeur peut compter sur l’appui de la légation, et je ne doute pas que le souvenir de Monseigneur Chauveau comme l’exemple qu’il laisse, joints aux efforts que je ferai, permettent au nouveau provicaire de continuer sa tâche avec un égal succès.
L’appréciation de M. Brenier de Montmorand était celle de tous les missionnaires du Thibet. Mgr Chauveau avait été un administrateur très modéré, et dans les circonstances difficiles où se trouvait son Vicariat, cette modération était une grande sagesse.
Il porta cette modération partout, dans ses rapports épistolaires aussi bien que dans ses relations personnelles. Il l’enseignait aux missionnaires, et souvent il répétait à ceux qu’il voyait : « Un mandarin hostile que l'on n’a pas froissé peut nous rendre service et devenir un ami ; mais un mandarin que l’on a blessé est un ennemi mortel. »
Toujours très digne de parole et de tenue, il était fort estimé des mandarins chinois pour qui le décorum est presque la première des qualités ; il eut avec eux les meilleures relations. Invité à dîner chez eux, il acceptait quelquefois et ne manquait jamais de bénir la table. La première fois qu’il le fit, un officier parut s’en étonner. Voulant répondre à sa pensée et peut-être aussi à celle de tous les assistants, l’évêque se tourna vers le préfet, et, avec un sourire qui achevait ses paroles, il fit la remarque que, dans un de ses ouvrages, Confucius enseigne qu’il faut remercier le Ciel de ses dons. Les mandarins ne pouvaient que s’incliner.
À l’administration de son Vicariat, qui se composa surtout de lettres à ses missionnaires, aux mandarins, au consul de France à Han-keou, à notre ministre à Pékin, Mgr Chauveau joignit le travail de simple missionnaire pour les chrétiens chinois de Ta-tsien-lou, les confessant, les instruisant, et formant, parmi eux et parmi les Thibétains, un chœur de chanteurs. Il fit aussi les fonctions de procureur de la mission : il s’occupait des commissions et préparait les caisses qui devaient être expédiées aux ouvriers apostoliques de Bat.hang, de Yerkalo, de Tse-kou. Il agrandit et réinstalla la petite maison chinoise que M. Goutelle lui avait laissée. Il fit aussi quelques petites réparations à la résidence de Ta-lin-pin, qu’avait installée Mgr Thomine, et où il allait passer une partie des hivers, moins rigoureux dans cette station qu’à Ta-tsien-lou.
Jugeant que s’occuper de science était un excellent emploi de ses loisirs, il envoya divers produits du Thibet à plusieurs sociétés savantes, quelques espèces rares de faisans, des remèdes, etc...; aussi la Société d’Accli-