‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848 (volume 2)Chapitre 5 sur 70 · XVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XVI INTRODUCTION

faits. Ils se gardent bien de s'approprier les qualités conservatrices des races civilisées, ils empruntent leurs vices et les ajoutent aux leurs. Incapables d'économie, de prévoyance, d'hygiène morale et domestique, paresseux, vagabonds et voleurs, ces bohèmes sont la proie naturelle de tous les exploiteurs, des juifs, des politiciens rapaces, et retournent à la barbarie africaine ; ils semblent condamnés à disparaître de la terre américaine, à périr par la liberté, comme d'autres races périssent par la servitude.

Et maintenant que reste-t-il du principe fédératif qui formait la base, le ciment de la constitution de Washington? Où est le contrat synallagmatique qui avait réuni, il y a quatre-vingts ans, les colonies souveraines, de leur plein gré? L'autonomie des États n'est-elle pas détruite par cette grave atteinte; l'Union n'a-t-elle pas fait un pas gigantesque vers la centralisation? On a pu respecter les formes extérieures, il est hors de doute que les actes du Congrès, depuis 1866, conduisent les États-Unis à la république unitaire, et M. Claudio Jannet a pu avancer sans exagération que les États ne sont plus en réalité, que des provinces, jouissant d'une décentralisation administrative trèslarge.

Les onze États du Sud ont été traités en vaincus, ils ont subi le joug d'une véritable tyrannie; gouvernés pendant plusieurs années par les généraux de l'Union, privés du droit de prendre part à l'élection présidentielle, de nommer des députés et dos sénateurs, ils durent modifier leur constitution intérieure diaprés la volonté de leurs adversaires. On vit alors une foule d'aventuriers, de politiciens tarés et discrédités 4\i Nord, se ruer sur ces beaux pays, les mettre en coupe réglée, dilapider leurs flnances, s'élever aux plus hautes fonctions, exciter les noirs contre les blancs, semer l'anarchie économique et morale, rappeler par leurs exactions les plus fameux proconsuls fomaini. Grâce aux carpet-baggers, qu'on nomma de la sorte

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parce qu'ils n'apportèrent pour tout bagage qu'un sac de nuit, les assemblées législatives se composèrent en majorité de nègres et de mulâtres; des noirs qui avaient été domestiques devinrent sénateurs et députés. En 1868, tous les membres du gouvernement et de la législature de la Caroline du Sud, ne payaient ensemble, sauf un sénateur, que 47 dollars d'impôt; aussi la dette de TÉtat est-elle montée rapidement de 4 à 25 millions de dollars; le gouverneur Moses qui fut poursuivi pour vol, avait fait voter des lois agraires contre les blancs en faveur des nègres; en 1869, la législature de la Géorgie rendait une loi défendant de rechercher les vols de récoltes commis par les noirs. La situation de ces malheureux pays livrés aux carpetbaggers et à leurs auxiliaires et complices les scalawags, rappelle à M. de Molinari une caricature de Gham représentant un tribunal où trois forçats, le bonnet vert sur Foreille, sont en train de juger leurs ci-devant juges, et la comparaison n'a rien de bien exagéré, puisque la législature de la Caroline du Sud vient de nommer à une des plus hautes fonctions de la magistrature un simple voleur nègre.

A la guerre de l'Arkansas, aux massacres de TAlabama, suc-' cédèrent les troubles de la Nouvelle-Orléans; on n'a pas oublié cette minorité factieuse soutenue par l'arbitraire de l'autorité fédérale, s'emparant à main armée du gouvernement de la Louisiane, écrasant d'impôts la population blanche, réduisant de 40 0/0 toutes les dettes de l'État, intronisant ainsi la banqueroute et le vol officiel dans l'administration, achetant à beaux deniers comptants la faveur d'un certain nombre de membres du Congrès. Ces faits sont récents, et tous les journaux de l'Amérique ont retenti du récit des iniquités et des scandales commis, sous la protection du général Grant, par le trop célèbre noir Kellog. Au moment où nous écrivons, la crise présidentielle est terminée, l'élection du président Hayes a été validée, quoiqu'elle soit le résultat d'un de ces escamotages politiques

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devenus familiers aux républicaias det> États*Unis. Cependant la Louisiane a encore deux gouvernements et deux administrations; Tune, celle des nègres, des carpet-baggers enfermés dans un bâtiment dit Maison d*État; son pouvoir ne va pas audelà des limites de cet hôtel, et Tintervention de Tarmée fédérale le protège aujourd'hui, comme en 1872 et 1874, contre la colère du peuple louisianais. L'administration des blancs fonctionne dans toute la ville et dans tout l'État; mais elle n'a pas la sanction du pouvoir central, ce qui la réduit à la position d'insurgé ; son gouverneur a obtenu dix mille voix de majorité , mais toutes les élections restent soumises sans appel au retuming board, nommé pour cinq ans par un sénat nègre. Ce dernier a le droit de rejeter le vote de toute paroisse où il juge qu'il y a eu irrégularité ou intimidation; il peut, en fait, réviser le verdict populaire qui devient une simple formalité. Ce bureau des élections a eu refTronterie, le cynisme d'annuler 13,000 voix, pour donner la majorité à Kellog et au président Hayes. On comprend l'embarras de ce dernier; il a fait promesses sur promesses aux honnêtes gens ; s'il les tient, il abandonne les aigrefins politiques, les misérables qui ont fait pencher la balance en sa faveur ; s'il les méconnaît, il impose par la force armée un gouvernement de voleurs à la Louisiane qui le repousse, qui veut s'en débarrasser à tout prix, et recourra peut-être à la guerre civile.

Sauf la Louisiane et la Caroline du Sud, les blancs, dans la plupart des autres États, ont, à force de patience et de courage, reconquis la suprématie, mais il leur faudra beaucoup de temps pour réparer les désastres causés par le passage au pouvoir de tous ces maraudeurs, charlatans et flibustiers politiques.

Non-seulement les blancs ont supporté les conséquences d'une guerre impitoyable, barbare, pendant laquelle les armées fédérales brûlaient leurs villes, leurs plantations, détruisaient leurs marchandises, leurs manufactures de coton ; non seulement ils ont, par l'émancipation, perdu sans indemnité, un capi-

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