‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848 (volume 2)Chapitre 15 sur 70 · XXXVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXXVI INTRODUCTION

ci la constitution de 1848 formule les principes démocratiques et unitaires qui récemment ont prévalu. A rencontre du pacte de 1815 qui confiait les pouvoirs législatifs à une diète unique composée de quarante-quatre députés des vingt-deux cantons, elle fait une large concession au nombre^ établit deux Chambres dont Tune est nommée en proportion de la population, dont l'autre respecte le système de la représentation égale entre les cantons, a II fallait, dit-on alors, faire une part entière aux faits historiques, aux mœurs du peuple et à la position topographique, sans préjudice de Tidée suprême de la nationalité. » Les cantons se voient en môme temps dépouillés d'une partie de leurs attributions, qu'on remet aux Chambres et au pouvoir exécutif. Enfin la défaite des catholiques est consacrée, et tandis que la Constitution proclame dans ses premiers articles l'égalité de tous les citoyens devant la loi, elle se donne un démenti à ellemême, lorsqu'elle déclare les seuls laïques éligibles au Conseil national, interdit aux jésuites Feutrée de la Suisse, organise ainsi une sorte de persécution officielle, et foule aux pieds le principe le plus respectable et le plus cher à l'homme, celui de la liberté de conscience.

Ce n'est pas encore assez pour l'école politique qui veut arriver au gouvernement direct, à la république une et indivisible, à la démocratie illimitée, sans frein et sans contre-poids ; elle trouve que les cantons possèdent des prérogatives beaucoup trop étendues, elle redouble d'efforts et après plusieurs échecs, obtient la constitution du 29 mai 1874. Le but de cette réforme apparaît tout entier dans ces lignes du préambule : «la Confédération, voulant affermir l'alliance des confédérés, maintenir et accroîtra l'unité, la force et l'honneur de la nation suisse, etc..» Centralisation de presque tous les services publics, limitation de la souveraineté des cantons, augmentation des charges militaires, voilà les principaux traits de cette œuvre, qui met les Suisses en possession, sinon du gouvernement direct,

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au moins du régime plébiscitaire. Ajoutons que loin de rendre aux catholiques la liberté de conscience, une loi récente enlève la tenue des registres de F état civil aux ecclésiastiques de toutes les confessions, établit le mariage civil, autorise les citoyens à contracter mariage dès Tâge de vingt ans sans que le consentement des parents soit nécessaire, et institue le divorce comme loi fédérale.

Toutefois ces réformes n'ont pas encore produit leurs conséquences, et le peuple suisse trouve en lui même des éléments de force qui le soutiennent et le préservent de la contagion démagogique : les communes et les cantons jouissent d'une décentralisation administrative très-large ; les impôts sont peu élevés et peu onéreux ; la nation n'a pas encore ou n'a guère d'armée permanente et peut se livrer tout entière au développement de l'agriculture et de l'industrie ; elle conserve le respect de la légalité, l'esprit de se//* government; son caractère distinctif est, comme aux États-Unis, celui d'une démocratie rurale sans grandes villes ; sa situation géographique lui a procuré la neutralité perpétuelle, la paix avec ses voisins, et sauf à Genève, le socialisme, les doctrines communistes n'ont en Suisse aucune vogue, et ne rencontrent guère d'adhérents.

Mais que les Suisses prennent garde ! caveant consulest les voilà engagés dans une voix funeste ; piqués par le moustique de la centralisation, ils imitent les Américains et sacrifient chaque jour une parcelle de la souveraineté des cantons, qui a reçu un échec irréparable dans la crise du Sunderbund, de même que l'autonomie des États de l'Union a disparu depuis la guerre de Sécession ; les constitutions qu'ils ont élaborées depuis 1848 témoignent de la tyrannie démocratique, comme avant 1798 leur régime intérieur témoignait de l'intolérance aristocratique. Ces chartes éphémères portent atteinte à la liberté de conscience, à la liberté d'enseignement, et la Suisse républicaine supprime des couvents, proscrit des catégories

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entières de citoyens à raison de leurs croyances. Ainsi les répiibliques aristocratiques et unitaires n'ont pu subsister dans le passé, et les républiques fédératives semblent avoir une tendance naturelle à graviter vers la centralisation, vers Tanité, vers la dissolution de leur propre principe.

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