‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 53 sur 170 · A. M.-E., vol. 556 Lettre à Mgr Biet · texte numérisé non relu

A. M.-E., vol. 556 Lettre à Mgr Biet

2. Troisième commissaire impérial à Lhassa, voir Introduction p. 5.

L’ÉPISCOrAT DE MGR BIET.

un avis daté de la veille. En arrivant à Kiangka, ce fonctionnaire avait trouvé des lamas chefs, délégués par les trois grandes lamaseries et par le roi de Lhassa. Kay leur dit que les voyageurs austro-hongrois avaient changé déroute; ceux-ci répartirent qu’àBathang il restait encore des Européens. Kay reprit ; « Ceux-là y séjournent depuis longtemps, il ne convient pas de les faire partir. » Les lamas répliquèrent : « Si tu ne peux les faire partir, noiis nous en chargerons, ne t’en occupe pas ».

Les chrétientés d’A.-ten-tse et de Tse-kou étaient également menacées, et Dubernard parlait de fuir sur Ouy-si avec tous les fidèles, environ trois cents personnes, si on faisait invasion sur le territoire de son poste.

Ta-tsien-lou semblait en péril. Le 25 avril, le préfet prévint Mgr Biet que des lettres avaient été envoyées aux couvents de la ville et des environs, invitant les lamas à s’entendre avec le peuple indigène pour détruire l’évêché et chasser l’évêque. Le préfet ajoutait qu’il ferait son possible pour arrêter toute manifestation hostile ; déjà il avait ordonné au roitelet thibétain de surveiller le peuple et les lamas et l’avait rendu responsable des événements.

Mgr Biet remercia le mandarin de ses bonnes dispositions et le pria de faire cesser les menaces des Thibétains non seulement à Ta-tsien-lou, mais encore sur les frontières, à Bathang,à Yerkalo, à Tse-kou. « Je le veux bien, répondit le préfet, je vais écrire une lettre au mandarin Kay, lui faisant une demande en ce sens et l’appuyant sur ces trois motifs : 1° Vous vivez pacifiquement sur le territoire du Su-tchuen où les Chinois vous doivent protection et où les Thibétains, n’ont pas le droit de venir en armes ; 2° Votre installation dans le pays de Bathang n’est pas une provocation contre les Thibétains, puisque vous n’avez pas l’intention de pénétrer sur le territoire du Thibet ; 3° Vous n’avez pas appelé les étrangers. »

En annonçant à ses missionnaires les bonnes dispositions du premier mandarin de Ta-tsien-lou, Mgr Biet leur donnait ce conseil dans le cas où se serait produite une éventualité analogue à celle de Bonga 1 :

Si l’on demandait à quelqu’un de nous un écrit certifiant explicitement ou implicitement que nous n’avons pas le droit d'entrer au Thibet, il ne faudrait pas le donner, mais nous pouvons tous certifier de vive voix que notre intention n’est pas d’entrer actuellement dans le pays gouverné par Lhassa. C’est la vérité et ce peut être un moyen de calmer les soupçons.

Ensuite, l’évêque résumait, en quelques paroles courageuses, ses sentiments et les mesures qu’il comptait prendre :

Je suis bien décidé à ne céder qu’à la force et à ne pas quitter la maison avant son incendie. Je nommerai un provicaire qui partira en Chine avec les papiers, les pouvoirs, le sceau et l’argent. Pour moi, mon devoir sera d’attendre qu’on me fasse violence.

En même temps, il écrivait au Vicaire apostolique du Su-tchuen occidental, Mgr Pinchon, pour lui demander d’agir auprès du vice-roi de la

Page 1