‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 65 sur 170 · Se dit également Sudiya · texte numérisé non relu

Se dit également Sudiya

DU T11IBET-SUD.

et les Michemis. Pendant trois jours, les voyageurs suivirent les routes stratégiques qui relient ces postes entre eux et avec Sadiya, admirant la forêt vierge dans toute sa silencieuse beauté, mais ne rencontrant que de rares villages Miris nouvellement établis.

Le 11 décembre, ils arrivèrent à Sadiya, où M. Livesay, inspecteur de police alors en expédition, avait mis sa maison à leur disposition, et où M. Lepper, planteur des environs, les reçut aimablement à sa table.

Pendant quelques jours de repos, M. Desgodins eut à répéter aux autorités et à M. Lepper surtout, qui faisait des études spéciales sur une route d’Assam dans l’ouest de la Chine, tous les renseignements géographiques et autres déjà donnés à Calcutta, sur les pays parcourus à l’est de ces mêmes régions, à l’ouest desquels il se trouvait maintenant. Bientôt M. Lepper organisa, à ses frais, une expédition chez les Singphos et les Kamptis, à l’est de Sadiya, sur deux affluents du haut Brahmapoutre, le Noadehing et le Tongapani. Cette expédition, faite en pirogue, dura du 15 au 25 décembre ; les voyageurs furent très bien accueillis dans les villages où ils abordèrent, et ils purent faire une abondante récolte de renseignements sur les sauvages de même race, habitant les bords de l’Iraouaddy et de ses affluents. Ces renseignements concordaient avec ceux que M. Desgodins avait rapportés de Chine. Bentrés à Sadiya, le jour de Noël, ils en repartirent le 26 à pied et arrivèrent à Dibroughar le 29.

Quant au résultat pratique de cette exploration, il ne pouvait être qu’assez médiocre pour le but que se proposaient les missionnaires. La vallée supérieure du Brahmapoutre était entourée au nord, à l’est et au sud par de hautes montagnes, toutes peuplées de sauvages que le gouvernement anglais cherchait à apprivoiser, mais qu’il n’était pas encore parvenu à soumettre. Aucune relation directe n’existait et n'existe encore entre le Thibet et le Haut-Assam.

Les sauvages qui se rendent à la foire de Sadiya en février, servent seuls d'intermédiaires pour le commerce entre les deux pays. Vouloir passer à travers les tribus des Abors et des Michemis eût été s’exposer au sort de MM. Krick et Bourry ; s’établir chez eux eût été une entreprise dangereuse et très précaire, à cause des rivalités qui existent entre les tribus et les clans delà même tribu.

Les seules races qui semblaient offrir quelques rares chances de succès étaient les Singphos et les Kamptis à l’est et au sud-est, les plus rapprochées étant alliées des Anglais et assez tranquilles.

En s’établissant sur les rives du Noadehing ou du Tongapani, les missionnaires n’eussent été qu’à deux cents kilomètres à peine de Tse-kou. Ouvrir un passage des uns aux autres eût été une entreprise bien tentante, mais comment deux pauvres prêtres auraient-ils pu réaliser ce que le gouvernement anglais avec toutes ses ressources n’avait pas encore osé essayer, à cause des immenses forêts vierges presque dépeuplées qui couvrent cette zone, et des tribus indépendantes et assez malfamées qui occupent les rives de l’Iraouaddy et de ses affluents ?

Il y avait donc impossibilité de rien tenter vers le Thibet par le nordest de l’Assam : telle était l’impression que les missionnaires emportaient

FONDATION DE LA MISSION

de Dibroughar, quand, le 1er janvier 1882, ils montèrent à bord du « Rajmehal », qui les déposa deux jours plus tard à Tezpour.

Ils se proposaient d’aller visiter Odalgouri situé à la pointe sud-est du Boutan, au sud de la vallée de Towang, dépendante de Lhassa, et deux autres petites villes au pied des Himalayas, où chaque année, en février, se tiennent de grandes foires, rendez-vous des Boutaniens, des Thibétains, et même des habitants des hauts plateaux. Mais bientôt, ils apprirent des résidents que ces lieux étaient, comme en 1853, de grandes éclaircies dans la forêt, où campent sous la tente les Européens et les indigènes qui fréquentent la foire. En temps ordinaire, c’est le désert, la solitude la plus profonde, que troublent à peine les cris des bêtes sauvages et qu’habitent seuls de petits postes de police, placés là pour surveiller la frontière.

Que seraient-ils allés y faire ? tous les renseignements qu’ils prirent pendant cinq jours les convainquirent qu’il leur était impossible de pénétrer au Boutan ou dans la vallée de Towang, et également de s’établir sur la frontière déserte de ces pays ; ils reprirent donc la route de Calcutta où ils arrivèrent le 18 janvier 1882.

Desgodins écrivit alors à Mgr Biet son second rapport que nous venons de résumer *. Cette relation, comme la précédente, n’avait d’autre but que d’aider le Vicaire apostolique du Thibet à prendre un parti et à déterminer le territoire le plus utile à sa mission. Aussi Desgodins, après un exposé complet, jugeait-il bon de tirer la conclusion et de préciser le résultat de ses études et de ses explorations ; il le faisait en ces termes 1 2 :

Veuillez supplier son Eminence le Cardinal Préfet de la Propagande : 1° de nous permettre de nous établir dans la partie du district de Darjeeling située à l’est de la Tista, ce territoire étant res nullius ; 2° de déclarer que la vallée de Pbaridzong ou Chumbi à l’ouest de Boutan et celle de Towang à l'est du même pays, étant parties intégrantes du Thibet, nous appartiennent de droit ; 3° de nous faire céder le Boutan par les missionnaires de Milan, afin que, dans l’avenir, quand ce pays s’ouvrira aux Européens, nous puissions avoir une base d’opérations sûre, large et toute thibétaine, confinant immédiatement aux provinces anglaises.

En attendant la réponse de Mgr Biet, M. Desgodins acheta une presse lithographique, et, le 27 février, avec son compagnon, il regagna Darjeeling. L'on vit alors ce missionnaire de 57 ans se faire apprenti-imprimeur pour économiser quelques francs et avancer de quelques jours l’achèvement de son travail, et c’est avec un sentiment de véritable édification que nous lisons dans une de ses lettres 3 :

« A droite de mon bureau est la presse ; à gauche, deux perches soutiennent déjà 1200 feuilles in-folio imprimées à quatre pages surchaque côté, et attendant les quinze ou seize mille qui feront l’objet de l’envoi de cette fin d’année. J’ai pris, pour commencer et pour m’apprendre, l’abrégé delà doctrine chrétienne.

» Quand ce petit volume de 40 pages sera fini à 500 exemplaires, comme

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