‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 67 sur 170 · Le Kiao-iao-su · texte numérisé non relu

Le Kiao-iao-su

3. A. M.-E., vol. 556^. Lettre à Mgr Biet et aux missionnaires du Thibet. Padong, 20 juin 1883.

4. A. M.-E., vol. 556 -Z. Ta-tsien-lou, lettre du 20 juillet 1882.

Mission du Thibet. — II. Î2

FONDATION DE LA MISSION

Tsarong), nous devons choisir, entre ces deux régions, celle qui offre le plus d’avantages à la mission du Thibet.

Les pays qui, à mon avis, doivent nous occuper tout d’abord, sont les pays au nord de l’Inde, ayant Darjeeling pour point de départ. Une petite installation de deux missionnaires me paraît très utile : l°pour suivre les progrès des Anglais dans ces parages, 2° pour prendre pied avant les ministres protestants dans les pays thibétains déjà ouverts, ou qui s’ouvriront petit à petit selon les projets anglais, 3° pour être tout prêt à entrer au Thibet proprement dit, et à nous installer à Lhassa avant les protestants, lorsque les événements politiques nous le permettront. En attendant, les deux missionnaires installés du côté de l’Inde peuvent toujours travailler à former des stations chrétiennes en pays thibétains ou mixtes, comme nous le faisons depuis vingt ans du côté de l’est.

Et le Vicaire apostolique concluait :

Je vous prie de demander à la Sacrée-Congrégation de la Propagande pour la mission du Thibet :

1° La partie du district de Darjeeling à l’est de la Tista.

2° Le Boutdn qui, comme la région ci-dessus demandée, est tout thibétain, et qui nous sera nécessaire plus tard pour nous avancer vers Lhassa.

3° Le Sikkim indigène. Ce pays, en partie thibétain et frontière du royaume du Thibet, nous serait nécessaire, parce que nous pourrions, dès maintenant, y tenter une installation, tandis qu’il n’est pas possible d’essayer en ce moment de pénétrer au Boutan. L’objection des Anglais est que le Sikkim est trop misérable pour que des Européens puissent y vivre ; mais il n’est pas plus misérable que le Thibet proprement dit et que les pays où nous sommes ; cette objection des Anglais n’est donc pas sérieuse pour des missionnaires.

Si la Sacrée-Congrégation de la Propagande veut bien nous concéder les pays ci-dessus désignés, l'installation de MM. Desgodins et Mussot au sud du Thibet pourra être regardée comme définitive, et je crois pouvoir m’engager à leur fournir chaque année sur les viatiques et allocations du Thibet 200 taëls à chacun, soit environ 3,200 fr. pour les deux missionnaires, outre leur argent particulier qu’ils recevront intégralement. Mais lorsque cette mission du sud se sera développée suffisamment pour exiger un plus grand nombre de missionnaires, je demanderai alors la division de la mission du Thibet.

Mgr Biet ne demandait pas, comme le lui avait conseillé Desgodins, les deux vallées de Chumbi et de Towang parce qu’il les considérait, et avec raison, comme faisant parti du royaume du Thibet, par conséquent comme appartenant à son Vicariat ; mais telles quelles étaient, ses trois propositions soulevaient des questions de juridiction qui toutes ne devaient pas être facilement tranchées.

Le Boutan appartenait depuis 1870 à la mission du Bengale central, dirigé par le Séminaire des Missions-Étrangères de Milan ; le Sikkim dépendait du Vicaire apostolique de Patna ; seul le territoire situé à l’est de la Tista,. dans le district de Darjeeling, semblait n’appartenir à aucune juridiction.

Pour bien comprendre cette dernière affirmation, il faut savoir que le district de Darjeeling est composé de deux territoires très distincts, l’est et l’ouest séparés par la rivière Tista qui, des glaciers du Sikkim au nord, coule vers le sud, pour aller se réunir au Brahmapoutre dans la plaine du Bengale. - ^

DU THIBET-SUD

L’ouest 1 2 3 fit partie du royaume de Sikkim et fut peu à peu conquis et définitivement annexé par les Anglais en 1861. Tout le Sikkim ayant été donné à la mission de Patna en 1845, il était évident que le territoire situé à l’ouest de la Tista lui était soumis.

Quant au territoire situé à l’est de la Tista depuis son affluent le Rongpo, il n’avait, jamais fait parti du Sikkim, mais du Boutan ; en 1865, il avait été conquis par les Anglais et annexé par le traité du 11 novembre de la même année. D’abord réuni au district de Jailpigurie, il avait été définitivement transféré au district civil de Darjeeling en octobre 1866.

D’un autre côté, le Séminaire des Missions-Étrangères de Milan n’avait été chargé de l’administration spirituelle du Boutan qu’en juillet 1870, c’est-à-dire 4 ans et 7 mois après que la partie est du district de Darjeeling avait été séparée du Boutan et était devenue territoire anglais

Au milieu de ces vicissitudes administratives, ce petit pays semblait donc être demeuré res nullius.

Desgodins s’était occupé depuis assez longtemps de faire constater la chose. Dès son arrivée dans l’Inde, à sa première entrevue avec Mgr Tosi, le 14 octobre 1880, nous en avons dit un mot, il avait questionné le prélat sur les limites du Vicariat de Patna.

