‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 52 sur 170 · A Pou-yong-kong · texte numérisé non relu

A Pou-yong-kong

LES PREMIÈRES ANNÉES DE

perdue, et, à sa suite, probablement toute la partie thibétaine de la mission comptant cinq chrétientés.

» Dans de telles circonstances, sans appui au milieu de tout un peuple qui se soulève contre lui, le missionnaire n’a pas à choisir vers qui il doit se tourner ; il lève les yeux au ciel d’où il attend tout son secours, et il s’abandonne à la sainte et adorable volonté de Dieu ; mais il espère envers et contre tout, jusqu’à ce que la ruine soit consommée.

» Dès que le danger fut certain, je fis commencer une neuvaine à Notre- Dame du Sacré-Cœur, patronne de la chrétienté de Yerkalo, et à saint Joseph. Chaque jour j’offrais le Saint-Sacrifice de la messe pour le salut du poste. La messe terminée, nous récitions tous ensemble cinq Paler, cinq Ave , cinq Gloria Patri , et trois fois les invocations : Notre-Dame du Sacré-Cœur, priez pour nous ; saint Joseph, sauvez-nous. Les chrétiens dispersés devaient continuer à réciter ces prières jusqu’à ce qu’il plût à Dieu de décider de notre salut.

» Plusieurs fois chaque jour, examinant de mon toit les routes par lesquelles devait descendre l’ennemi, je disais au fond de mon âme: «O Notre- Dame du Sacré-Cœur, déjà, en 1873, vous avez préservé cette chrétienté de la destruction, alors que toutes les autres étaient incendiées ; eh bien, sauvez-nous encore une fois, vous le pouvez ! J’offrirai plusieurs fois le Saint-Sacrifice, en actions de grâces; les chrétiens vous seront reconnaissants et deviendront plus fermes dans la foi. Pour moi, je publierai cette faveur, afin que l’on sache au loin que votre protection s’étend sur toute la terre, et que vous embrassez dans votre regard maternel les régions encore plongées dans les ténèbres de l’idolâtrie, aussi bien que celles qui sont depuis longtemps illuminées du flambeau de la foi ! »

« Cependant notre situation ne s’améliorait pas, au contraire. Les lamas, sur le point de venir nous incendier, avaient déjà jeté plusieurs fois les sorts ; les réponses avaient été en notre faveur, il est vrai ; mais enfin les sorts s’étaient tournés contre nous. Peuple et lamas, consultant le diable à l’envi, s’accordaient à dire que c’en était fait de nous. Tous les chefs, un seul excepté, nous abandonnaient à la merci de Lhassa. Les lamas, prévoyant notre déroute prochaine, défendaient au peuple de nous loger et de nous vendre ni nourriture, ni quoi que ce fût. Ils faisaient chasser mes chrétiens du village païen, où je les avais envoyés, leur accordant cependant la permission de coucher à la belle étoile, dans les environs, jusqu’à ce que je les eusse rejoints.

» Les païens de Yerkalo et des environs, fous de frayeur, cachaient leur petit mobilier dans n’importe quel buisson, et chassaient leur bétail au sommet des montagnes pour le soustraire à la rapacité des envahisseurs ; car ces pauvres païens étaient compromis aux yeux de Lhassa, puisqu'ils nous avaient laissés nous établir parmi eux. »

A Bathang, Alexandre Biet n’était pas beaucoup plus tranquille : « Hier, à la nuit, écrivrit-il le 14 mars 1880 ‘, le trésorier-payeur m’a fait appeler pour une communication peu agréable. Il venait de recevoir du Y-tsin 2 Kay

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