Allusion à la persécution de
L’ÉPISCOPAT DE MGR B1ET
mort, ont essayé d’entrer au Thibet; nous les avons chassés. L’an dernier, des hommes du pays des Magyars ont fait la même tentative; il ont dû reculer devant les remontrances de nos envoyés ; nous leur avons déclaré que, Chinois et Thibétains, nous étions décidés à chasser tous ces démons d’Européens, que les Lamas de Kiangka et du Tsarong étaient résolus de ne jamais les laisser entrer de nouveau. Et pourtant il y a encore de ces diables d’Européens dans votre pays de Bathang; il esta craindre qu’ils ne veuillent de nouveau passer la frontière.
Nous avons ordonné autrefois aux chefs de notre frontière de les empêcher d’entrer ; le roi de Lhassa et nous, après avoir fait conseil, nous venons encore de donner cet ordre au peuple et au gouverneur de Kiangka; nous vous avons conseillé en secret de les chasser de chez vous, et d’envoyer des hommes garder tous les passages, afin qu'ils n’entrent plus sur votre territoire; et vous, au lieu de suivre nos conseils, vous les recevez avec honneur, vous les protégez, vous les escortez avec pompe. Vous êtes de vrais démons, puisque vous protégez ces démons venus de l’Europe, malgré l’ordre de l’Empereur, et que vous repoussez les hommes que nous vous envoyons pour garder les passages.
Ce qui est plus audacieux, c’est que l’un de vous a proféré des paroles insolentes contre nous. Nous ne pouvons pas ne pas en tirer vengeance; car tout est noté, et rapporté au roi de Lhassa. Vous vous excusez disant qu’on a fait contre vous un faux rapport; saisissez donc le menteur, et livrez-le nous; nous le punirons selon sa faute.
Pour nous, gardiens du royaume du Thibet et des pays thibétains indépendants de Lhassa, nous sommes unanimes dans notre résolution.
Vous, chefs de Bathang, vous êtes des lâches, puisque vous avez fait amitié avec ces hommes scandaleux, sortis de l’enfer, puisque vous leur livrez votre pays. Comment êtes-vous aveugles au point de les aimer, au point de ne faire qu’un avec ces démons scandaleux?
Vous deux, chefs de Bathang, vous êtes enivrés de leur poison. Ces démons européens sont-ils vraiment des hommes ? Vous n’y pensez pas. Tout le monde les a en horreur, tout le monde les déteste ; vous, au contraire, vous vous joignez à eux. Vos prédécesseurs, fidèles observateurs de notre religion, ont tous eu une bonne fin. Ennemis des Européens, ils sont parvenus au lieu de la félicité. Ils se confiaient aux dieux de notre religion, mais vous, vous ne croyez plus à nos dieux.
Jurez donc par nos dieux de ne jamais suivre la religion de ces démons, obéissez à nos dieux et non à ces hommes pervers ; tous les biens que vous désirez sur la terre, vous devez, comme nous, les demander à nos dieux et avoir confiance en eux. Ouvrez enfin les yeux, jusqu’ici vous étiez des aveugles, nos dieux vous éclaireront.
Il faut que vous donniez un ferme témoignage de ne pas suivre les Européens ; il faut vous repentir du passé, en présence de nos dieux et de tous les lamas ; il faut avouer que vous vous êtes trompés, en vous liant d’amitié avec les étrangers, en les protégeant, en conversant avec eux, etc..
Vous nous avez envoyé votre conseiller et un lama pour nous dire que vous craignez d’offenser l’empereur, que jamais vous ne vous attacherez aux Européens ; à l’avenir, n’ayez donc plus de rapport avec eux et ne troublez plus le pays de Bathang.
De bouche vous dites que vous croyez à notre religion, mais de cœur vous n’y croyez pas, car, par vos lettres, nous voyons que vous êtes amis des Européens.
Voilà ce que nous avions à vous dire. Désormais, gouvernez bien votre peuple, cela suffit. Si, à l’avenir, vous aidez encore les Européens qui s’efforcent d’entrer au Thibet, nous nous déclarerons vos ennemis, car vous devez nous obéir.
LES PREMIERES ANNEES DE
Il y a encore une grave affaire: Autrefois nous avons chassé du Tsarong (de Bonga) ces démons d’Européens, avec prohibition de ne jamais revenir sur notre territoire ; et vous, vous leur avez donné asile à Bathang. A l’occasion de cette expnlsion, les mandarins chinois de Bathang ont écrit au vice-roi du Su-tchuen ; le vice-roi nous a écrit ; nous avons traité ce procès à Bathang, nous avons confirmé l’expulsion des Européens ; pourquoi avez-vous continué à les admettre chez vous?
Vous dites que vous êtes les sujets du grand empereur de Chine, que le vice-roi du Su-tchuen est votre supérieur : qui vous demande ces choses ?
Enfin, gouvernez sérieusement votre peuple, jurez et faites serment solennel de ne jamais suivre ces démonsd'Européens et de ne jamais rien faire qui soit contre nos ordres.
Souvenez-vous de vos prédécesseurs qui ont agi avec justice, méditez sur notre religion et vous comprendrez bien vite que vous vous êtes trompés et enivrés de poison.
Cet édit a été donné d’un commun accord par le roi de Lhassa et par les trois grandes lamaseries Gaden, Sera, Djrepong, le 17 de la première lune (26 février 1880).
Suivaient les cachets des trois lamaseries, et, pour le roi de Lhassa, celui de Chiangazé, chef militaire.
Trois jours plus tard, une seconde lettre plus importante et mieux rédigée fut adressée par les auteurs de la première aux chefs thibétains, civilement indépendants de Lhassa et tributaires de la Chine, à toutes les lamaseries soumises à la Chine et en dehors de la juridiction temporelle de Lhassa. Le but de cette pièce, comme celui de la précédente, était d’exciter la haine contre les Européens, spécialement contre les prédicateurs de l’Evangile etde réussira les expulser. Nous nous reprocherions de n’en pas donner la traduction intégrale, car, mieux que beaucoup d’autres, elle nous peint les sentiments des lamas à l’égard du catholicisme et des missionnaires ’ :
Le roi de Lhassa et tous les lamas, d’un commun accord et après avoir fait conseil, nous écrivons ce qui suit à tous les supérieurs de lamaseries, à tous les roitelets et gouverneurs des pays thibétains qui suivent la religion de Bouddha.
Vous savez que, l’année dernière, le roi de Lhassa a envoyé un édit sévère pour certifier que tous les pays soumis à son pouvoir, et tous les pays thibétains indépendants de sa juridiction sont à Bouddha. Dès l’antiquité jusqu’à ce jour, depuis que notre religion existe, le roi et les lamas de tous les monastères, nous avons reçu de lui tous les biens; d’un commun accord, nous avons toujours gardé et observé les préceptes de sa religion; nous vivons par le bienfait du grand empereur de Chine, de génération en génération ; les Dalaï-Lamas ont toujours eu le pouvoir de gouverner les lamas à leur gré, de prêcher leur religion ; les Dalaï-Lamas de tous les siècles ont toujours suivi les règles du grand empire de Chine et de la religion de Bouddha.
Sous le règne de Ilien-fong, apparurent subitement des Français prédicateurs de la religion chrétienne ; ils ont demandé à l’empereur la permission d’entrer et de circuler dans les pays thibétains. Avant leur arrivée, nous en avons reçu avis de l’empereur ; mais nous tous lamas, nous, roi de Lhassa, de concert avec le résident impérial chinois et tout le