A. M.-E., vol. 556z\ Pékin, 4 octobre
NÉGOCIATIONS POUR LE RELÈVEMENT
Je me permettrai, Monseigneur, de faire remarquer à Votre Grandeur qu'il n’a pu être que regrettable qu’elle crût devoir, dans les circonstances dont parle sa lettre du 10 juillet, faire intervenir des personnes qui n’avaient aucun mandat pour le faire utilement dans les affaires des missions, car cette intervention a donné lieu à de justes récriminations de la part du gouvernement chinois.
J’ajouteraiv Monseigneur, que la personnalité d’un des voyageurs aux bons offices duquel vous avez eu recours, devait vous imposer à cet égard uue réserve qu’indiquait la convenance.
Ainsi un évêque français, isolé au fond de la Chine, à peu près abandonné par la légation, avait demandé le secours de deux de ses compatriotes pour essayer d’obtenir une justice inutilement réclamée depuis plusieurs années, et le représentant de la France, M. Lemaire, jugeait à propos de le lui reprocher. Il ne se contentait pas de cette inconvenance et en appelait pour aggraver le reproche à la qualité de prince de la famille d’Orléans, qu’avait un des voyageurs. Il est des choses, et cellelà nous paraît être du nombre, qu’on signale sans les apprécier, parce qu’elles se stigmatisent d’elles-mêmes.
M. Lemaire ayant pris un congé, ce ne fut pas à lui, mais à M. Ristelliueber, le chargé d’affaires, que Mgr Biet répondit, le 4 mars 1891, une longue lettre pour prouver que les observations du Tsong-li-yamen étaient absolument sans fondement, parce que ses missionnaires n’habitaient pas le royaume du Tliibet, mais des pays dépendant du Su-tchuen et du Yun-nan 1 :
Monsieur le ministre Lemaire me dit : « Les affaires que vous avez remises entre les mains de la légation, nous pouvons l’espérer, recevront une solution dès que nos démarches auront réussi à modifier la répugnance du Tsong-li-yamen à faciliter l’entrée des étrangers au Thibet. » Ceci me porte à croire que le Tsong-li-yamen confond notre cause avec celle des Anglais, qui s’occupent activement de l’ouverture du royaume du Thibet à leur commerce. Mais dans l’état actuel, la mission du Thibet n'a rien à faire avec les Anglais ni avec le royaume du Thibet ; ses chrétientés détruites sont toutes situées sur le territoire du Su-tchuen et du Yun-nan, et jusqu'ici le Tsong-li-yamen n’avait pas fait de confusion ni montré aucune répugnance à cet égard, comme en font foi les réponses de la légation et la teneur de nos passeports.
En apprenant nos désastres, M. le Ministre de France à Pékin m’écrivit en date du 4 octobre 1887 :
« J’ai demandé de faire réinstaller les missionnaires dans leurs propriétés, d'y assurer leur sécurité, de les indemniser de leurs pertes et de punir leurs agresseurs. J’ai demandé en outre que le résident impérial à Lhassa fût invité à user de son influence auprès du gouvernement thibétain pour que les lamas s’abstinssent désormais de faire attaquer sur le territoire chinois les missionnaires catholiques. »
M. le Ministre, prévenu que les autorités du Su-tchuen n’avaient pas exécuté les ordres envoyés de Pékin après sa première démarche, fît une nouvelle instance et écrivit, le 16 mai 1888, « qu’il avait signalé aux ministres chinois ce fait que l’enquête, depuis longtemps prescrite par le vice-roi du Su-tchuen, lui avait permis de se rendre compte des dommages considérables causés aux missionnaires et aux chrétiens ainsi que