INTRODUCTION XXV
mais les officiers municipaux, naguère aventuriers politiques sans fortune, étaient tous devenus riches à millions. Le public iq>pelait couramment l'Hôtel de Ville, la caverne d'Ali-Baba et des quarante voleurs, et lorsqu'on voyait ceux-ci dans les rues, on disait plaisamment : prenez garde à vos poches, voici messieurs les conseillers municipaux de New York. En 1873 seulement, cette immonde puissance fut brisée; la plupart des officiers municipaux ont évité une condamnation et Tobli* gation de rendre gorge ; leur chef, William Twed, envoyé au pénitencier, a même trouvé le moyen de s'échapper; la peine prononcée contre lui a été annulée pour vice de forme, et c'est encore une subtilité de casuiste, un prétendu vice de forme qui a empêché les ministres prévaricateurs de Grant d'encourir la punition de leurs forfaits. Triste indice du relâchement, de Taffaissement de la moralité publique !
(c Ce n'est pas impunément, dit avec raison M. de Molinari, qu'une nation abandonne la direction de ses affaires à une classe d'hommes au-dessous de leur tâche. Depuis que les politiciens gouvernent les États-Unis, les catastrophes ont succédé aux catastrophes ; ils ont déchaîné la guerre civile, ruiné le Sud par la confiscation et la rapine, élevé à un niveau fantastique le budget de l'Union, gaspillé les revenus publics et introduit jusque dans les sphères les plus élevées la concussion et le vol. Le budget des États-Unis, en y comprenant l'ensemble des dépenses de l'Union et des États particuliers, atteint aujourd'hui le chiffre énorme de trois milliards 500 millions de francs ; il dépasse pour une population à peine supérieure à celle de la France, de plus deSOOmillions le budget français, quoique la dette américaine soit inférieure à la dette française, quoique l'armée permanente de l'Union ne soit que de vingt-six mille hommes, quoique aux États-Unis la plupart des travaux publics dont l'État est chargé en France soient exécutés aux frais et risques de l'industrie privée. En outre on peut évaluer, sans exa-
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i aucune, au tiers du budget des dépenses, le coulage t des pratiques véreuses auxquelles le personnel gouetadminislranta recours pour suppléera l'insuffisance 3luinents attachés aux fonctions publiques. Total, cinq s au bas mot. Voilà ce que coûte au peuple américain >se dirigeante de qualité inrérieure. »
sommes loin de cette virginité politique des États-Unis itée par les faiseurs d'idylles parlementaires, par les ,eurs de quintessence démocratique. En dehors des its de la Cour supr&me, tous les juges sont soumis à l'éet la justice est plus mal rendue en Amérique que pareurs. Ajoutez que les lois votées au Congrès sont souvent ccord avec celles des législatures locales, que la manie irer est universelle aux États-Unis, et vous aurez une ce chaos judiciaire, de ce labyrinthe inextricable ; aussi lue est-elle la terre promise des avocats, mais les procès lisent au grand détriment des parties intéressées. Qu'at- ^'ailleurs de magistrats dont les procédés sont dîlat ruineux pour les plaideurs, et qui sont les hommes rti ? Us favorisent ou tolèrent ces malversations, ces dont nous venons de parler: un publiciste américain t cette situation, en écrivant que le criminel a neuf : sur dix d'échapper au châtiment qu'il mérite. A cûté e administration, de notre magistrature françaises, Tes, si savantes, les fonctionnaires et les juges améfont une bien triste figure. De là ces terribles comivigilance qui ont pour but de suppléer à l'impuisi l'inaction d'une justice corrompue et vénale, qui, liés serments solennels, procèdent dans l'omhre et le silence les anciens tribunaux vehmiques et appliquent la loi l)le de Lynch. Un individu est-il présumé coupable d'un 'association mystérieuse se réunit, arrête, fait comte prévenu devant un jury improvisé et après une
