‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 48 sur 170 · A. M.-E., vol · texte numérisé non relu

A. M.-E., vol

L’ÉPISCOPAT DE MGR BIET

loi

réussi, personne, pensaient-ils, ne pouvait leur résister. Ils résolurent donc d’expulser les missionnaires.

« Il est vrai, disaient-ils *, en essayant d’ameuter contre eux la population, il est vrai qu’ils n’ont pas essayé de pénétrer sur le territoire soumis à Lhassa, mais ce sont eux qui ont invité les Autrichiens à venir. C’est encore eux qui ont appelé les Russes ; ils sont cause que deux Américains viennent de demander et d’obtenir des passeports à Pékin pour entrer au Thibet ; enfin, les Anglais doivent traverser le Thibet cette année, c'est encore leur œuvre. On va se venger sur eux des tentatives faites par les Autrichiens, les Russes, les Anglais et les Américains. »

Les chefs thibétains de Rathang craignirent-ils d’encourir la colère des lamas, parce qu’ils laissaient en paix les prédicateurs de l’Evangile sur leur territoire, ou bien fut-ce une simple comédie préparée entre eux et les lamas ? toujours est-il qu’ils adressèrent aux grands couvents de Lhassa une lettre affirmant qu’ils demeuraient fidèlement attachés à la religion de Rouddha. Quelques semaines plus tard, ils reçurent une réponse, et, quoiqu’ils ne fussent pas de droit soumis aux autorités lamaïques, celles-ci leur enjoignaient d’expulser les prêtres étrangers, qu’elles chargaient de grossières injures et de stupides accusations.

Nous donnons la traduction de cette pièce 1 2 :

Le 16 de la lre lune (25 février 1880), nous avons recula lettre des deux chefs de Rathang, déclarant qu’ils n’abandonneraient jamais la religion des lamas, et qu’ils subiraient la mort plutôt que d’embrasser la religion des diables d’Occident. Cette déclaration nous prouve que vous avez bien distingué entre le remède et le poison. Voici la cause de cet édit :

Des démons d’une religion-étrangère (les missionnaires catholiques) ont envahi le territoire de Rathang, et ils vous ont trompés par leurs embûches. Ce sont eux qui donnent la stérilité à vos champs, ils engendrent et créent pour les riches toute espèce de calamités et de maladies, à tous les hommes ils envoient la famine et tous les malheurs.

Vous tous, habitants de Rathang, vous êtes vraiment stupides, puisque vous recevez ces démons dans votre pays, et que vous leur permettez d’y vivre. Avant que ces démons de la pire espèce vinssent chez vous, vous étiez tous bons ; maintenant que, Chinois et Thibétains, vous vous êtes mis à leur suite, vous êtes tous devenus méchants et d’un cœur pervers. Vous, chefs, vous êtes devenus les grands amis de ces démons, n’ètes-vous pas assez instruits par les anciennes calamités qu’ils ont fait tomber sur voire pays? Parce que vous avez échappé à ces premiers périls, vous les oubliez, et, dans votre aveuglement, vous ne pensez pas aux désastres qui vont fondre sur vous. Sachez donc que ces prédicateurs de religion sont des fleuves cruels qui vous entraînent dans un affreux précipice. Mais vous êtes inconstants, et vous ne savez pas achever ce que vous aviez bien commencé. Le Thibet approche de sa ruine, les dieux sont outragés par ces hommes pervers, le bonheur et la félicité vont disparaître du Thibet. Il est donc nécessaire de chasser de tout le pays ces prédicateurs étrangers. Nous, le roi de Lhassa et les grandes lamaseries de Lhassa, nous avons fait le pacte et le sermenfsolennels de ne jamais permettre aux démons de cette religion étrangère d’entrer dans notre pays. Vous avez reçu de l’empereur l'ordre de laisser pénétrer les étrangers au Thibet; pour nous,

1. A. M.-E., vol. S56f. Mgr Biet à M. Martinet. Ta-tsien-lou, 13 avril 1880.

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