A. M.-E., vol. 556^. Lettre à Mgr Biet; f61 juillet
TRAVAUX D'ADMINISTRATION
Dans le Thibet-sud, l’école de Padong fut d’abord fréquentée pendant quelques mois par 5 ou 6 élèves ; mais les parents, voyant que les missiQnnaires ne les payaient pas, comme le faisaient les ministres protestants, retirèrent leurs enfants, et il ne resta qu’une petite fille de huit ans. On essaya alors de fonder un orphelinat qui lui aussi ne se développa que lentement.
Le grand et le petit Séminaire, réunis à Ta-tsien-lou dans le même établissement, avaient une douzaine d’élèves. En 1887,1a mission eut la douleur de perdre, enlevé par une phtisie, le meilleur de ses séminaristes, Paul Pema, âgé de 21 ans, fils de l’ancien lama converti à Bonga.
La charité était toujours à l'ordre du jour parmi les ouvriers apostoliques ; ils n’avaient pas créé d’hôpitaux parce que la situation précaire de la mission ne le permettait pas, mais ils s’efforcaient de soigner les malades, à domicile ou dans leurs presbytères, surtout pendant les épidémies de variole, dont nous avons dit la fréquence. Les habitants du Tliibet étaient reconnaissants de leurs bons soins, au moins tant que durait le fléau.
« On vante notre générosité et les services rendus par nous au peuple, écrivait de Bathang M. A. Biet, dans les rues, on ne rencontre plus de gens hostiles, les visages sont gracieux, avenants ; justice enfin est faite des calomnies des lamas. »
Les habitants de Bathang, chefs et lamas en tète, voulurent même donner un témoignage public de leur gratitude. Les quatre-vingts familles payant tribut, c’est-à-dire celles qui avaient seules droit de cité, qui étaient seules regardées comme honorables, vinrent offrir aux missionnaires de la station une grande inscription sur bois vernis, longue de neuf pieds et large de cinq. Elle était composée en caractères chinois gravés en hautes lettres d'or, et elle exprimait la reconnaissance des habitants pour les soins donnés gratuitement aux malades. Au-dessous, on pouvait lire le nom des quatre-vingts familles donatrices. Celte inscription fut solennellement portée au presbytère, avec accompagnement de musique et de pétards ; elle fut placée au-dessus de la porte d’entrée. On voulait espérer que ce témoignage aurait sur l’avenir une influence heureuse et Mgr Biet écrivait 1 :
« Cette inscription est pour nous comme un titre de droit de cité à Bathang; elle prouve que nous n’avons rien à craindre sur ce territoire, et les indigènes seraient, bien étonnés si on leur disait qu’à Pékin et à Tehen-tou on est inquiet sur notre sécurité. »
1. A. M.-E., vol. 556 >. Mgr Biet à M. Chapuis, Ta-tsien-lou, 28 juin 1883,
ET D’APOSTOLAT
Menaces et troubles.
Passeport. — Menaces. — Attaque à Siao-ouy-si. — Recommandations de prudence. — Raisons de la teneur des passeports.
Tels étaient, en effet, les sentiments des autorités chinoises qui, chaque fois qu’elles en trouvaient l’occasion, prévenaient la légation de France des dangers que couraient les missionnaires du Thibet ; elles le firent, en particulier, lorsque M. Bourée, notre ministre à Pékin, demanda en 1883 un passeport pour M. Mussot. Aussi, en adressant cette pièce au procureur des Missions-Étrangères à Shang-haï, notre représentant écrivait-il 1 :
Je dois vous prévenir que le Tsong-li-yamen, dans sa réponse à la lettre par laquelle je l’avais prié de faire sceller le titre de voyage en question par l’autorité chinoise, m'a fait part des appréhensions que lui cause le départ des missionnaires pour Bathang, vu l’animosité dont ils sont l’objet de la part des lamas thibétains, et qui fait craindre au Yamen que des troubles ne viennent à se produire dans cette localité. Les ministres chinois ajoutent que, si le départ des missionnaires pour Bathang ne peut être retardé, ils devront envoyer des ordres aux fonctionnaires du pays pour qu’ils avisent à la protection des étrangers et leur donnent une escorte. Je vous prie, en conséquence, de recommander à M. Mussot, ainsi qu’à ses confrères du Su-tchuen occidental, d’user de la plus grande prudence dans les voyages qu’ils pourraient avoir à faire à Bathang même, et de s’assurer, autant que possible, du concours des autorités locales.
Ces conseils n’étaient assurément pas déplacés à l'époque où ils étaient donnés, c’est-à-dire en 1883, puisque l’expédition du Tonkin venait de faire éclater la guerre entre la France et la Chine. Les montagnes du Thibet répercutèrent alors l’écho du bruit des batailles qui se livrèrent sur le fleuve Rouge ou sur la rivière Claire; les têtes s’échauffèrent, l’hostilité des mandarins chinois et de certains chefs mossos augmenta.
Parmi ces derniers, le chef de Kampou alla prier deux lamaseries de lui prêter main forte contre les chrétiens ; les mandarins chinois voulurent forcer les missionnaires à abandonner la station de Yerkalo comme trop rapprochée des frontières du royaume du Thibet ; ils se heurtèrent à un refus absolu et heureusement ils furent blâmés par le vice-roi du Sutchuen, ce qui n’empêcha pas un lama mongol, ayant le titre de ouang-yé, de passage à Bathang, de dire qu’il détruirait bientôt la paroisse chrétienne. Les lamas d’A-ten-tse expédièrent un exprès à Ouy-si afin de demander l’autorisation d’expulser les missionnaires d’A-ten-tse et de Tse-kou. En réponse, le préfet leur envoya un édit venu de la métropole, qui ordonnait