‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848 (volume 2)Chapitre 4 sur 70 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

mesure que l'on descend vers le sud, où celle-ci perd de son activité, où raristocratie dominait avant la guerre de Sécession, la vie communale passe en quelque sorte au comté. Au nord, Fimportance du comté diminue beaucoup, et il offre quelque analogie avec notre simple arrondissement, tandis qu'au midi, il rappelle vaguement le département français. Comme la commune, le comté demeure chargé de veiller à ses intérêts spéciaux ; l'État y est représenté par un shérif qui a la direction de la force publique et une série d'attributions qu'exercent en France les magistrats du mini^ère public, les commissaires de police et les sous-préfets. Le comté a une cour de justice, une prison pour les criminels, des administrateurs pour construire et réparer les édifices nécessaires à cet usage. Dans les États du Sud, il est le centre de la vie locale, jouit d'une personnalité civile, et remplit de nombreuses fonctions administratives.

L'institution des Justices ofpeace est, comme on Ta dit, }a clef de voûte de Tadministration des campagnes dans la nouvelle Angleterre et dans les États du Sud; les Américains l'ont empruntée aux Anglais, et dégagée du caractère aristocratique qu'elle conserve dans la métropole. Le juge de paix tient le milieu entre l'homme du monde et le magistrat, l'administrateur et le juge ; par la nature mixte de ses fonctions il imprime un caractère semi-judiciaire aux actes dans lesquels il intervient ; nommé autrefois par le gouverneur de l'État, soit à vie, soit pour une longue période, il est élu aujourd'hui pour un délai de trois ans par le vote populaire. En Amérique, on le rencontre partout, son influence se fait sentir à chaque instant, il a sa part d'action dans la plupart des nombreux offices municipaux. Il ne touche pas de traitement fixe, mais dans chaque affaire, il reçoit directement des plaideurs des émoluments que la loi détermine. La cour des sessions est formée de trois juges de paix désignés par le gouverneur. Elle s'occupe

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des intérêts collectifs de la commune et de ceux du comté, assure l'exécution des lois de l'État contre les communes, condamne leurs fonctionnaires & des amendes, s'il y a lieu ; elle délivre les licences aux débitants de boissons dans beaucoup d'États, qui ont, à juste titre, enlevé ce pouvoir aux administrations municipales, suspectes de partialité et de tolérance excessive.

L'école, la presse, l'association, l'Église absolument libres, voilà les droits complémentaires du citoyen américain; on trouve ainsi la liberté, au sommet, au milieu, à la base. On peut presque envisager l'Église et l'École comme des institutions communales, car TÉtat ne s'occupe d'elles en aucune manière. Ceux qui supportent la dépense de l'école la votent ; l'instruction est gratuite: on la considère comme le corollaire forcé du suffrage universel ; tout le monde sait lire, écrire, et faire la règle de trois, comme le demande le célèbre économiste Stuart Mill. La commune, les fidèles votent les sommes jugées nécessaires pour l'entretien du culte; chaque confession religieuse se soutient exclusivement par les libres contributions de tous ses adhérents. Avec ce système, dit volontaire, l'Amérique est un des pays les plus croyants du monde ; partout les lois dispensent du service militaire les ministres du culte, partout elles accordent la personnalité civile aux paroisses et aux congrégations de toutes sortes ; il y a aux États-Unis 48,000 églises élevées par des particuliers ; on bâtit 1200 nouveaux temples chaque année; le salaire moyen des pasteurs est d'environ 500 dollars, ce qui porte en fait le budget des cultes à 120 millions de francs, le quadruple de ce qu'on dépense proportionnellement en France. Aussi a-t-on pu dire que l'Amérique est une confédération d'Églises et de communes souveraines. La liberté de conscience étant absolue, rien de plus fréquent que de voir pratiquer plusieurs cultes dans une commune et même dans une famille; le mari sera catholique, la femme luthé-

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rienae, les enfants métiiodistes, unionistes, presbjrlériens, qnakers, etc...

