‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848 (volume 2)Chapitre 19 sur 70 · XLII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XLII INTRODUCTION

compromis entre le catholicisme et le protestantisme, comnie la monarchie constitutionnelle est un compromis entre la monarchie absolue et la république ; à cette Église, il a donné ses dogmes, ses privilèges, sa richesse.

Jusqu'en 1832, la Chambre des lords a joué un rôle prépondérant, car la Chambre des communes ne faisait que refléter, enregistrer leurs opinions et leurs volontés. Avec le système des bourgs-pourris, des bourgs de poche, ces cano^ nicats politiques^ les grandes familles disposaient de la plupart des sièges , se transmettaient la puissance politique comme un héritage, et faisaient entrer dans la Chambre basse leurs parents et leurs créatures. « Vous autres, écrivait Burke en 1772 au duc de Richmond, gens de grande maison et de grande fortune héréditaire, vous ne ressemblez pas à des hommes nouveaux comme moi. Quelque forts que nous puissions devenir, quelles que soient la dimension et l'exquise saveur de nos fruits, nous n'en sommes pas moins des plantes annuelles, nous naissons et nous mourons dans la môme saison ; mais en vous, si vous êtes ce que vous devez être, mon regard se plaît à reconnaître ces grands chênes qui ombragent toute une contrée et qui perpétuent ces ombrages de génération en génération. » Depuis longtemps, la Chambre haute est reléguée par l'opinion publique au second plan, elle se sent vaguement menacée par ces tendances niveleuses, subversives, qui envahissent les États les plus solidement constitués, et se fait un devoir, une nécessité de céder toujours à temps à la volonté de la nation, exprimée par les communes. La création de pairies viagères, repoussée en 1856, paraît aujourd'hui acceptée en principe; ce serait là un premier pas vers la dissolution de cette Chambre qui a porté si haut la fortune de l'Angleterre. Les lords sont devenus plutôt des correcteurs de lois que des législateurs ; M. Laugel rapporte qu'on les a surnommés un jour des « rétameurs de lois. »

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La Chambre des communes, cet archétype de toutes les assemblées représentatives des deux mondes, ce berceau de la liberté moderne, décide seule maintenant de la paix, de la guerre et de l'impôt. Composée de six cent cinquante-huit membres, elle est élue d'après ce principe fondamental et séculaire que les hommes ne sont point représentés, mais les corporations, les êtres moraux, villes, bourgs ou comtés; les députés représentent des intérêts plutôt que des personnes, ne subissent point le mandat impératif, et exercent gratuitement leur mission, ce qui ne contribue pas peu à exclure les aventuriers, les bohèmes et les déclassés de la politique. Les élections sont absolument libres, et l'État n'y intervient que comme témoin, comme spectateur impartial de la lutte ; mais, ce qu'on appelle en France la corruption électorale y fleurit et s'épanouit

de la manière la plus complète. La mécanique des élections est grossière et brutale : un candidat loue une auberge, y tient table ouverte, soudoie des courtiers parlementaires, entrepreneurs d'élections à forfait, orateurs de taverne et d'estaminet ; on ne juge pas qull y ait corruption lorsqu'on ne dépasse pas cinq cents livres sterling; en fait, rien déplus fréquent, de plus ordinaire que de dépenser cinquante ou soixante mille francs. Un candidat entrera chez un cordonnier, lui achètera une paire de bottines, valant quelques schellings, et la payera quarante livres. Conservateurs et libéraux, whigï^ et tories, se montrent aussi peu scrupuleux les uns que les autres, et par une sorte de pacte tacite, de tolérance mutuelle, on ferme les yeux presque toujours. La Chambre des communes fait parfois au pouvoir judiciaire Tabandon d'importantes prérogatives : sa besogne est immense puisqu'elle administre le plus vaste empire du monde, et elle n'aime pas les discussions théoriques, les querelles oiseuses, les récriminations byzantines qui remplissent trop souvent les séances des Chambres françaises ; elle a décidé qu'elle ne connaîtrait

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plus des pétitions faites contre les élections entachées de violence ou de vénalité, et elle confie à des juges la vérification des pouvoirs contestés de ses propres membres. Cette mesure dont elle se trouve fort bien, et qui produit les meilleurs résultats, aurait de grands avantages en France, et nous formons des vœux pour son adoption. En Angleterre, les pouvoirs législatif, exécutif, et judiciaire se trouvent sans cesse confondus, à la stupéfaction des théoriciens absolus, qui, comme Sieyès, ont voulu les parquer, les retenir éloignés les uns des autres, les maintenir dans une enceinte infranchissable.

Le bill de 1867 a apporté une extension considérable au droit électoral, et le législateur ne s'est arrêté qu'aux confins du suff'rage universel ; il a accordé le droit de vote dans les bourgs à tout homme domicilié depuis un an, et payant la taxe des pauvres, quel que soit son loyer : pour les comtés, il a exigé un loyer de douze livres. Cette réforme à élevé le nombre des électeurs au chiffre de deux millions cent mille, mais elle n'a pas encore changé le personnel parlementaire; la terre et le capital immobilier se partagent la Chambre des communes; la richesse et l'aristocratie restent souveraines, les élections ont consacré le triomphe des tories, et les mœurs demeurent plus conservatrices que la loi. Comme avant 1867, on continue à définir le Parlement : un club d'hommes riches. « Le peuple, écrit Laugel, considère comme ses amis, ceux qui s'efforcent de lui donner le pain, la viande, les vêtements à bon marché, qui protègent ses enfants contre la rapacité industrielle, qui lui promettent de les mieux instruire; il se défierait de ceux qui lui diraient que l'ignorance et la pauvreté sont les seuls maîtres, les seuls juges légitimes, qu'elles seules doivent faire et appliquer les lois. L'esprit de réforme trouve ses instruments dans des partis parfaitement organisés qui se remplacent au pouvoir, comme des ouvriers qui descendent les uns après les

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