INTRODUCTION XXXI
jamais à faire les plus grands sacrifices pour la cause qu'il veut servir. Il a le culte de la femme et de la famille. Ses ingénieurs, ses mécaniciens, ses industriels, ses agriculteurs seraient partout au premier rang. L'Union ne renferme pas plus de 40 millions d'habitants, et elle possède un continent grand comme TEurope où elle a créé de toutes pièces les assises et le matériel d'une civilisation ,' il y a là des territoires aussi étendus que la France qui sont à peine explorés et qui renferment des richesses incalculables au point de vue agricole et industriel: Après la guerre de Sécession, on a pu licencier du jour au lendemain un million d'hommes sans le moindre embarras, tant le pays est vaste, tant le champ offert au travail est varié. Aussi la question sociale n'existe pas aux États-Unis ; les relations du salaire et du capital ont lieu naturellement, pacifiquement, la moyenne des salaires est de deux à trois dollars, dix à quinze francs par jpur, et l'on trouve tout simple de payer un haut prix les services de l'homme, auquel la propriété s'offre en quelque sorte presque gratuitement. Mais supposez ce continent habité par trois cents millions d'hommes, et, comme on l'a dit, le combat pour la vie (Me struggle for lifé) y sera tout aussi terrible que dans l'ancien monde, plus dur même, à cause des habitudes de prodigalité et d'imprévoyance qui atteignent toutes les classes.
Il n'y a pas d'assimilation possible entre les États-Unis et la France; les différences sont profondes comme l'Océan qui sépare les deux pays, et cette vérité jaillit, nous l'espérons, de notre court exposé. Vouloir appliquer à l'uft de ces peuples les institutions de l'autre, c'est prétendre guérir indifféremment toutes les maladies avec le mdme remède et se vouer à l'empirisme politique. Les États-Unis, nés d'hier, grandissent et se développent sans craindre de se heurter à d'autres nations : la faiblesse de leurs voisins vient encore augmenter leur force, leur armée permanente dépasse à peine le chiffre de
XXXII INÏRODUCTIOK
vingt-cinq mille hommes. La constitution américaine est purement démocratique ; la race qui peuple cet i[mmense territoire est surtout anglo-saxonne, c'est-à-dire profondément individualiste et propre au self government; le principe fédératif |a été jusqu'ici la sauvegarde de son gouvernement et le contrepoids de la démagogie; la religion est le protestantisme, avec ses innombrables sectes dissidentes, c'est-à-dire la raison opposée à la foi. Au contraire le génie de la France est essentiellement monarchique, centralisateur et unitaire, sa civilisation est franco-romaine et vingt fois séculaire ; le droit romain, la civilisation romaine ont laissé une profonde empreinte dans toute notre histoire, dans nos sciences, dans nos arts ; notre religion est le catholicisme avec sa majestueuse et grandiose unité, et cette religion est Thumiliation de la raison devant la foi. En face de grandes et puissantes nations, qui nous coudoient, nous jalousent et nous épient, qui voudraient nous appliquer la loi de Darwin? la nécessité des armées permanentes s'impose fatalement à nous. Enfin la France a moins d'étendue que certains États de l'Union, et cependant sa population est presque aussi nombreuse que celle des États-Unis ; aussi les hommes s'y pressent, drus et serrés, se combattent pour Texistence, pour la propriété, et leur agglomération engendre ces terribles questions sociales, qui sont, en quelque sorte, la tunique de Nessus des vieilles sociétés.
SUISSK ^
A c6té des infiniment grands, les infiniment petits; le principe fédératif a rencontré une seconde application chez un peuple
européen, voisin de la France, dont le territoire égale à peine {
celui de trois de nos départements. Cette énorme différence |
d'étendue suffirait seule pour détourner d'établir une compa- .