‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848 (volume 2)Chapitre 16 sur 70 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

« La constitution anglaise, dans son développement historique, ressemble à un de ces vieux manoirs seigneuriaux qui n'ont pas été bâtis tout d'une pièce, d'après un plan uniforme et selon les règles de la moderne architecture, mais dont la construction se rapporte à différentes périodes, dont le style s'est modifié avec le temps, auxquels on ajoute, et que Ton répare continuellement, selon le goût, la fortune et la convenance des propriétaires qui s'y succèdent. Dans un pareil édifice, on chercherait vainement de l'élégance et de justes proportions, vainement cette harmonie entre les parties que Ton est en droit d'exiger d'une construction moderne. La symétrie extérieure, qui flatte l'œil du passant, sans toujours, il est vrai, contribuer à la commodité de l'habitation, y manque (1). » Ce dualisme de l'ancien et du nouveau, ce fétichisme des vieilles institutions, cette contradiction si fréquente du fond et de la forme, de la lettre et de l'esprit, forment un phénomène particulier à l'Angleterre et presque unique. Il faut remonter jusqu'à Rome pour trouver quelque chose d'analogue. Là aussi, toute amélioration, tout progrès se trouvait ejichaîné par des formules symboliques, hiéroglyphiques et sacrées, qui souvent faisaient de la loi la suprême injustice ; alors on rusait avec le

(1) Voir William Paley, Principes dé PlUlosophie moraU ei politi^.. Voir surtout Texcellent ouvrage de M. Auguste Laugel, un de nos plus remarquables pablicistes contemporains, intitulé: V Angleterre politique et sociale»

INTRODUCTIOlff XXXIX

texte, on le torturait, on le détournait de son véritable sens ; on introduisait furtivement, on généralisait des exceptions, qui, un beau jour, devenaient la règle ; on ne cessait de manifester une grande vénération pour lés formules ; mais tout en les proclamant bien haut le soutien, le palladium de la société, on ne les appliquait plus guère. Les Anglais ont agi de môme avec leur droit coutumier, avec leur droit public ; ils n'ont jamais fait table rase du passé, ils ont religieusement gardé les traditions. Chez eux, les réformes se superposent aux institutions, et le présent, appuyé sur le passé, le continue, le développe et Tagrandit. Rome a vu adoucir son vieux droit matérialiste et inflexible par le droit grec, plus spiritualiste et plus humain : de même ils ont mis d'accord les formules surannées, les ont adaptées aux besoins incessants et nouveaux de la civilisation. Aussi l'Angleterre est-elle le pays des institutions impérissables, le pays du bon sens définitif et souverain, du progrès lent et continu. « La constitution actuelle, écrit Macaulay^ est à celle sous laquelle TÉtat florissait il y a cinq siècles, ce que Tarbre est à la bouture, Thomme fait, an jeune garçon. Jamais il n'y a eu dans notre histoire un moment oà le corps principal de nos institutions n'existât pas depuis un temps immémorial. »

Ainsi, d'une part, le droit, de l'autre, les faits; à c6té de l'abus, le correctif; cet antagonisme du mot et de la chose, nous le retrouvons à chaque instant. Légalement, le roi est toutpuissant, et réputé unique propriétaire du sol aurais ; seul il déclare la guerre, fait la paix et conclut les traités; tous les autres fonctionnaires n'agissent qu*en vertu de la commission qu'ils tiennent du souverain; toute juridiction émane de lui; aucun acte du Parlement n'acquiert force de loi sans son assentiment ; il est généralissime de l'armée britannique et chef de l'Église; il est parfait et irresponsable, he can do nowrongy il ne peut avoir de mauvais desseins ; il est Tâme du pouvoir législatif et une des parties constituantes du Parlement; il peut

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