‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 75 sur 170 · Habitants de Tchraya · texte numérisé non relu

Habitants de Tchraya

TRAVAUX D’ADMINISTRATION

de douleur tellement exagérées, ils accusèrent les brigands Sanguen avec tant de force, que Ky-tche-ouen, qui les connaissait de longue date, commença à douter de leur sincérité. Il envoya parmi eux des espions de son prétoire et ne tarda pas à apprendre que plusieurs assassins étaient à la lamaserie, protégés par les mêmes lamas, qui se montraient extérieurement si désolés.

Après s'être assuré du fait, il se rendit au couvent accompagné de quelques domestiques et demanda qu’on lui livrât les coupables. Le supérieur auquel il s’était adressé, voyant sa fourberie découverte, poussa le cri de guerre. Immédiatement de nombreux lamas répondirent à cet appel sauvage ; ils chassèrent le mandarin et ses hommes à coups de pierres et fermèrent les portes du monastère. Irrité de cette injure, Ky-tche-ouen réunit les soldats chinois de Bathang, et, revêtu de son costume officiel, vint avec sa troupe sommer le supérieur de lui livrer les assassins. Cette fois il fut reçu à coups de fusils ; lui et ses soldats prirent la fuite en toute hâte.

Cependant les lamas, effrayés de leur propre audace qui pouvait les priver de la solde qu’ils reçoivent du gouvernement chinois, firent quelques excuses et livrèrent deux des assassins, hommes du peuple et sujets de Bathang. Ceux-ci, irrités de se voir trahis, dénoncèrent leurs complices, et déclarèrent que deux lamas faisant partie de la bande des assassins étaient à la lamaserie, où l'on avait tramé le complot.

K y réclama ceux des coupables qu'on lui dénonçait. Les lamas refusèrent absolument, affirmant qu’ils étaient prêts à se révolter et à protéger par les armes leurs frères accusés de meurtre ; ils allèrent même jusqu’à prétendre que leurs personnes étaient sacrées et inviolables, que les mandarins chinois n’avaient pas le droit de les juger ni de les punir.

Devant cette résistance audacieuse, Ky-tche-ouen ne fit plus de nouvelles instances, mais il appela à Bathangla garnison chinoise de Kiangka composée de 50 hommes, et écrivit au vice-roi du Su-tchuen pour réclamer des instructions ; de son côté le vice-roi envoya à Pékin un rapport très détaillé sur l’affaire et demanda la conduite qu’il avait à tenir.

Dans. ce rapport, afin de dégager sa responsabilité, il insistait beaucoup sur le fait que M. Brieux n'avait pas demandé de soldats et pour le prouver il joignait à son rapport la pièce signée de M. A. Biet.

Averti par une lettre écrite le 26 Septembre par Mgr Biet, notre ministre, M. Bourée, avait vivement réclamé, près du Tsong-li-yamen, bonne et prompte justice. Mais dans cette première lettre l’évêque n’avait pas tout dit. Après avoir raconté la mort du missionnaire, il avait recherché les coupables, il les devinait à peu près, mais ne pouvait encore les désigner d'une façon certaine. Il trouvait étrange que les pillards thibétains, dits Sanguen *, fussent seuls les auteurs de ce meurtre, car ils ne s’étaient jamais montrés hostiles aux étrangers dont ils ne s’occupaient pas ; il aurait cru plus volontiers à la culpabilité des lamas ; cependant il hésitait à la proclamer sans preuves suffisantes. Dans sa seconde lettre

Page 1