On le voit, rarchitectore du pouvoir paraît poussée à uns haute perfection et bien conforme au génie du peuple aaiéricain ; on pourrdt, au premier abord, comparer cette constitution à un temple grec, aux lignes barinonieuses, aux eoloane pleines de force et d'élégance. Regardez-le dans son ensemMe, il n'y aura dans votre Ame place à d'autre sentiment que l'admiration ; vous rapprochez-vous, des imperfections se manifestent, des lésardes profondes s'aperçoivent, les fondements ne sont plus d'une solidité à toute épreuve, le temps, ce terrible iconoclaste, a dégradé les autels, la voûte et les chapiteaux ; en quelques endroits le sol se trouve miné. C'est notre droit, c'est notre devoir de signaler ces lacunes, ces défauts de l'édifice social, afin de dissiper les illusions d'un libéralisme sincère, mais superficiel, qui, ne tenant aucun compte des lieux, des circonstances, de l'éducation de deux nations, prétend appliquer à une société vieille de quinze siècles, les principes qui régissent un peuple dont l'existence ne remonte pas h quatre-vingt-dix ans.

Les États-Unis, cette terre classique, cet Eldorado delà liberté, sont, depuis dix ans à peine, délivrés de l'esclavage, eette lèpre de leur société, qui, au dire de M. Laboulaye luimême, les mettait au-dessous de l'Europe. Il a fallu une guerre longue et atroce, la mort d'un million d'hommes, une dépense de quinze milliards, pour contraindre les États du Sud à répudier une institution qui avait ses apologistes, ses admirateurs passionnés. En 1860, on entendait le gouverneur d^on État revendiquer l'esclavage en ces termes : « Mieux vaut d'avoir nos charrettes conduites par des esclaves, le travail de nos établissements fait par des esclaves, nos hôtels desservis par des esclaves, nos locomotives manœuvrées par des esclaves, que tfêtre exposés à ce que sHntroduise de tous les points une

popuUiicm étflMAgèBe k now par U oait^^oof^ 1^ babHufl^, réducation, et qui, à la longpa, am^i^ pe poûflH §atra (a effilai et la U^ay^iilt q^i paod si dif&cito le p^iuiiea 4'iBstitutioQ« libres daa9 toutes les oatioi^s riobes et 4^ baute cî?iU$^tipp. » Les planteors du Sud coDsidér^ient (e^^ nôgret comme une espèce paitioulière dp bétail ou 4*4^)jmau:( doqt^^stiques^ e( légalement Tesclavage ét^it aussi rigoureux que celui des a^piei^s Bopiûus : c'était le vieux droit quiritaire qui était repoufiq c|aus toute sa barbarie; Tesclave pouvait 0tre v^du coii^^e uoe bMe de somme, soumis aux traitements les plus durS| séparé de sa famille ; un code dracouien était édicté contre {ui,

L'émaudipatioQ a été proclamé^ on a apcordé aux nà^^es les droits civils et politiques ; peut-on se flatter d'avoir résolu le problème? la loi a consacré Tégalité des deux races, mais les mœurs la reppussent au nord comme au midi. Les blancs qui se regardent, non sans raison, conune une caste supérieure, ont pour les noirs le mèipe mépris, la même aversioq que les brabmanes professaient dans l'Ind^ envers le^ parias, les patriciens envers les plébéiens dans les premiers siëcfes d^ U république romaine. Leurs rapports se bornent ai^x relions qui existent entre le maître et le domestique, entre Tentrepreneur et Touvrier , mais un abUne intdlectu^ et mor^ les sépare. Cbacun vit dans sa spl}^e naturelle ; d#ns beaucoup de villes et d'États du Sud» les noirs et les blancs ont une police, une milice, des églises, des cimetières, jusqu'à des omnibus distincts et spéciaux. On a presque ruiné les propriétaires^ en abolissant Tesclavage par voie de couAsca^on, sans leur allouer aucune indemnité, lorsque les niigres représeint^ent pour eux un capital de 13 ou 45 milliards de francs. Pas plus que les Indiens, ceux-ci ne résistent au eontaet de la civilisation ; ils ressemblent à des enfants de huit ans auxquels on aurait octroyé le privilège exorbitant de nommer des députés, d'acquérir, de vendre leurs propriétés, de se conduire eu ^ui mot comme des hommes

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