A. M.-E., 2 vol. 556 . Traduction de Mgr Biet
LES PREMIÈRES AîVNÉES DE
après avoir fait conseil, nous ne le permettrons pas. Si vous apprenez que des étrangers arrivent à nos frontières, il faut les chasser tout de suite, et ne permettre à personne d’embrasser leur religion. Nous ne permettrons jamais aux diables d’Occident d’entrer au Thibet ; ceux qui auront l’audace de les aider, nous les punirons sévèrement; si les Européens veulent entrer par force, nous préférons mourir tous plutôt que de le permettre. Nous en avons fait le pacte et le serment solennels, en présence du résident impérial chinois, ce que l’empereur n’ignore pas.
Il est donc nécessaire d’entraver et de chasser les Européens, car, nous tous, lamas et Thibétains, nous avons reçu notre religion du Ciel, et nous vivons par le bienfait du grand empereur de Chine. Et vous, chefs de Bathang, réfléchissez, si vous êtes assez stupides pour ne pas comprendre nos paroles, cherchez la doctrine auprès de ces prédicateurs grossiers. Ne savez-vous pas que le grand empereur a embrassé notre religion ? Pourquoi songez-vous à la rejeter et à agir ainsi contre nous et contre le roi de Lhassa? Le vice-roi du Su-lchuen, le maréchal, le résident impérial Song-ta-jen connaissent le sentiment de tous les lamas et des Thibétains. Ils savent pourquoi nous ne pouvons permettre aux Européens d’entrer au Thibet. Vous, puisque vous êtes les chefs de votre pays, vous avez certainement reçu les ordres du mandarin civil et du colonel de Bathang.
Nous avons encore autre chose à vous dire. Ces Européens sont des hommes scandaleux, des enfants de prostitution, issus de la plus vile canaille du monde. Ils se sont emparés des maisons et des terrains du peuple, et ils chassent le peuple de son pays.
Le mandarin civil de Bathang, Tchao, en vous faisant violence, a reconstruit leurs maisons que vous aviez incendiées b
Son but, en agissant ainsi, a été de monter en grade; ne l'imitez pas.
Au commencement de la lettre que vous nous avez envoyée, vous dites que vous n’embrasserez jamais la religion des étrangers ; vous dites ensuite qu’en chassant les Européens, vous craignez de perdre votre dignité. En lisant votre lettre, nous avons tous ri de votre pusillanimité. Ouvrez donc maintenant les yeux de votre intelligence, lisez les livres de notre religion, vous verrez que vous ne pensez qu’à la félicité mondaine, aux honneurs, et que vous ne songez pas à votre âme. Vous êtes des hommes à une bouche et à deux langues; après votre mort et votre sépulture, la renommée de votre lâcheté sera divulguée partout. Le souvenir en sera conservé éternellement.
Nous ne savons vraiment pas comment vous pouvez être d’une telle inconstance, semblables à des pailles agitées à droite et à gauche par le vent. 11 est vraiment insensé et stupide, celui qui vous a donné le conseil de nous écrire comme vous avez eu l’audace de le faire; mais, ce qui est encore plus stupide et plus audacieux, c’est que vous ayez apposé votre sceau sur cette lettre. Nous voyons clairement que vous dites une chose et que vous en pensez une autre. Vous nous avez écrit sans aucun respect, brièvement, sans clarté ; vous nous témoignez du mépris.
Vous dites que vous avez reçu votre dignité du grand empereur de Chine, que vous jouissez de ses bienfaits ; qui vous demande ces détails?
Nous pensons par là que, vous et votre peuple, vous avez l’intention de vous révolter contre notre religion pour embrasser une religion étrangère; mais, sachez-le bien, nous allons chasser ces hommes pestiférés; les ordres sont donnés secrètement, ne dévoilez à personne notre complot.
Désormais, agissons donc d'un commun accord contre ces Européens qui violent notre territoire.
La quatrième année de Kouang-su, des Anglais, hommes déjàdignes de