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défense sommaire, le juge, et s'il y a lieu, Vexécute. « Cette odieuse pratique, dit M. Claudio Jannet, qui a pris naissance dans le Far-West et la Californie quand aucune justice régulière n'était constituée, va se propageant dans les États d'ancienne formation, précisément à cause des défaillances de la magistrature et du jury. Il y a peu de temps, dans le Missouri, le peuple a lynché un juge et un attorney soupçonnés de connivence avec une bande de voleurs. Des faits de ce genre se sont récemment passés dans la Louisiane, la Virginie, le New-York, le Maine, le Massachusetts lui-même, l'Etat modèle. .. Depuis 1851 l'institution des comités de vigilance, qui, tout en témoignant de la vitalité du peuple américain et de l'énergie des honnêtes gens, a des dangers immenses, est allée en se propageant. Elle s'est développée dans les États du Sud, où le règne des radicaux a amené une anarchie eifrayante. En Louisiane, les comités de vigilance fonctionnent au grand jour et ont une existence presque officielle. »
Les grandes associations financières, les compagnies de chemins de fer, sont fréquemment maîtresses des tribunaux et des parlements; c'est avec la complicité de ceux-ci que la compagnie de Pensylvanie s'est emparée de 7000 kilomètres de chemins, possède de nombreux canaux, des districts houillers et règle souverainement ses tarifs. 11 y a trois ans, toute la presse a parlé de ces deux compagnies qui avaient engagé une véritable bataille pour s'emparer d'une troisième. Le plus souvent elles se coalisent entre elles, exercent tous les mono^ pôles, et créent une centralisation industrielle des plus dange-reuses.
Tous les quatre ans, a lieu Télection présidentielle: si un nouveau parti l'emporte, les quatre-vingt ou cent mille fonctionnaires dépendant du pouvoir exécutif, sont changés depuis le ministre jusqu'au dernier des bureaucrates : on se demande comment l'Union peut résistera cette grande curée intermit-
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tente, à cette invasion périodique des Vandales, comme l'appellent eux-mêmes les Américains, et Ton est tenté de croire que pour retrouver la république de Washington, il faut Faller chercher dans l'histoire de son passé.
La dépense du gouvernement fédéral décuplée ; la dette augmentée de douze milliards, les grandes villes devenues des foyers de corruption plus intenses que celles de l'Europe; les classes élevées repoussées ou s'exilant volontairement du pouvoir et des emplois, l'abaissement des mœurs politiques et commerciales, la vénalité, l'improbité régnant sur les représentants de la nation, sur la justice et l'administration; le suffrage universel faussé et dénaturé, voilà les conséquences de l'avénement du parti radical et des politiciens. Ajoutons que si tout le monde jouit des bienfaits de l'instruction populaire et moyenne, les hautes études, les sciences sociales et les arts sont singulièrement négligés aux États-Unis. Du c6té des Chinois, du côté des Allemands se dressent des problèmes économiques, des problèmes politiques d'une gravité pénétrante. Les Chinois émigrent en masse aux États-Unis où le quinzième amendement constitutionnel leur accorde comme aux nègres le droit de suffrage; loin de prendre les habitudes de la race anglosaxonne, ils conservent leur langue, leur religion, leurs traditions immobiles, leur immoralité profonde, leurs idées si antipathiques au génie américain. Les fils du Ciel sont, il est vrai, patients, industrieux et sobres, se contentent d'une modeste rémunération, abordent les travaux les plus humbles et les plus pénibles ; mais si, grâce à eux, les spéculateurs, les industriels de la Californie, les planteurs du Sud peuvent ramener le taux des salaires à un certain équilibre, ils excitent la colère des ouvriers blancs qui redoutent l'importation de ces travailleurs à bas prix. D'autre part l'émigration germanique prend depuis trente ans des proportions extraordinaires ; ce sont les Allemands qui peuplent principalement les États de l'Ouest :