‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 60 sur 170 · LES PREMIÈRES ANNÉES DE L'ÉPISCOPAT DE MGR BIET · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES ANNÉES DE L'ÉPISCOPAT DE MGR BIET

Cependant, si les troubles qui avaient agité la partie de la mission située dans la province du Su-tchuen étaient terminés et leurs conséquences réglées, on ne s’était pas occupé de ceux qui avaient eu lieu dans la province du Yun-nan, c’est-à-dire à Tse-kou et dans les environs. Afin de ne pas laisser poser un précédent et ne pas montrer une faiblesse dont les liimas se seraient enorgueillis, Mgr Biet, par une lettre du 1er mai 1880, pria Le Guilcher, missionnaire à Ta-li, de présenter au vice-roi de la province : 1° une supplique demandant que le vice-roi voulût bien faire savoir aux lamaseries et aux chefs indigènes des territoires d’A-ten-tse et de Tse-kou qu’ils n’avaient aucun ordre à recevoir de Lhassa, que s’ils tenaient compte de tels ordres, ils se’raient traités comme des rebelles ; 2° une accusation contre le chef indigène qui gouvernait le pays situé sur les bords du Mékong, depuis la frontière de Bathang jusqu’à A-ten-tse pour avoir méconnu le pouvoir des autorités chinoises du Yun-nan et avoir obéi à Lhassa, dont il ne dépendait pas, en défendant à son peuple de vendre des vivres aux chrétiens, de les recevoir, de les loger. »

Malgré la bonne volonté de Le Guilcher et sa vieille expérience, ces réclamations n’eurent aucun résultat ; le vice-roi du Yun-nan était alors Tsen, grand ennemi des Européens, qui donna bientôt libre cours à sa haine dans la guerre du Tonkin. Il ne fit aucune réponse, à moins qu'il n’en ait fait une mauvaise, aux dépêches que le préfet de Ta-li lui adressa au sujet des affaires du Thibet. Mgr Biet ne jugea pas à propos d’en référer à Pékin, et la question fut laissée de côté.

En examinant dans son ensemble la période assez courte mais fort troublée dont nous venons de raconter les faits principaux, une double conclusion nous paraît devoir s’en dégager. C’est d’abord la difficulté réelle ou plus exactement l’impossibilité pour les missionnaires de pénétrer dans le Thibet, que des voyageurs munis des passeports en apparence les plus sérieux et des protections les plus fortes ne peuvent pas même traverser ; ensuite l’appui que, d’un commun accord, le gouvernement chinois et la légation de France ont accordé aux stations situées dans le Su-tchuen. Sans doute, les ouvriers apostoliques, depuis Ta-tsienlou jusqu’à Bathang et à Yerkalo, ne sont pas à l’abri de tout danger ; mais ceux qui se placent au seul point de vue de la légalité leur reconnaissent le droit d’habiter dans cette région et ils les y maintiennent.

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