En chinois San-ngay
ET DAPOSTOLAT.
datée du 17 octobre, il fut plus explicite; informé par son frère de la conduite des lamas envers le mandarin chinois, des dépositions des deux assassins, il disait 1 :
Le meurtre de M. Brieux n’est pas un simple accident de route. Le complot était tramé d’avance, et je n'hésite pas à croire que notre cher confrère a versé son sang pour la cause de la religion, que ses assassins ont été soudoyés par les lamas qui ont juré notre perte, non parce que nous sommes étrangers, mais parce que nous prêchons une religion qui n’est pas celle de Bouddha. L’an dernier, avaient été publiés deux édits venus de Lhassa et dirigés contre nous. Le meurtre de M. Brieux est la conséquence de ces édits.
L’évêque donnait de cette affirmation les preuves suivantes :
1° Chaque année, nous envoyons de Ta-tsien-lou, sur des mulets, l’argent, les effets et les provisions nécessaires aux missionnaires des divers postes du Vicariat. Cet envoi se fait au mois d’août. Or, quinze jours avant l’arrivée de nos mulets à Bathang, un gardien de route dit à M. Giraudeau : « Quand les mulets viendront de Ta-tsien-lou, nous verrons comment les brigands vous traiteront. »
2° M. Brieux a été massacré dans un endroit où les Sanguen ne viennent jamais, cet endroit étant trop rapproché de Bathang.
3° Notre confrère avait choisi pour dresser sa tente un pli de terrain qui le dérobait à la vue ; or, il fut attaqué, non le soir comme on l’avait dit d’abord, mais au milieu de la nuit, et les assassins, malgré les ténèbres, sont tombés sur lui à l’improviste sans aucun tâtonnement. Un espion, un guide a donc pu quitter Bathang en même temps que M. Brieux, suivre sa marche, observer le lieu de son campement et donner les indications nécessaires aux brigands.
4° Nous connaissons depuis longtemps les coutumes des pillards Sanguen ; généralement, ils se contentent de dépouiller leurs victimes ; ils tuent très rarement des Thibétains, esclaves ou domestiques, ils ne tuent jamais les Chinois. Or, contrairement à l'habitude de ces brigands, les assassins se précipitèrent directement sur le missionnaire, qu’ils surprirent au milieu de son sommeil; après l’avoir écrasé sous une grêle de pierres, ils l’attaquèrent à coups de sabre et s’acharnèrent à le frapper jusqu’à ce qu'il eût rendu le dernier soupir. Ils ne firent aucun mal aux deux domestiques thibétains, et se contentèrent de couper la tresse des cheveux du Chinois, et ces trois domestiques purent prendre la fuite. Je le répète, les brigands avaient ordre de tuer le missionnaire, car telle n’est pas habituellement leur manière d’agir.
o° Mais voici une preuve qui porte avec elle l'évidence : Après un coup de main de ce genre, les pillards ont coutume de s’éloigner au plus vite de la route de Bathang ; ils passent le fleuve dans des barques de peaux afin que les mandarins ne puissent pas les poursuivre. Or, plusieurs des assassins de M. Brieux, au lieu de prendre la fuite, vinrent tranquillement à Bathang se réfugier à la lamaserie, pour voir de là ce que le mandarin chinois allait faire et en donner avis à leurs complices.
Le Tsong-li-yamen qui avait, et avec raison, jugé fort grave l’assassinat d’un missionnaire, reconnut le bien fondé des observations et des accusations qui lui furent présentées; il se montra prêt à faire punir les coupables et à accorder les réparations nécessaires.
1. A. M.-E., vol. 556 *. Lettre à M. Bourée. Ta-tsien-lou, 17 octobre 1881.
TRAVAUX D’ADMINISTRATION
En transmettant à M. Bourée le rapport du vice-roi du Su-tchuen, il disait le 28 octobre 1881 1 :
Aujourd’hui le décret suivant a été rendu :
Les sauvages indigènes ne craignent pas de piller, de commettre des meurtres et montrent ainsi les dispositions les plus cruelles ; nous ordonnons de faire envoyer des officiers et des soldats, et d’expédier les ordres les plus sévères aux autorités locales pour que, dans un délai donné, elles s’emparent des promoteurs du meurtre et de leurs complices, restituent à qui de droit les objets volés et punissent les coupables avec toute la rigueur des lois.
Qu’on agisse avec célérité.
Respectez ceci.
Il ajoutait pour prouver sa bonne volonté :
Les auteurs de ce triste événement sont des sauvages adonnés au pillage ; mais qui aurait pu s’attendre au meurtre de M. l’abbé Mei-yn-lin 2 ? Le décret, dont nous vous donnons communication, contient les dispositions les plus sévères ; aussi les autorités locales vont-elles s'occuper activement de cette affaire. Quand nous recevrons d’autres renseignements, nous nous empresserons de les communiquer à Votre Excellence.
« Pendant ce temps, dit Mgr Biet, les lamas ne restaient pas oisifs ; voyant qu’on ne parlait plus de nous, que nous ne recevions aucune justice pour le meurtre d'un missionnaire, ils s’estimaient vainqueurs et complotaient déjà la destruction totale de nos stations. Il leur fut facile de faire croire au peuple que nous étions complètement abandonnés. Cette fois, les païens pensaient bien que nous étions perdus à jamais ; nos néophytes étaient dans la plus vive anxiété.
» A ce moment, heureusement, les ordres du Tsong-li-yamen parvinrent au vice-roi Tin, qui délégua, pour les exécuter, le préfet de Ta-tsien-lou, Ly-tchong-tsin, Yang-kong, Ky-tche-ouen et Lin-tchan-kong ; plusieurs autres mandarins et 150 soldats chinois eurent ordre de partir de suite pour Bathang. J'eus une entrevue avec quelques-uns de ces mandarins avant leur départ, et il fut facile de nous entendre, carmes demandes concordaient avec les ordres du vice-roi. Il fut convenu que les meurtriers dont on pourrait s’emparer, seraient traités selon la loi chinoise, qu’ils ne pourraient pas se prévaloir de leur titre de lamas pour échapper à la punition méritée, qu’on nous indemniserait de nos pertes, soit par la restitution des objets volés, soit par une compensation en argent et qu’un édit en faveur de la religion terminerait le procès.
» Nos juges et leur escorte arrivèrent à Bathang à l’improviste ; les lamas réunirent neuf cents des plus jeunes d’entre eux, mais leurs bravades ne tinrent pas devant la fermeté des délégués chinois. Le supérieur fit offrir quatre mille taëls (32,000 fr.) au mandarin de Ta-tsien-lou, et aux autres, si, au lieu de nous rendre justice, ils leur permettaient d’achever notre ruine. Le mandarin, qui gagne dix mille taëls par an, ne voulut pas
1. Septième année de Kouang-siu, te 7 de la 9e lune. A. M.-E., vol. 556e.