A. M.-E., vol. 556f. Lettre à Mgr Biet, 11 octobre
DU THIBET-SUD
tente et chacun une couverture de plus. Demain, on préparera autre chose, et ainsi de suite, ce sera bientôt fait, car nous prendrons peu de choses et peu de monde avec nous. »
Explorations de MM. Desgodins et Mussot.
Exploration des environs de Darjeeling. — Exploration dans l’Assam. — Résultat de l’exploration. — Odalgourie. — Conclusions. — Territoires à choisir. — Impression de livres.
Le 24 octobre 1881, les missionnaires, accompagnés d’un domestique, d’un guide et de six porteurs, prirent la route anglaise, reliant Darjeeling au sud de la vallée de Chumbi, qui appartient au Thibet propremenl dit. Le lendemain, ils traversèrent la Tista, sur un magnifique pont suspendu, long d’environ cent mètres et large de trois ou quatre, et plantèrent leur tente au-dessus de la forêt et au pied du village de Pacha, peuplé de Népaliens émigrés. Après une montée très rapide de quelques milles, ils arrivèrent aux bungalows du gouvernement, à Ivalimpong.
Là, ils trouvèrent un vallon admirablement cultivé par une nombreuse population népalienne dans la partie inférieure, et par une centaine de familles boutaniennes dans la partie supérieure. Un inspecteur des forêts réside à Kalimpong. Des ministres protestants écossais y ont fondé une école et converti de rares Népaliens. Il y a aussi un petit bazar fixe, un poste de police et un marché qui se tient tous les dimanches.
À une dizaine de milles, au nord-est, une arête de montagnes sépare le vallon de la Rillie du vallon de la Mayrong ; celui-ci est peuplé d'environ trois cents familles Boutaniennes, divisées en trois groupes, et, un peu plus bas, sur les bords de la rivière Richitchou est le gros village lepcha de Cachim, où se sont réunies une dizaine de familles boutaniennes.
En face, au delà de cette dernière rivière, s’étale un flanc de montagne très bien cultivé : c’est le Reinoch, dont la moitié sud-est appartient au gouvernement anglais et touche au Boutan ; l’autre moitié nord-est appartient au Rajah de Sikkim. La population est mélangée de Boutaniens, de Lepchas, de Limbous et de Népaliens émigrés. Au delà du Reinoch, la route traverse une petite partie du Sikkim sud-est et aboutit à la passe de Jalep, qui donne entrée dans la vallée de Chumbi et par conséquent au Thibet, dont cette vallée fait partie intégrante. En prenant le village de Padong 1 comme centre de ces divers vallons, on est à cinq milles du Sikkim, au nord-est, à deux petites journées de marche du Thibet dans la
1. Les missionnaires emploient plusieurs orthographes : Phedong, Pedong, Padong. Celle-ci est actuellement la plus usitée.
FONDATION DE LA MISSION
même direction ; à un jour de marche du Boutan, en allant vers l’est; à .un jour de Kalimpong, au sud-ouest ; et à trois jours de marche de Darjeeling à l’ouest un peu au sud. A Padong, passe la grande route de commerce entre l’Inde et le Thibet; il y a un poste de police, et il s’y tient un petit marché tous les jeudis. Plus au sud, au pied de l’ancien fort Daling, à Ambiok, se trouve un autre centre de population assez mélangée, mais nos deux explorateurs n’allèrent pas l'examiner.
En somme, dans ce canton, à l’est de la Tista, qui était presque désert avant la conquête anglaise, se trouvaient deux mille familles au moins, dont environ huit cents étaient Népaliennes, cinq à six cents Boutaniennes, •et le reste Lepchas ou Limbous. Les Européens ne pouvaient s'établir à l’est de la Tista, réservé aux Indigènes, sans une permission du gouvernement du Bengale. Enfin, sous le rapport de la religion, chaque race y avait apporté la sienne : les Népaliens, l'Hindoùisme ; les Boutaniens, le Bouddhisme ; les Lepchas également, tout en conservant un grand nombre de pratiques de leur fétichisme primitif. Les protestants avaient quelques néophytes, et la religion catholique, hélas ! était entièrement inconnue.
Tels furent, assez brièvement analysés, les renseignements que les deux missionnaires recueillirent pendant leur excursion.
Bentrés à Darjeeling, le 3 novembre 1881, M. Desgodins écrivit immédiatement un rapport réunissant non seulement les choses vues pendant ce voyage, mais encore toutes ses notes antérieures puisées dans les livres ou dans les conversations particulières. Il y parlait du district de Darjeeling, du Sikkim indigène, de la vallée de Chumbi, du Boutan, et même du Népal. Ce n’était pas à lui à tirer les conclusions, il laissait ce soin à son supérieur, lui conseillant seulement d’attendre, avant de se déterminer, le résultat d’une seconde exploration, que les missionnaires se proposaient d’entreprendre pour examiner si d’autres pays plus à l’est, et plus rapprochés de la Mission actuelle du Thibet, n'offriraient pas autant ou plus de facilités pour atteindre le but désiré.
Le rapport achevé et signé le 9 novembre, fut expédié le 13, puis les missionnaires quittèrent de nouveau Darjeeling le 13, arrivèrent le lendemain à Parbattipour, où un embranchement les conduisit vers l’est par Rampour jusqu’à Kaunia ; de là, un petit vapeur les transporta à Dhubrie, sur la rive droite du Brahmapoutre ; ils y attendirent pendant quatre jours le passage du bateau le « Népal », dont le commandant, M. Write, se montra plein d’égards pour eux. Quinze jours plus tard, ils étaient rendus à Dibroughar, où M. Desgodins put retrouver le souvenir des missionnaires de 1830 et 1851 : Krick et Bernard. C'était le point terminus de la grande navigation à vapeur dans le Haut-Assam. Un Anglais, M. Springer, leur accorda le passage gratuit à bord d’une grande embarcation, le « Lark », qui allait porter des vivres aux postes de troupe •et de police de Sisseri, Nizamghat, Dibong et Dierang, situés au milieu de la zone de forêts vierges, profonde de trente milles, entre le pied des montagnes et la plaine de Sadiva ', postes qui surveillent les Abors