« Je lui demandai, raconte-t-il s’il regardait comme lui appartenant ce petit canton à l’est de la Tista pris sur le Boutan après une guerre que firent les Anglais, et où, disait-on, un ministre protestant faisait l’école. Il me répondit : « J’ai bien entendu parler de ce petit pays et de ce ministre, mais je ne sais trop où cela se trouve ni ce qui s’y passe. »

L’année suivante, au mois de septembre, le nouveau Vicaire apostolique de Patna, Mgr Pesci, étant allé à Darjeeling faire sa visite pastorale, M. Desgodins eut plusieurs fois l’occasion de lui parler du Thibet et de ses limites :

« Comme l’évêque était fort peu au courant de la géographie de cette région, écrit le missionnaire 4, il me demanda à voir nos cartes. Je les lui expliquai en détail, donnant en même temps les dates, circonstances, etc. de la formation du district actuel de Darjeeling, dont la partie ouest de la Tista fut séparée du Sikkim, en partie en 1834 et en totalité en 1861, et dont la partie est de la Tista fut séparée du Boutan en 1865. La conclusion qu’il tira lui-même et qui fut appuyée du P. Louis et du P. Charles présents, c’est que cette partie du district actuel de Darjeeling qui est à l’est de la Tista n’appartient pas et n’a jamais appartenu à la mission de Patna et par conséquent aux Capucins. »

Cette réponse pouvait faire plaisir à M. Desgodins ou, comme il le dit, « lui tirer une grosse épine du pied » ; elle devait, pour que l’affaire pût

1. Depuis les plaines au sud, jusqu’à l’affluent du grand Rongnit et le torrent Rammam.

2. Cette mesure fut prise sans que Mgr Chauveau en eût été averti, sans doute parce que l’on ignorait la situation politique du Boutan et sa dépendance du Thibet. Prié par quelques-uns de ses missionnaires de réclamer à Rome, le prélat refusa.

3. A. M.-E., vol. 556 e. M. Desgodins à Mgr Biet, Calcutta, 14 octobre 1880.

4. A. M.-E., vol. 556e. M. Desgodins à Mgr Biet, Darjeeling, 8 octobre 1881.

FONDATION DE LA MISSION

suivre son cours et recevoir une solution, être officiellement et par écrit transmise à Rome.

Quant à ce qui concernait le Boutan proprement dit, puisqu’il dépendait delà mission du Bengale central, confié aux Missions-Étrangères de Milan, M. Desgodins interrogea le préfet apostolique, le P. Pozzi, pour connaître son avis. Celui-ci répondit que la décision regardait son supérieur, Mgr Marinoni, mais que, pour lui, il ne voyait aucun inconvénient à la réalisation des désirs de la mission du Thibet.

La Propagande, avisée de l’état de la question, demanda au mois d'août 1882 qu'on lui envoyât les pièces qui constataient l’opinion du Vicaire apostolique de Patna et du Préfet apostolique du Bengale central.

Aussitôt M. Desgodins adressa à Mgr Pesci un exposé des faits et des lieux accompagné d’une carte, puis il se rendit auprès du P. Pozzi.

« De ces vénérables supérieurs de mission, dit-il 1 , je reçus des réponses aussi conciliantes et encourageantes que je pouvais le désirer. Revenu à Darjeeling, je m’empressai de communiquer ces bonnes nouvelles à Rome, mais dans mon inexpérience des affaires, j'avais négligé de demander une déclaration écrite officielle. »

Cette déclaration était d’autant plus nécessaire que M. Delpech 2, alors procureur de la Société des Missions-Étrangères à Rome, ayant fait connaître au Supérieur des Missions-Étrangères de Milan, Mgr Marinoni, les demandes de Mgr Biet et les déclarations que M. Desgodins avait obtenues du P. Pozzi, en reçut cette réponse 3 :

Révérend Procureur Général,

J’ai reçu l'honorée lettre par laquelle, au nom du Révérend Père Desgodins, pro-vicaire apostolique du Thibet, vous me demandez la cession du Boutan. Une telle demande étant d’une grande importance, j’ai dû, avant de vous répondre, en conférer avec mes vénérés collègues, lesquels ont unanimement jugé avec moi que l'excellent P. Pozzi, Préfet apostolique du Bengale central, avait excédé les limites de ses attributions en acquiesçant à la demande du Révérend Père Desgodins. 11 s’agit ici, en effet, d’une province confiée à l'Institut des Missions-Étrangères de Milan, et non à un individu quelconque, quels que puissent être d’ailleurs son mérite et sa dignité. La conclusion de mon Conseil a donc été que la chose devait être mûrement examinée, avant de donner une réponse. Je vous demande donc un peu de temps, Révérend Procureur général, pour recueillir sur la question des renseignements sûrs, car la mission du Bengale central étant très insalubre dans le sud, nous sommes naturellement inclinés à voir si, vers le nord et l’Himalaya, il n'v aurait pas quelque pays plus favorable à l’exercice du ministère apostolique, sans abandonner pour cela entièrement les pays déjà cultivés, au prix de tant de

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