A. M.-E., vol. SS6f. Ta-tsien-lou. 23 avril
LES PREMIÈRES ANNÉES DE
province. Cetle lettre, datée du 4 avril, indiquait le sens dans lequel Mgr Pinchon devait parler aux autorités supérieures, et appuyait principalement sur la violation du territoire chinois, que les lamas ne craignaient pas d'ordonner, sur la tranquillité des ouvriers apostoliques et sur leurs bonnes relations avec les autorités et avec le peuple, arguments préférables à tous ceux que la mission pouvait invoquer, soit au nom de ses droits, soit au nom de ses intérêts. En voici le texte 1 :
Je supplie Votre Grandeur d’adresser au préteur une supplique, pour qu’il veuille bien protéger et sauver la mission du Thibet, dans le péril extrême qui nous menace. Il est certain qu’un ordre de sa part suffit (s’il n’est pas dans le complot). Connaissant les coutumes chinoises, Votre Grandeur composera la lettre de supplique mieux que moi. Des lamas du territoire de Lhassa se réunissent au vu et su des mandarins chinois de Tchamouto, de Tchraya, de Kiangka, dans le but avoué de violer le territoire du Su-tcbuen et de détruire nos stations chrétiennes de Yerkalo, Mang-ly, Bathang, où nous vivons en paix avec tout le monde, sur le territoire chinois du Su-tchuen dont le vice-roi, Tin-kong-pao, est le premier fonctionnaire. Nous n’avons, en aucune façon, provoqué cette attaque, qui ne peut avoir lieu qu’en violant la frontière et le pays, directement gouverné par le préteur de Tchen-tou ; nous n’avons jamais manifesté l’intention de pénétrer sur le territoire gouverné par Lhassa, mais nous vivons paisiblement sur le territoire du Su-tchuen, sur des terrains achetés ou loués par nous, dans des maisons construites par nous, en amitié avec les mandarins chinois et indigènes du territoire de Bathang, en paix avec le peuple. Nous comptons sur Injustice du préteur, et nous lui demandons de donner des ordres sévères et rapides, pour que les sujets de Lhassa n’aient pas l’audace de violer le territoire du Su-tchuen, pour venir nous détruire dans un pays paisible, nullement troublé, où nous vivons dans la plus grande tranquillité, sous la protection de Tin-kong-pao, gouverneur de ce Su-tchuen qu’on veut violer. Nous ne désirons que la justice et la paix, et nous comptons sur l’esprit d’équité dont le préteur a donné tant de preuves. Ceux du pays de Lhassa qui veulent nous détruire, prétendent que nous avons invité les Austro-Hongrois à traverser le Thibet. Mais nous certifions que nous avons été unanimes aies dissuader de ce voyage, comme d’une entreprise irréalisable. Le préteur peut en avoir une preuve évidente, en questionnant les mandarins de Ta-tsien-lou et de Bathang, que nous avons aidés de tout notre pouvoir, par les conseils que nous avons donnés aux explorateurs de prendre la route du Yun-nan.
Mgr Pinchon s’empressa de faire la démarche que lui demandait le Vicaire apostolique du Thibet. Aussitôt, le vice-roi expédia, par un courrier rapide, des ordres au mandarin de Bathang. Celui-ci, successeur de Tchao, se nommait Ky-tche-ouen. C’était un homme fort intelligent, orgueilleux, susceptible et généreux. On cite de lui cette parole, extraordinairement belle pour un mandarin chinois : « Je préférerais être pauvre et faire quelque chose d’utile pour mon pays. » Pendant longtemps, il se montra très dévoué aux missionnaires ; en cetle circonstance, il les défendit avec habileté et énergie.
Même avant d'avoir reçu des ordres de son supérieur, il avait fait son possible pour arrêter les menées des lamas. Dès qu’il avait su qu’un cour-